Ah ! la fac… 1

Je vais, peut-être, reprendre une carte d’étudiante. A 50 ans, c’est une bonne façon de rester en forme. En fait, si je veux un jour être titularisée à l’IUT ou à l’université, j’ai plutôt intérêt à passer un Master (j’ai deux licences et un certificat de maîtrise, ce qui n’est pas suffisant, on s’en doute, pour être enseignant à l’université). Et puis j’ai une autre ambition. J’ai toujours aimé réfléchir sur tout et rien. Surtout sur rien. Surtout sur mon métier, souvent mis en cause parce qu’au cœur de la démocratie.

C’est vrai, délivrer l’info, ce n’est pas rien comme responsabilité.

Le truc, c’est qu’en tant que journaliste, on a assez peu de temps à consacrer à la méditation. On a la tête dans le guidon. Et ceux qui s’érigent en têtes pensantes de la profession sont au degré zéro de la réflexion. Apathie, par exemple, qui confond étude de cas et leçon de morale. Tout le contraire de Bourdieu dont je viens de revoir les deux émissions consacrées à la télévision et au champs journalistique et télévision. Passionnant. Il en parle d’ailleurs, de ces gens qui parlent à la télé et qui dispensent leur pseudo science. Le royaume de la médiocrité. Je connaissais un Chilien qui avant d’être obligé de se réfugier en France avait écrit un bouquin passionnant : El Hombre mediocre. Qui n’a pas dû plaire aux sbires de Pinochet.

Enfin bref. Quand on travaille dans une rédaction, on est donc toujours à courir. Et on prend peu le temps de réfléchir. Ce qui est somme toute assez dommage. et dommageable. On devrait faire des séminaires régulièrement et obligatoires. Je ne crois pas que les patrons de presse soient prêts à financer ce type de formation. Un journalisme qui réfléchit sur ses pratiques professionnelles est une homme dangereux pour l’entreprise. Qu’il se contente de produire de l’info dans des délais de plus en plus courts, le nez dans l’ordinateur, à pondre de la page qui coute le moins cher possible.

Donc, je me suis dit qu’en tant qu’enseignante, j’aurais peut-être le temps de vivre, oui aussi, mais ce n’est pas de cela dont je veux parler. Non, le temps de penser, de lire, d’écrire.

Cette année, cela n’a pas été vraiment le cas. En plus des cours à préparer et à donner, des trois filles à élever (et Dieu sait que c’est épuisant et bouffeur de temps), je n’ai pas eu beaucoup le loisir d’écrire. Et l’an prochain ce sera sans doute pire. Parce que comme je le disais, je vais reprendre mes études. Enfin, j’espère. Car je n’en suis qu’au stade du dépôt de dossier. Kafkaien le dossier pour une personne dans ma situation.

Comme cela fait longtemps que j’ai arrêté mes études, je dois passer par le Sufco (nous sommes au royaume des acronymes). Mais comme je veux m’inscrire en socio et que j’ai des diplômes dans d’autres matière, il me faut une validation pédagogique de mes acquis universitaires. J’ai appris ça lundi, je devais rendre le dossier aujourd’hui. Youpi… La secrétaire, vraiment sympa, m’a proposé de m’envoyer le dossier par mail. Ce qu’elle a fait dans la demi-heure. Je me suis donc retrouvé devant une liste de documents à fournir et c’est là que les problèmes ont commencé.

La copie du relevé de notes et du diplôme du baccalauréat. Le diplôme, celui-là ou les autres, pas de problèmes, je l’ai. Mais le relevé de notes… J’ai passé mon bac en 1977. Alors, voyons voir, une relevé de notes. est-ce que j’en ai eu un. Ah oui, un petit feuillet rose. Mais je ne l’ai pas gardé. Je n’ai même pas imaginé que je pourrais en avoir besoin un jour. Je ne me rappelle même pas qu’on me l’ai réclamé. Cela dit, je me souviens de toutes mes notes. Ou presque. Mais je ne peux rien prouver.

Copie des relevés de notes d’examen obtenus après le baccalauréat et des diplômes. Mais qu’est-ce qu’ils me demandent mes relevés de notes d’il y a plus de vingt ans. Enfin, je peux comprendre. Moi aussi j’ai fait une sélection il n’y a pas longtemps. Et j’ai lu tous les relevés de notes. Enfin, pas tous, non. C’est long et chiant à lire. Et souvent incompréhensible pour les gens qui ne sont pas du sérail (ce qui est mon cas). Voir les diplômes avec ou sans mention a suffit à mon bonheur. Eh bien une fois de plus, ils n’auront que les diplômes.

Copie des relevés de notes de chaque année d’études post-baccalauréat. Ouh, je suis larguée, moi. Ce n’est pas la même chose que dessus ? Ce ne sont pas les notes du contrôle continu qui font que l’on a ou non son année validée ? Bon, de toute façon, je n’ai pas non plus. Inutile de perdre du temps avec ça. Ah si, j’en ai retrouvé trois. En espagnol. Mais il n’y avait pas marqué à quelle année ça correspondait. Je zappe.

Copie du programme officiel des études suivies après le baccalauréat (matières obligatoires plus options ainsi que le volume horaire). Non de d’la. Ils veulent ma mort. Je n’ai même jamais eu un document pareil. Et si je l’avais eu je ne l’aurais sans doute pas gardé pendant vingt-cinq ans. Par curiosité, je suis allée voir sur le site d’une de mes anciennes fac le programme de la licence d’espagnol. Eh bien, c’est plus du tout pareil. Ou alors c’est pareil, mais ils ont changé tous les intitulés. D’ailleurs, moi, à mon époque, ça s’appelait UV. Pas pour “bronzette en caisson” mais pour unité de valeur. Visiblement, nous n’avons plus les mêmes… Le volume horaire… pfff

Copie des pièces justifiant des acquis professionnels ou personnels. J’ai laissé tombé le personnel. Pour les acquis professionnels je me suis demandé s’il falait que je leur donne tous mes bulletins de paie depuis que j’ai arrêté mes études… y compris les bulletins de piges. Mais j’ai fini par abandonner. Je n’ai pas de brouette pour transporter le tout. Je me suis contentée de leur transmettre mon CV. Après tout, cela a bien suffit pour qu’on me donne un poste, ça devrait le faire pour une carte d’étudiant.

Eventuellement, copie de la décision de validation d’acquis obtenue antérieurement. Miracle !!! Je l’ai gardée.  Ouiii. Avec la décision positive. Ça m’a bien aidé d’ailleurs. Parce qu’en dehors des papiers à fournir, il y a le tableau des années universitaires à remplir. et comme j’avais fait la même chose ma dernière année, je n’ai eu qu’à recopier. C’est là que je me suis rendue compte que j’avais mis quatre ans à valider ma deuxième année d’espagnol. Et que s’est ouverte la porte des souvenirs.


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…/…

Commentaires

1. Le jeudi 25 juin 2009, 23:31 par pasdupe

courage, moi qui n'ai pas été poursuivi par mes études j'admire cette volonté de réfléchir avant de dire, cela se perd. Où sont nos philosophe d'antan, capable de nous dire les voies de l'avenir, j'en ai mare de ne plus entendre ou lire les faiseurs de passé.

2. Le jeudi 25 juin 2009, 23:51 par saperli

pffff, ils exagèrent ! Moi je me suis rendue compte après trente années d'exercice que le papier que je photocopiais quand on me demandais mon diplôme, n'était qu'une attestation provisoire et que je n'étais jamais allé chercher mon diplôme d'Etat !

3. Le vendredi 26 juin 2009, 00:47 par Akynou

Saperli : en même temps, je suis un cas limite. Pour un étudiant normal, ça doit être plus facile :-)
Pasdupe, Bourdieu e parlait justement…

4. Le vendredi 26 juin 2009, 01:35 par lartemizia

Que cela me rapelle ma reprise d'études.... Et encore, tu n'en es qu'à l'étape administrative.
Il y avait un hic dans mon cas. Je suis née sur une commune qui avait changé de département entre temps. L'ordinateur de la Fac ne supportait pas de voir mon numéro de sécu indiquer 75 alors qu'Issy le Moulineaux affichait un 92. Je me suis sentie d'un coup antédiluvienne et pourtant à l'époque, je n'avais pas encore 40 ans...
Moi aussi, j'ai connu les UV. C'est à ce moment là que je me suis apperçue que les facs étaient très autonomes au niveau enseignement et qu'un même diplôme, à la même époque ne voulait pas dire les mêmes apprentissages. Le responsable pédagogique du département Arts-Plastiques m'avait renvoyé dans mes foyers, très méprisant de mes savoirs acquis à Paris. Pensez donc, lui, le Montpellierain. Je lui soupsonne un petit complexe d'infériorité... Je n'ai du mon salut qu'à l'autre responsable, une femme, qui avait une petite idée du parcours professionnel féminin. Nous avons négocié et j'ai pu suivre les cours. Après, même si c'était parfois un peu dur de refaire marcher ma tête de cette manière là, c'était quand même un bonheur sans nom...
Bref, bravo pour ta décision. Tiens bon dans ce parcours pénible des méandres administratifs, après, tu vas adorer !!!

5. Le vendredi 26 juin 2009, 01:37 par lartemizia

Un petit mot à Padupe : vas voir du coté de Michel Onfray. Je suis certaine que tu y trouverais ton bonheur. Il ouvre des voies très intéressantes....

6. Le vendredi 26 juin 2009, 04:24 par Milky

Je ne sais pas si ça t'aidera beaucoup, mais les UV ont été remplacées, et c'est bien dommage rapport au hyatus provoqué, par les UE - unités d'enseignement (du moins c'est là où on en était quand j'ai quitté la fac il y a 4-5 ans)

7. Le vendredi 26 juin 2009, 06:35 par Malaussen

J'en connais une qui comme toi - à peine cinq ans plus jeune - reprend ses études à la rentrée, du côté des Tanneurs pour un master FLE, histoire de trouver une échappatoire à sa condition d'enseignant dans le primaire ! L'inscription à la fac a été plutôt du genre parcours du combattant et les remous de cette année n'ont pas arrangé les choses !
Alors, bon courage pour la suite !

8. Le vendredi 26 juin 2009, 06:40 par julio

Je suis persuade que l’info est manipulé pars les médias est les états, les journalistes Indépendants ont beaucoup de difficulté a nous informée, ils sont souvent oblige de se transformée en écrivains pour faire passé leurs messages. Pour moi les meilleurs journalistes sont les correspondent et les hommes de terrain qui couvre les événements qui peuvent se produire.
Les philosophes sont une catégorie très différente, mais pareille, aujourd’hui ils sont souvent au service des gouvernements ils sont corrompu, il pense plus a leur fin de mois qu’aux problèmes de la société.
Pour quoi tu croies que je te lie ! Tous simplement pour ta capacité a t’indigné contre les injustices que tu rencontre, pour t’ont courage et ta fraîcheur d’esprit.
Le plus terrible dans cette société et que les hommes les mieux préparé s’eus qui devrai nous guidé profité de la société pour s’enrichir.
En tous qu’a bonne chance a toi je te souhaite le meilleur, il ni a pas d’âge pour apprendre.
Moi tu voies je suis condamné à apprendre tout ma vie, sais ma malédiction est sais ma chance .ci se monde veux me vaincre il suera obligé de me faire la guerre je ne céder jamais, pas de trêve a l’injustice !
Julio

9. Le vendredi 26 juin 2009, 08:15 par akynou

Julio : c'est sans doute un peu plus compliqué que cela. LEs gens qui se font connaître par l'intermédiaire des médias, donc ceux que nous connaissons, sont sans doute les plus médiocre. Les autres ont la reconnaissance de leurs pairs. Ils n'ont pas besoin de se faire connaître , ils n'ont pas de revanche à prendre. Et ils continuent leur propre chemin. A nous de les trouver et de lire leurs bouquins :-)

Malaussen : eh bien les Tanneurs tout pareil :-) Mais je ne sais pas ce que c'est FLE.

Milky : j'avais entendu parlé des UE. ;-)

10. Le vendredi 26 juin 2009, 09:03 par Anne

C'est à dissuader de vouloir se remettre aux chères études, dis donc !

Mais j'ai hâte de lire les billets suivants !

11. Le vendredi 26 juin 2009, 12:25 par karmara

J'ai refait une année d'études universitaires il y a une grosse dizaines d'années. Via un CIF. Mais cela avait été bcp plus simple que ça. Juste les copies des diplômes, je crois. Le fait que ce fût un CIF et la fac de Paris VIII (ex-Vincennes) y est peut-être pour quelque chose.

12. Le vendredi 26 juin 2009, 12:25 par karmara

PS : j'ai un peu de mal avec ton fond noir… Qu'en pensent tes autres lecteurs ?

13. Le vendredi 26 juin 2009, 12:29 par Leeloolène

Quand je vois ta liste de docs à fournir... je prends peur !!! Et pourtant mes études ne sont pas si loin... moins de 10 ans...
Pfiouuuu... bon courage en tout cas !!!!

14. Le vendredi 26 juin 2009, 13:08 par Akynou

Karmara, en fait tu peux choisir un autre thème, reprendre celui d'avant. Tu vas dans la colonne de droite, dans choisissez un thème. L'ancien s'appelle Orangeworld.
Le fond noir me correspond en ce moment, mais j'imagine que ce n'est pas forcément le cas de tous mes lecteurs :-)

15. Le samedi 27 juin 2009, 10:12 par Fauvette

Belle idée Akynou ! Cela fait envie, sauf que ce parcours du combattant... Ils le font exprès pour décourager les postulants ou quoi ?
Ou alors c'est de la bêtise pure.

16. Le samedi 27 juin 2009, 10:35 par Akynou

Fauvette : non pas du tout. Bien au contraire, le dossier est vraiment ce qu'il faut pour évaluer une demande d'équivalence. Mais c'est un dossier qui est destiné à des gens qui sont en cours d'études et pour qui ça ne pose pas de problème.
Quand tu demandes une équivalence comme moi pour faire un master de sociologie, il est normal qu'on te demande si tu as fait de la sociologie avant (j'aurais pu en faire au cours de mes différentes études, une UV par ci par là en plus de mes UV spécialisée) et mesurer si le volume horaire est suffisant.
Donc je ne conteste pas du tout la validité du dossier. C'est juste que pour des gens comme moi, c'est totalement impossible. Il y a d'ailleurs de grande chance que mon dossier soit refusé. Pas parce que mon dossier est incomplet, mais parce que je n'ai jamais fait de socio et qu'ils ne doivent pas imaginer que je puisse faire directement un master sans cet apprentissage-là. Mais bon, qui ne tente rien n'a rien. J'espère juste qu'ils me reclasseront en licence. J'ai la poisse avec mes études, y a jamais rien d'évident…

17. Le samedi 27 juin 2009, 17:45 par Malaussen

FLE : Français Langue Etrangère... histoire d'être en capacité d'apprendre le français à des enfants non francophones venant d'arriver en France ou alors aller enseigner dans des Ecoles européennes

18. Le samedi 27 juin 2009, 17:57 par andrem

Bonjour Akynou.

J'aime bien ton billet. Pour ce qui est des dédales universitaires, justifiés ou non, je n'en dirai rien, mais ils m'effraient un peu quand même. Des dispositions particulières devraient exister pour les vieux avides de pensée. Oh pardon, tu es trop gamine, 50 seulement, et une belle jambe.

Homo mediocritus. Ce sujet me passionne et je n'ai rien encore écrit à ce sujet, il faudrait que je me lance, c'est en écrivant qu'on découvre ou qu'on se plante, mais n'est-ce-pas une autre façon de découvrir que se planter? L'idée serait qu'une société n'est viable qu'à partir du moment où elle est organisée pour fonctionner avec des hommes médiocres. Cette société de winner, de surhommes, de performers et de génies prétendus (Feu Jackson?) m'insupporte.

Voilà. Yapuka.