Ah ! la fac… 2

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J’ai fait ma première année assez paisiblement, la partageant entre la fac d’espagnol et celle de droit. Enfin, paisiblement… J’allais de l’Assas du Gud au Censier de l’Unef ID. Quand les premiers ont fait une descente chez les seconds, je n’en menais pas large. Quand je me baladais dans la fac de droit avec dans mon sac des tracts PS que j’apportais à mes parents qui dirigeaient la section de notre commune, je rasais les murs. Mais bon, une année sereine. Je n’ai pas passé le cut en droit, mais j’ai été admise assez tranquillement en deuxième année d’espagnol.

Enfin, tranquillement… Le ministre des universités cette année-là s’appelait Alice Saunia Seité, celle-là même qui a fait détruire la fac de Vincennes. Et qui a pondu, comme tous ses pairs, une réforme qui a mis en rogne les universitaires. Grève du zèle des enseignants. Blocage administratif. Pour ne pas pénaliser les étudiants, les profs n’ont pas bloqué tous leurs résultats. Ils ont fait un mix, ils en ont bloqué certains et pas d’autres. Normalement, tout le monde avait de quoi s’inscrire dans l’année suivante. Tout le monde, sauf cinq ou six malchanceux. Dont ma pomme. Nous n’avions aucune note. Rien. Je me suis pincée pour me sortir de se cauchemar. Mais non, je n’avais pas le droit de m’inscrire en année supérieure. J’avais d’autant plus un sentiment d’injustice que si je n’avais pas officiellement les résultats, je les avais officieusement et ils étaient bons. Il m’a fallu une dérogation du président de l’université. Les notes ont été débloquées en novembre de l’année suivante.

La deuxième année a été plus mouvementée. J’ai commencé à travailler. On avait beaucoup de cours à assurer et d’UV à obtenir, environ 16, avec à chaque fois un écrit, un oral (je ne faisais pas le contrôle continu). Plus la fac de droit quand même où je repiquais ma première année, j’étais pas mal occupée (j’ai toujours été un peu suractive). En fait, j’ai définitivement planté mon droit. Et que je me suis vautrée en traduction. Les UV de littérature, de civilisation, ça allait. La version, ça n’était pas trop mal. Mais le thème me posait définitivement beaucoup de soucis. Le prof, un espagnol, et moi n’avions pas la même façon de comprendre le français. Et donc pas la même de le traduire en espagnol. Je soutenais (et je maintiens) qu’il faisait de gros contresens en français. Et que ses traductions étaient fausses. Je me suis un peu trop fait remarqué. J’ai aligné les mauvaises notes, et ça n’a pas été mieux à l’examen final. Nous pouvions nous inscrire en licence sans avoir le Deug complet, mais la traduction était barrage. J’ai redoublé ma deuxième année pour repasser le thème. Et j’en ai profiter pour finir ce qui me manquait et faire des tas d’autres choses : du portugais par exemple, même si je n’en avais pas vraiment besoin.

Le directeur du département à changé en février. Et le nouveau a décidé qu’il allait reprendre en main ce département (qui ne s’appelait pas comme cela à l’époque, je crois que c’était UFR). Peu de temps avant les examens, il a décrété que tous les écrits devaient être doublés d’oraux. Ce qui était déjà le cas pour la plupart, sauf pour les UV de traduction. Et pour cause. Mais le directeur était malin. Il a décidé de coupler toutes les UV de traduction à des UV de linguistique qui étaient tout ce qu’il y avait d’optionnels jusque là. Et que je n’avais donc pas pris. Ne me destinant pas à l’enseignement ni à la traduction, je n’avais pas jugé bon de m’y inscrire. Vous me direz que ce n’était pas très grave puisque la décision devait être prise pour l’année suivante. Mais non, c’était avec effet retroactif. Totalement illégal. J’ai bachoté autant que je pouvais. J’ai eu la version et le thème. Un exploit. J’ai planté les oraux. UV barrage, retour à la case départ. Nous étions là aussi plusieurs dans ce cas. Nous nous sommes réunis. Nous en avons appelé au président de l’université. Qui est parti à la retraite avant de nous donner sa réponse. Il ne nous restait que le recours du conseil d’état. Minimum trois ans d’attente nous a-t-on dit. Nous en avons gagné deux en redoublant. J’ai passé une année avec cinq heures de cours… Je ne me suis pas ennuyée une seconde. Ce n’est pas mon genre. Mais j’ai eu du mal à raccrocher les wagons ensuite.

La Licence, je l’ai eu normalement. Nous avions un très gros programme. Nous avions une douzaine d’œuvres en littérature, six en contemporain et six en classique. Et à chaque fois, il fallait tout connaître de l’époque et de l’auteur. Dont je ne me souviens pas de la moitié. C’est cette année là, cependant, que j’ai découvert Jorge Luis Borges, grâce à une enseignante argentine, spécialiste du grand homme. Une parfaite peau de vache, mais dont le cour était passionnant. La période du XIXe siècle me passionnait moins, surtout en littérature espagnole, dont les cours nous étaient donnés par un vieux crouton chiant comme la pluie. En civilisation, nous avions également un programme assez lourd. Dont une UV sur la colonisation dans laquelle nous avons beaucoup parlé de créolité. Ça m’a poursuivi longtemps, à mon corps défendant. Bref, programme chargé.

Je bossais à plein temps. Je suivais les cours comme je pouvais, dès que je le pouvais. Je me faisais des fiches. Mais j’ai fait une impasse. Sur un auteur. Chacun de nos enseignants en littérature devait nous faire travailler deux œuvres, une par semestre. Le vieux crouton avait passé les trois quarts de l’année sur la première, celle de sa thèse, et avait bâclé la seconde en deux cours. C’est donc celle-là que j’ai boudé. Et c’est celle-là qui est tombée. Evidemment.

On nous tendais la feuille du sujet au fur et à mesure que nous entrions dans l’amphi. Et nous avons été quelques uns à dire tout haut : eh merde, c’est… (je ne crois pas que c’était Valle Inclan, mais en tout cas un contemporain). Ceux qui attendaient pour entrer, nous entendant, ont filé à la bibliothèque histoire d’essayer d’aligner quelques connaissances. Moi, j’en ai pris mon parti. Je me suis installée assez près de la sortie, histoire de ne pas perdre trop de temps, j’ai inscrit mon nom sur la feuiIle et je l’ai rendue au vieux crouton. Complètement blanche. Je n’ai même pas essayé. Je trouvais ça stupide. Je trouvais ça dégueulasse. Nous donner ce sujet à l’exam alors que le prof ne l’avait quasiment pas abordé…

Les retardataires avaient une heure pour arriver. Nous avions donc une heure à attendre pour sortir (nous n’étions pas censé pouvoir communiquer le sujet aux gens qui n’étaient pas encore arrivés mais qui pouvaient encore le faire. Tu parles !) Au fur et à mesure que le temps passait, les trois quart des étudiants remettaient leur copie et venaient s’assoir tout près de l’entrée pour ne pas déranger ceux qui essayaient de travailler. Une amie est venue me rejoindre. C’était une tête, une forte en thème. Elle n’avait que des mentions bien et très bien. Une bosseuse de première. En même temps, une nana adorable, douce et gentille. Mais quand le vieux crouton a pris la feuille immaculée qu’elle lui tendait et lui a sorti, bredouillant de surprise :

– Vous ? Mademoiselle Unetelle ? Vous aussi vous rendez feuille blanche ?

Elle a rétorqué, tranquille, mais d’un ton assez coupant.

– Quatre-vingt pour cent des étudiants qui vous rendent feuille blanche, ça ne vous pose pas de question sur le contenu de votre cours ?

Il l’a mal pris. Mais moi, je buvais du petit lait.

J’ai eu ma licence en octobre. Ce n’est pas ce prof qui a fait passé cette UV. Je me suis inscrite en maîtrise. Mais je bossais de plus en plus. Et j’avais de moins en moins envie. Il y avait tant de choses intéressantes à faire, ailleurs. J’ai passé mon certificat de maîtrise. Dans des conditions rocambolesques puisque j’ai été victime d’une très grosse crise de rhume des foins. Heureusement, mon prof avait souffert d’allergies importantes. Il m’a accordé le certificat sur le travail accompli tout au long de l’année. Je n’ai jamais écrit ma thèse. Ça ne me faisais pas envie. Surtout, je ne m’en sentais pas capable. Donner le change sur des cours, des examens, passe encore. Mais écrire, là on allait voir mon imposture. Ce n’est la confiance en moi qui m’étouffait.

Evidemment, si je l’avais fait à cette époque, je n’aurais pas à reprendre des études. Je ne regrette rien. Les doutes (je ne vous raconte pas la rédaction de la lettre de motivation) sont toujours là, mais je les connais bien maintenant et ils ne me paralysent plus. Et je trouve que c’est une belle revanche sur eux.

Commentaires

1. Le vendredi 26 juin 2009, 20:23 par pasdupe

A propos de Journalisme:
Exit Neda Agha-Soltan Michel Jaxon est mort...

2. Le samedi 27 juin 2009, 21:21 par julio

Punaise je me sent mal à la lecture !
Ci on parlé du temps qu’il fait! hun; et de la fille de la photo.
Elle est pas mal la nana sur la photo quelle âge 18 20 ans !

3. Le dimanche 28 juin 2009, 02:06 par Akynou

J'avais 20 ans…

4. Le dimanche 28 juin 2009, 22:56 par Vroumette

Ah ah les photomatons, j'adore ça !

Je retourne aussi sur les bancs de la fac l'année prochaine pour passer un master 2 en management des collectivités locales en prime du boulot, yeaaaaaah !
J'ai déjà prévenu que je ne répondais plus à personne durant un an et n'avais plus de vie sociale. Youhouuu.

J'ai le sentiment que nous passons tous à un moment donné ce cap où les études inachevées nous titillent et que de reprendre les études fait partie d'une étape pour prendre sa revanche ou encore montrer ce dont on est capable et prendre confiance en soit.

Ce qui va me faire bizarre c'est de croiser des jeunes de 20/25 ans qui passeront le même exams. Drôle de voir ce que ça va donner. On se racontera nos impressions de facs.