Grandeur et misère du français

Lorsque je travaillais dans une rédaction au poste de secrétaire de rédaction (le journaliste chargé de vérifier les infos, de mettre les textes en page et d’écrire la “titraille”, pas de remplacer les correcteurs, j’insiste), il m’est arrivé de lire des choses assez étranges, dont hélas, je n’ai pas toujours gardé trace. J’ai surtout remarqué que chez certains de mes confrères l’utilisation d’un dictionnaire était quelque chose de très couteux et de très difficile. Comment expliquer sinon de telles erreurs dans le sens des mots, dans la correction du français. Un bon journaliste vérifie ses sources et sa langue. Je rassure tout le monde, c’était des cas plutôt isolés.

Depuis que j’enseigne, j’en lis de bien pire. Ce qui est normal. Il s’agit de jeunes en formation. Mais ce qui m’étonne, tout de même, c’est le niveau de français général. Telle candidate ayant eu 15 à l’écrit et à l’oral de français a envoyé une lettre de motivations truffée de fautes. Tel étudiant emploie un mot pour un autre au point de rendre son texte peu compréhensible et parfois même de dire le contraire de ce qu’il veut dire. Tel autre méconnaît les sens des temps et emploie, par exemple, l’imparfait quand un passé composé serait plus judicieux et le reste à l’avenant…

Et je ne suis pas la seule à me plaindre de ce phénomène. Or, nous n’avons pas le temps de donner des cours de français aux étudiants en journalisme. C’est un problème qu’ils doivent avoir réglé tout seuls (ou avec leurs enseignants de français au collège et au lycée), avant de s’inscrire chez nous. Nous avons donc mis une barrière en créant un exercice de français lors du concours.

Nous avions annoncé qu’il y avait 15 fautes à trouver (en fait, il y en avait une ou deux de plus). La plupart on trouvé 15 fautes et se sont arrêté là. Sans doute n’imaginaient-ils pas un instant qu’ils n’avaient pas su trouver les bonnes. C’est ainsi que certains ont récolté des 0. Rien trouvé, nada. Impressionnant, parce qu’il y en avait de faciles.

J’avais imaginé donner 1 point par faute trouvée sauf pour 5 à qui j’attribuais 2 points car plus difficiles. En fait, j’ai compté un point par faute trouvée et un point par faute corrigée. Sinon, personne n’aurait eu la moyenne. Et certains avaient bien trouvé les erreurs mais avaient été incapables de les corriger.

Nous avions précisé qu’il n’y avait aucune erreur dans les noms de figure de style, passage qui semblait rugueux à certains de mes collègues.

Voici le texte proposé. Vous pouvez jouer à chercher les erreurs. J’en donnerai le corrigé plus tard. Et je vous raconterai peut-être quelques anecdotes savoureuses (mais pathétiques quand même).

C’est entendu, l’écriture journalistique a ses règles qu’on se doit de connaître quand on rentre dans une école de journalisme. Mais elles ne doivent pas annihiler tout style sous peine de rendre un texte indigeste.

Ainsi, contrairement à ce qui est communément affirmé, on ne jette pas aux orties les temps du passé. Mais quand on propose aux étudiants d’écrire un texte au passé (passé simple, passé composé, imparfait, plus-que-parfait…), s’en suivent des réflexions outrées : on ne peut pas, s’offusquent-ils, écrire un papier au passé ! Eh bien si, on peut, et même parfois on doit. Ne serait-ce que pour éviter d’impossibles présents comme celui trouvé dans un magazine de voyage : « Nous découvrons le navire la semaine précédente, dans le port de Saïgon. »

Si elle méprise le passé, la presse use et abuse des euphémismes. On ne parle plus de femme de ménage, mais de technicienne de surface, de chômeur mais de demandeur d’emploi. Pourtant, il convient de les traquer sans merci si l’on veut éviter bien des avatars.

Le « Et » en début de phrase peut être magnifique et excessivement efficace. Mais pas tout le temps. A être trop souvent employé, le voilà bien usé. Ce qui produit « à peu de frais, un style archaïco-biblique aux effets solides et un peu vulgaires… », comme le dénonce Michel Volkovitch dans Verbier. « Et » est avant tout un terme de liaison et doit le rester. D’autre part, il ne faut pas abuser des conjonctions de coordination. Celles-ci sont, la plupart du temps, un cache-misère. Leur omission allègera et musclera une écriture mollassonne.

On nous en rabat les oreilles : « On est con ». Sans vouloir être aussi sévère, force est de constater qu’il faut apprivoiser ce pronom personnel car il est utilisé à tort et à travers. L’écriture en devient toute relâchée, voire un peu veule. Le « on » est toutefois parfait, voire irremplaçable pour permettre l’identification du lecteur. Mais il ne doit ni remplacer ni se mélanger au nous. Impersonnel il est, impersonnel il se doit de rester.

Dédaigner la ponctuation – si naturelle dit-on – est un chausse-trappe dans lequel tombe de nombreux apprentis journalistes. Le point d’exclamation, par exemple, remplace pour certains les émoticons et l’on prête aux points de suspension des vertus qu’ils n’ont pas. Quant au point virgule, est-ce un sous-point ? une supervirgule ? On l’adore et on l’arbore. Savoir s’en saisir est signe d’une réelle maîtrise de l’écriture.

Est-ce que de savoir ce qu’est un adynaton, une hypallage et autre anaphore affine et muscle la plume du journaliste ? Sans doute non ! C’est cependant un acquit important et il n’est pas aberrant, pour un professionnel de l’écriture, d’en connaître les ressources et les secrets, même si, comme le bon M. Jourdain sa prose, il pratique l’épanelepse ou le chiasme depuis sa première rédaction. Une façon aussi de démystifier ces figures et tournures apparemment si compliquées. Et de se régaler des mots qui sonnent  – anadipose, tapinose – comme des maladies enfantines.

Ainsi, un adynaton est une hyperbole qui énonce des réalités tellement exagérées qu’elles s’avèrent impossibles. Exemple : « Elle était une fille mélancolique au regard battu et d’une maigreur à rayer les baignoires. » (Pascal Bruckner). Et une dérivation n’a que peu à voir avec la plomberie. C’est l’emploi rapproché de mots de la même famille : « Cent et cent fois j’avais fait, défait et refait la même page. » (Chateaubriand). Un luxe malheureusement que les journalistes n’ont plus, pour des raisons pécunières semble-t-il.

Bref, vous l’aurez deviné, être journaliste c’est aussi apprendre à écrire en bon français, des phrases intelligibles, correctes, pleines de sens, qui sauront également donner du plaisir. Les lourdeurs, les erreurs de mots ou de construction telles que celles que vous avez su traquer dans ce texte impactent le lecteur, lui faisant irrémédiablement tourner la page. Ce qui est dommage car, comme tout un chacun, le journaliste écrit pour être lu.

 

Exercice très librement inspiré de Question de style, manuel d’écriture, de Dane Cuypers. CFPJ éditions. Il n’y a bien entendu pas d’erreur dans le texte d’origine.


Commentaires

1. Le mardi 22 juin 2010, 14:15 par Anne

Bon sang de bois, 4 seulement à la première lecture, c'est ridicule. Je m'y remets !

2. Le mardi 22 juin 2010, 19:15 par Akynou

Tu peux les donner en commentaire, je te dirai déjà si ce sont les bonnes ;-) Ou en mail, si tu veux laisser les autres se débrouiller tout seuls

3. Le mardi 22 juin 2010, 21:22 par Valérie de Haute Savoie

Anne j'en ai six je crois bien, mais il est vrai que je ne connais pas un bon nombre de mots comme épanelepse et autre adynaton que je vais m'empresser d'aller découvrir.

4. Le mardi 22 juin 2010, 22:42 par andrem

je ne te dis pas merci. Tu viens de me gacher ma soirée. Zéro erreurs à la première lecture, un peu davantage en suite. J'arrive à la quinzaine sans être sûr que j'ai trouvé les bonnes, et dans 2 cas je ne trouve pas la bonne formalité.

Du coup je suis été voir sur mes écrits, et là, j'en ai trouvé en pagaie.

Combien d'erreurs dans mon commentaire, à propos d'avatar ?

5. Le mardi 22 juin 2010, 23:25 par mwenpouzot

Bonsoir Akynou!
Grandeur et misere, parfaitement!
Allez, je replonge dans mon bescherelle.

6. Le mercredi 23 juin 2010, 00:06 par Akynou

Ne cherchez pas dans les noms de figure de style ai-je dit, elles sont normalement toutes bien orthographiées. Et si vous ne me donnez pas les erreurs que vous avez trouvé (par commentaire ou par mail), je ne peux pas vous dire si c'est bon ou pas… Rhoooo
Cela dit, comme c'est moi qui les ai faites, ces fautes, je sais où elles sont (quoi que). Mais si j'avais dû corriger le texte, je ferai sans doute moins la fière. Je ne suis pas correctrice… Donc ne vous jetez pas des pierres non plus.

Cela dit bis : il y en a tout de même un certain nombre de facile, voire de logique quant on connaît le sens des mots. Il n'y a pas que des fautes d'orthographe, loin de là, il y a aussi pas mal d'incorrections qui sont très souvent employées.

7. Le mercredi 23 juin 2010, 00:11 par Akynou

Par exemple, je sais qu'Andrem en a au moins trouvé une :-)
D'ailleurs, Andrem, si tu trouves des fautes en pagaille dans tes écrits, tu en laisses probablement moins que moi. On croit toujours écrire parfaitement. Et puis en fait non, car on a du mal à relire sur le fond et sur la forme. Celui qui écrit le texte ne peut le relire que sur le fond. Ce qu'il veut dire, c'est ce qu'il y a de plus important pour lui.
C'est pour cela qu'existent les correcteurs. Et les supprimer dans les rédactions est une aberration. Peut-être pas au niveau économique (quoi qu'un journal plein de fautes est fatalement suspect aux yeux des lecteurs), mais au niveau de la qualité.

Faire en sorte que la forme soit en parfaite adéquation avec le fond pour servir le texte au mieux…

8. Le mercredi 23 juin 2010, 01:05 par Karaba (la vraie)

Par ordre alphabétique
abhorrer, acquis, avatar?(emploi abusif) ,chausse-trappe (n.f) émoticônes ,s'ensuivre, impacter(ça existe?) ,pécuniaire, point-virgule, rebattre les oreilles, tombent
pas de majuscule après les deux points. "Cent fois..."
Ne faut-il pas des guillemets après les réflexions outrées?
Il ne doit pas se mélanger au "nous"
On traque les techniciennes de surface et les demandeurs d'emploi?
... même si, comme le bon M. Jourdain sa prose, il pratique l’épanelepse ou le chiasme depuis sa première rédaction. J'aurais écrit "même si depuis sa première rédaction 'il pratique l'épanelepse ou le chiasme comme le bon M. Jourdain, sa prose.

Dès demain, je commande "Question de style, manuel d'écriture'

,

9. Le mercredi 23 juin 2010, 06:29 par julio

Bon moi je vais la fermer a se sujet !
Non Disons que j’ai beaucoup souffert de non écriture, aujourd’hui encor je pense que sais un handicape. Je dévie un peu le sujet, mon père écrit tous les mots attacher, c’était drôle de voir ma mère nous lire une de sais lettres. Je voulais aussi ajouter que l’on peu être un grand grammairien et un mauvais philosophe, et que les plus jolis phrases ne construises pas toujours les plus belles histoires !

10. Le mercredi 23 juin 2010, 07:21 par laure

Les étudiants avaient-ils droit au dico, que je me mette dans les mêmes conditions qu'eux?
4 à la première lecture, et des doutes...

11. Le mercredi 23 juin 2010, 08:37 par andrem

Bonjour Akynou. Ce matin, impossible de dormir, il fallait que je donne une suite aux questions posées. Alors voilà, j'ai pondu un billet sur mon bloghumeur (le lien est sur mon nom) et je me sens mieux, je vais pouvoir me recoucher.

Je t'envoie dans la foulée un imêle avec mes réponses. Tu vas bien rigoler, j'ai trouvé des erreurs où il n'y en a pas, mais je ne sais pas lesquelles. Surtout ne le dis à personne ...

12. Le mercredi 23 juin 2010, 09:02 par Akynou

Laure, non, il n'y avait pas de dictionnaire autorisé. Mais en même temps, il n'y en n'a pas vraiment besoin. Ce n'est pas si difficile que cela. Quand je vous aurai donné les réponses, vous vous direz : bon sang mais bien sûr :-)

Andrem, je vais voir ton billet mais je n'ai pas reçu ton email

Julio : oui, c'est difficile de ne pas maîtriser un minimum l'orthographe d'une langue et en même temps cela te marque socialement.

13. Le mercredi 23 juin 2010, 09:03 par Akynou

Merdum : il n'y en a pas besoin… Il y en a quelques unes de ce type :-)

14. Le mercredi 23 juin 2010, 09:14 par Anne

Bon. J'en ai onze, dont deux sur les figures de style... t'aurais pas fait des fautes de fautes ou mes souvenirs sont lointains ?

Saïgon / Saigon
un/une chausse-trappe
dans lequel/laquelle tombe / tombent
point virgule / point-virgule
une / Une supervirgule /super virgule ( ?)
un acquit /acquis
pratique l’épanelepse / épanalepse
anadipose / anadiplose
raisons pécunières / pécuniaires

15. Le mercredi 23 juin 2010, 09:14 par Anne

Ah zut, j'avais mis en gras mes corrections, mais sous ce thème, le gras n'est pas distinct du bas de casse !! Et ps : je n'aime pas "voire"

16. Le mercredi 23 juin 2010, 10:14 par Akynou

Bon, Anne, le gras se lit sur Sage.

Mais il faut lire l'énoncé avant de se lancer. J'ai dit et répété que ce n'était pas du côté des figures de style qu'il fallait chercher. Il y avait bien deux fautes les concernant, mais c'était des fautes de frappe qui n'étaient pas prévues, comme Saigon. Au départ, nous avions décidé de ne pas mettre de fautes d'orthographe parce que nous pensions bien que les étudiants ne connaîtraient pas, pour la plupart, ces figures de style. Idem pour Saigon. Et d'ailleurs personne n'a trouvé ces fautes-là.

Cela dit, j'aurais pu corriger en vous soumettant le texte. Je les avais oubliées (ça date de trois semaines) :-)

Pas d'erreur sur supervirgule car les noms précédés d'un superlatif se collent à lui (d'où supermarché). C'est la règle. Une règle que peu de gens connaissent d'ailleurs.
Donc il te reste au moins 10 fautes à trouver.

Mais tu cherches mal. C'est amusant comme quand on parle de test de français, on pense orthographe. Mais l'orthographe n'est pas le problème. Si j'avais voulu faire un test d'orthographe, j'aurais fait une dictée. Il y a des erreurs qui le sont également à l'oral. Pense aux travers des journalistes. Regarde le sens des mots et les constructions des phrases…

Tu n'aimes pas "voire", dommage. Il est parfaitement correct et a souvent son utilité. J'ai du mal avec les exclusions. J'ai eu un jour une cheftaine de service qui ne supportait pas les "grâce à". Elle changeait tout, jusqu'au ridicule. Dans les papiers pratiques, notamment, il est difficile de s'en passer :-)

17. Le mercredi 23 juin 2010, 10:37 par Anne

C'est bien parce que tu le disais dans l'énoncé que j'ai minoré en disant que deux de celles que j'avais trouvées étaient dedans !

Non, je n'aime pas voire même quand il est correct. Ceci dit, pas au point de l'éradiquer partout où je le vois !!

La réflexion que je me faisais en lisant c'est que certaines tournures incorrectes sont tellement "dans nos oreilles et nos yeux" qu'on y prête plus attention. Dont acte. Et je vais continuer, quand j'aurais le temps.

En attendant je ne dois pas être la seule à avoir du mal, nous ne sommes pas nombreuses à nous être lancées dans les commentaires !

18. Le mercredi 23 juin 2010, 10:43 par Akynou

Andrem m'a envoyé un mail, il avait fait 19 propositions, j'en ai validé 10. Les autres n'étaient pas bonnes. Au concours, il aurait eu 20/20 avec la méthode de notation que j'avais adopté. Le meilleur score étudiant était de 9 fautes trouvées et corrigées.

Pour Karaba, ça s'annonce pas mal non plus.
- abhorrer, acquis, avatar?(emploi abusif) ,chausse-trappe (n.f) : oui.
- Emoticônes En fait, le mot n'est pas encore entré dans le dico, les deux sont admis.
- s'ensuivre, impacter(ça existe? eh non ;-)) ,pécuniaire, point-virgule, rebattre les oreilles, tombent : oui à tout.
- pas de majuscule après les deux points. "Cent fois..." : ben non, parce que c'est une citation. Donc forcément une majuscule. Mais si il n'y avait pas eu l'ouverture de guillemets, effectivement, il n'aurait pas fallu mettre de lettre capitale.
- Ne faut-il pas des guillemets après les réflexions outrées? Non,les guillemets ne sont de droit que pour les citations, et tous les cas où on ne peut pas mettre le mot en italique à cause de la typo (mots étrangers, titres, œuvres, nom de navires, etc.). ou pour les mots qui n'existent pas. A partir du moment où le mot est employé dans son sens, il n'y a pas de guillemets. L'outrance est souvent subjective…
- Il ne doit pas se mélanger au "nous". oui
- On traque les techniciennes de surface et les demandeurs d'emploi? Non, technicienne de surface et demandeur d'emploi sont au singulier pour deux raisons. 1. parce que femme de ménage et chomeur le sont, dont je dois garder ce singulier. 2. Ce sont les euphémismes que je traque.
- ... même si, comme le bon M. Jourdain sa prose, il pratique l’épanelepse ou le chiasme depuis sa première rédaction. J'aurais écrit "même si depuis sa première rédaction 'il pratique l'épanelepse ou le chiasme comme le bon M. Jourdain, sa prose. Oui, on peut le dire comme cela aussi, mais je ne change pas le style de l'auteur, c'est lui qui signe le papier. Bon, clairement, dans un article de presse, je rends la chose plus légère. Mais dans cet exercice, je ne touche à rien de ce qui n'est pas incorrect.
Bravo, 11 erreurs validées :-)

Il doit en rester quatre ou cinq autres

19. Le mercredi 23 juin 2010, 10:45 par Anne

Tiens, deux qui me viennent :

quand on entre (et pas rentre)

s'avérer impossibles (s'avérer, c'est justement ce révéler être vraies)

20. Le mercredi 23 juin 2010, 13:01 par Akynou

Ha, je t'avais répondu que c'était bon. Mais j'ai du oublier de valider

21. Le mercredi 23 juin 2010, 14:41 par andrem

Voici un petit extrait de ce que j'avais répondu à Akynou.

Il y a du boulot (bouleau, boulo, du verbe boulonner ou du verbe bouloter?). 10 bonnes réponses et 9 réponses à côté de la plaque, donc au moins 5 fautes inaperçues. Quel chausse-pieds je me prends ! Je ne savais même pas que chausse-trappe était féminin, c'est dire. L'erreur de corriger la phrase fautive donnée en exemple est comique en effet, car la corriger revient à supprimer son rôle exemplaire. Mais j'étais alors très loin du compte et il me fallait désespérément trouver des fautes ... Ce qui explique probablement que tes élèves aient commis le même contre-sens.

L'emploi de l'expression "et autres ..." en fin d'énumération est redoutable. Je le sais, pourtant, que cette expression ouvre sur un mot qui contient tous les précédents, mais rien n'y fait, je succombe à chaque fois, je mets un nouveau concept, un nouveau sens. J'ai cru voir un singulier fautif quand ce n'était que le choix du mot. Entre nous soit dit, avant de vérifier dans le dico, j'aurais été incapable d'affirmer que l'anaphore était autre chose que l'adynaton et l'hypallage, que j'ignorais tout autant. Sorti de la métaphore, de l'euphémisme, de l'oxymore et de la litote, je nage la brasse coulée et je brûle un cierge à Monsieur Jourdain, sachant que je dois en faire sans le savoir.



Je me tiens à émoticone, que j'écris plutôt émoticône. Bien que peu usité et inconnu au dico, il remplace très avantageusement smiley et se relie à icône, terme très usuel et déjà pratiqué dans l'informatique. Emoticon prononcé comme il s'écrit est un peu malheureux, et si l'on doit le prononcer différemment, pourquoi alors l'écrire ainsi ? A moins que l'on cherche à ridiculiser l'emploi un peu trop fréquent de cette petite image à la place d'une jolie phrase.
http://racontars.akynou.fr/themes/O...

On est con. Curieusement, c'est à l'oral que la confusion ne se fait pas. Prononcé 'onécon', il signifie la stupidité d'un corpus plus ou moins identifié. Prononcé 'on hé con', c'est le mot "on" qui devient stupide, ou plutôt l'usage qu'on en fait. D'où ma suggestion de visualiser cet écart de prononciation par des guillemets. La lecture brute pousse à l'erreur, et le souci de celui qui écrit est bien d'éviter les erreurs du lecteur, n'est-ce-pas. Je maintiens donc la nécessaire correction, même si je ne la compte pas dans les erreurs qu'il fallait trouver, et ton argument sur les guillemets est juste.

Voilà. Pour le reste, il faut apprendre la modestie et ne pas se regarder si beau dans son miroir. Tu le dis justement, tout le monde a besoin d'un correcteur, c'est-à-dire de bien autre chose qu'un miroir complaisant comme ces miroirs imperceptiblement convexes et teintés des cabines d'essayage. Il ne va pas alléger ton texte, il ne va pas changer ton style, mais il va traquer, et trouver, ces fautes perverses qui ressemblent à de bonnes idées et qui ne sont parfois que réflexes, tics, étourderies, facilités, fatuité. Je suis parfois tenté par les sites d'auto-éditions, j'aime écrire, j'aime être lu, et je suis incapable de trouver un éditeur assez fou pour moi. Mais je suis arrêté dans ma démarche par ce cauchemar : je suis dans une maison sans miroir.

Et maintenant je sais que j'en ai besoin au delà de ce que je m'imaginais.

22. Le mercredi 23 juin 2010, 17:00 par Minium

En vrac, je tente ce qu'il ne m'a pas semblé voir dans les autres commentaires:o)

cache-misère : mauvais emploi ?
archaïco ?
le regard Abattu
jeTer aux orties
j'aurais mis une virgule après "émoticons"
un luxe que les journalistes n'ont malheureusement plus
des mot -...- qui sonnent comme des maladies

23. Le mercredi 23 juin 2010, 17:35 par Lyjazz

Ouf!
A 1h du mat première tentative et seulement 5 fautes trouvées.
Je viens de recommencer et j'en ai 15.
Sans savoir si ce sont les bonnes.
Je t'envoie un mail pour te donner encore du boulot de correction...
Je veux en avoir le coeur net !

24. Le mercredi 23 juin 2010, 17:42 par andrem

Je reviens sur une erreur que je n'avais pas vue: le point-virgule, que l'on adore et que l'on "arbore". Le texte initial contenait le mot "abhorre", une bonne façon de dire l'ambivalence des comportements face à ce signe.

Il n'empêche que, pour celui qui ne connaît pas le texte initial, la phrase "on l'adore et on l'arbore" a un sens; on peut certes trouver qu'elle ne s'inscrit pas vraiment dans la ligne de l'ensemble du message, en pinaillant, mais la phrase a un sens et a sa logique.

Je reconnais que "on l'adore et on l'abhorre" est meilleur, et serait encore plus clair s'il avait été écrit "on l'adore OU on l'abhorre". Dans ce cas, l'erreur était repérable. La vraie erreur et d'avoir écrit ET et non OU, à mon avis.

Ah mais, c'est que je me trouverais des circonstances zatténuantes ...

25. Le mercredi 23 juin 2010, 17:53 par andrem

Damned, j'en ai un autre que personne n'a trouvé.

TombENT de nombreux apprentis journalistes.

Personne? Voire.

26. Le mercredi 23 juin 2010, 20:23 par Akynou

Andrem, j'u crois pas, tu as acheté le livre ? ;-)
"tombent" a été trouvé par Anne et Karaba. Au moins.
Pour le pronom "on", je te répondais qu'au contraire, le mettre entre guillemet signifie que c'est le pronom qui est con. Alors que pas du tout. Bien employé, il est même très utile.
Je garde émoticon avec une prononciation à la française, parce que émoticone fait plus référence à la prononciation anglaise qu'à l'image pieuse (qui n'a d'ailleurs pas grand chose à voir avec le signe en question).

Je vois mal comment on peut arborer un point-virgule. Et face à adorer, abhorrer est logique, au moins. Après c'est de l'argutie, pas de la subtilité. Le "et" n'a pas le même sens que le "ou". Donc si l'auteur a choisi le "et", elle l'a fait en connaissance de cause. A la fois on l'aime et on le déteste. Après, il faut avoir un peu plus de 100 mots à son vocabulaire (je ne parle pas pour toi, mais pour les candidats qui auraient été enduits d'erreurs par la tournure de cette phrase).

Mimium :
Et ben non.
- cache-misère est tout à fait bien employé
- archaïco ? construction traditionnelle en français. De plus, c'est dans une citation d'auteur. Ça, on ne touche pas.
- le regard Abattu. C'est là encore une citation d'auteur. On ne va réécrire ni Baudelaire, ni Rimbaud, ni ce pauvre Pascal Bruckner
- jeTer aux orties. Jeter à l'infinitif, oui, mais là, le verbe est conjugué. Il n'y a pas de faute
- j'aurais mis une virgule après "émoticons". Beaucoup le font, mais normalement non puisqu'on a le "et". Cela ferait double usage.
- un luxe que les journalistes n'ont malheureusement plus. Ça ne change pas le sens. Aucune d'incorrection avant ou après. Donc pourquoi changer ?
- des mot -...- qui sonnent comme des maladies. Idem ici, les deux constructions sont correctes. Mais inverser les mots change le rythme. Donc je laisse l'ordre choisi par l'auteur. C'est son droit, surtout dans un bouquin qui parle de style :-) Cela dit, il y avait bien une erreur dans cette phrase-ci, que personne n'a encore trouvé.

27. Le mercredi 23 juin 2010, 20:25 par Akynou

Lyjazz, j'attends ton mail :-)

28. Le mercredi 23 juin 2010, 20:52 par Bladsurb

Les maladies sont infantiles, et non enfantines.

29. Le mercredi 23 juin 2010, 21:00 par Karaba (la vraie!)

J'ai bien compris que c'étaient les euphémismes qu'on traquait, Akynou!
Mais je me suis mal exprimée. J'aurais dû ajouter à la fin de mon interrogation, une émoticône , émoticon , celle qui éclate de rire.
Tant pis pour le point perdu!

30. Le jeudi 24 juin 2010, 00:46 par Akynou

Bravo bladsurd. Il doit en rester une quelque part...

31. Le jeudi 24 juin 2010, 00:51 par Minium

Oups mais c'est bien sûr ! :o) Heureusement que j'avais trouvé une dizaine de fautes déjà citées et que je fais du jardinage et non pas de la correction ces jours-ci !! Quand je pense que d'habitude je trouve la coquille dans les livres, supports de cours et manuels officiels; que je n'ai plus la télé, la radio et ne lis plus les journaux.

Commentaire n°6, je me permets de toucher à un mot de l'auteur : "quanD on connaît" ;oÞÞ

32. Le jeudi 24 juin 2010, 02:03 par Akynou

Karaba : oups 1. Je n'avais pas saisi. Rire rétrospectif :-)

Mimium : Oups 2. Mais s'il fallait recenser toutes mes fautes, il me faudrait compter les oups par milliers. Me reste à corriger le texte de Lyjazz

33. Le jeudi 24 juin 2010, 09:03 par Anne

La vache, c'est incompatible avec un boulot à plein temps, ton texte !!

34. Le jeudi 24 juin 2010, 17:36 par andrem

Une dernière tentative pour la route:

... en bon français des phrases intelligibles ... (pas de virgule).

Non, je n'ai pas le texte d'origine, j'ai simplement fait des déductions en lisant les commentaires. Je ne me serais pas permis de commenter si j'avais eu ce texte.

A plus tard. Je lirai ton corrigé avec curiosité.

35. Le jeudi 24 juin 2010, 19:43 par Akynou

Anne : oui, c'était celui des correcteurs. Dommage, on les a supprimer. Les rédacteurs vont avoir besoin de faire des stages :-)

Andrem : non.

Je vais essayer de donner la correction ce soir

36. Le vendredi 16 juillet 2010, 15:45 par Otir

Voilà bien un jeu amusant que j'aurais loupé pendant mes vacances d'Internet ! Le signe que ce à quoi je me prétends bonne (le bien écrire) n'est pas un jeu, mais une véritable profession qui est tellement dévalorisée désormais que les professionnels de l'écrit ont décidé de faire l'impasse : grandeur et misère du français certes, et surtout perte d'un génie qui ira de paire avec une décadence que beaucoup déplorent pour de mauvaises raisons...

Par réflexe presque instinctif, j'ai réécrit le texte pour le corriger à ma façon avant de lire le billet de corrigé et les commentaires de tes fidèles lecteurs. Je suis heureuse au fond que l'exercice se soit avéré si délicat pour tout le monde ! S'il en avait été autrement, c'était le signe que les correcteurs ne rendent pas le service pour lequel ils devraient être reconnus !

(Malheureusement, j'ai été incapable de compter les fautes que j'ai corrigées : on ne peut pas prétendre savoir écrire et compter à la fois ! j'aurais dû utiliser un logiciel intelligent de comparatif de versions pour jouer à un tel jeu !)

C’est entendu, l’écriture journalistique a ses règles qu’on se doit de connaître quand on entre dans une école de journalisme. Mais elles ne doivent pas annihiler tout style sous peine de rendre un texte indigeste.
Ainsi, contrairement à ce qui est communément affirmé, on ne jette pas aux orties les temps du passé. Mais quand on propose aux étudiants d’écrire un texte au passé (passé simple, passé composé, imparfait, plus-que-parfait…), s’ensuivent des réflexions outrées : on ne peut pas, s’offusquent-ils, écrire un papier au passé ! Eh bien si, on peut, et même parfois on doit. Ne serait-ce que pour éviter d’impossibles présents comme celui trouvé dans un magazine de voyage : « Nous découvrons le navire la semaine précédente, dans le port de Saigon. »
Si elle méprise le passé, la presse use et abuse des euphémismes. On ne parle plus de femme de ménage, mais de technicienne de surface, de chômeur mais de demandeur d’emploi. Pourtant, il convient de les traquer sans merci si l’on veut éviter bien des inconvénients.
Le « Et » en début de phrase peut être magnifique et extrêmement efficace. Mais pas tout le temps. A être trop souvent employé, le voilà bien usé. Ce qui produit « à peu de frais, un style archaïco-biblique aux effets solides et un peu vulgaires… », comme le dénonce Michel Volkovitch dans Verbier. « Et » est avant tout un terme de liaison et doit le rester. En outre, il ne faut pas abuser des conjonctions de coordination. Celles-ci sont, la plupart du temps, un cache-misère. Leur omission allègera et musclera une écriture mollassonne.
On nous en rebat les oreilles : « On est con ». Sans vouloir être aussi sévère, force est de constater qu’il faut apprivoiser ce pronom personnel car il est utilisé à tort et à travers. L’écriture en devient toute relâchée, voire un peu veule. Le « on » est toutefois parfait, voire irremplaçable pour permettre l’identification du lecteur. Mais il ne doit ni remplacer ni se mélanger au « nous ». Impersonnel il est, impersonnel il se doit de rester.
Dédaigner la ponctuation – si naturelle dit-on – est une chausse-trappe dans laquelle tombent de nombreux apprentis journalistes. Le point d’exclamation, par exemple, remplace pour certains les émoticons et l’on prête aux points de suspension des vertus qu’ils n’ont pas. Quant au point-virgule, est-ce un sous-point ? une supervirgule ? On l’adore et on l'abhorre. Savoir s’en saisir est signe d’une réelle maîtrise de l’écriture.
Est-ce que de savoir ce qu’est un adynaton, une hypallage et autre anaphore affine et muscle la plume du journaliste ? Sans doute non ! C’est cependant un acquis important et il n’est pas aberrant, pour un professionnel de l’écriture, d’en connaître les ressources et les secrets, même si, comme le bon M. Jourdain sa prose, il pratique l’épanalepse ou le chiasme depuis sa première rédaction. Une façon aussi de démythifier ces figures et tournures apparemment si compliquées. Et de se régaler des mots qui sonnent  – anadiplose, tapinose – comme des maladies infantiles.
Ainsi, un adynaton est une hyperbole qui énonce des réalités tellement exagérées qu’elles se révèlent impossibles. Exemple : « Elle était une fille mélancolique au regard battu et d’une maigreur à rayer les baignoires. » (Pascal Bruckner). Et une dérivation n’a que peu à voir avec la plomberie. C’est l’emploi rapproché de mots de la même famille : « Cent et cent fois j’avais fait, défait et refait la même page. » (Chateaubriand). Un luxe malheureusement que les journalistes n’ont plus, pour des raisons pécuniaires semble-t-il.
Bref, vous l’aurez deviné, être journaliste c’est aussi apprendre à écrire en bon français, des phrases intelligibles, correctes, pleines de sens, qui sauront également donner du plaisir. Les lourdeurs, les erreurs de mots ou de construction telles que celles que vous avez su traquer dans ce texte ont un impact sur le lecteur, lui faisant irrémédiablement tourner la page. Ce qui est dommage car, comme tout un chacun, le journaliste écrit pour être lu.

J'espère que je n'ai pas fait un trop mauvais boulot du coup : je l'eus facturé 30 dollars en free-lance, soit un petit 23 euros de l'heure. C'est quoi les salaires en France maintenant ? je suis curieuse de savoir !!