La plus grande inquiétude des parents, c’est que leurs enfants tombent sur des choses pas jolies jolies… Classique et pas propre à Internet. Quand j’habitais du côté de Pigalle, j’ai rencontré des gens qui tentaient d’éradiquer la prostitution du quartier. Et ils y sont arrivé. Bientôt, je parie qu’il n’y aura plus de sex-shop. Tout cela au nom de leurs enfants. Mais j’aimerais bien qu’on m’explique l’intérêt de s’installer à Pigalle si on ne supporte pas son environnement…
Personnellement, le premier truc porno que j’ai vu, c’était un livre, trouvé dans l’armoire de mes parents. Mon père m’avait envoyée lui chercher un pull… Quant à mes filles, elles ont vu leurs premières scène porno sur une cassette video sur laquelle je leur avait enregistré un film pour enfants. Ce que j’ignorais c’est que leur père avait utilisé cette cassette pour enregistrer un porno de Canal+ et n’avait évidemment pas changé l’étiquette.
Le porno, c’est pas joli joli. Mais cela fait quand même parti des choses de la vie.

Etre choqué aussi. Il y a de très nombreuses choses choquantes dans la vie. Bien plus que les films de cul. L’injustice, les gens dans la rue, la famine… Parmi les 8-17 ans participant à un réseau social, ils sont 30% à avoir été choqués ou gênés par ce qu’ils y ont vu. C’est écrit en grosses lettres…
Mais choqué une fois ? plusieurs fois ? souvent ? ce n’est pas précisé. Personne n’en sait rien. C’est dommage, non ?
Et choqués par quoi ?
– 19% l’ont été par des images pornos, de la pornographie, des personnes dénudées sur leur réseau social
– 15% par de la violence (bagarres, accidents, sang)
– 13% par des propos racistes, homophobes
– 5% par alcool et beuveries
– 5% par politique et religion.
Ces vrais que ces deux derniers items sont particulièrement choquant ;-)

Ce sont des réponses spontanées des enfants interrogés. Les réponses ne sont pas triées par tranche d’âge. Cela dit, la pornographie, la violence, les propos racistes sont des choses dérangeantes quel que soit l’âge. Moi-même je ne suis pas fan des films où la violence est érigée en principe, les films d’action par exemple. Je n’aime pas non plus les pornos. Mais on ne me fera pas croire que ces gamins, qui aiment un certain cinéma, dont certains d’entre eux (surtout les garçons, et à partir d’un certain âge) vont se renseigner sur la sexualité sur des sites pornos, sont particulièrement choqués par ce qu’ils voient sur les réseaux sociaux. Les réseaux sociaux, pas Internet…
En plus, plus cul-béni que des réseaux comme Facebook ou Flickr ou autres, c’est difficile. Je connais un certain nombre d’artistes dont les comptes ont été désactivés pour avoir exposé des œuvres représentant des personnes nues. Cela n’avait rien à voir avec de la pornographie. C’était de l’art. Mais cela a été identifié comme dérangeant et immédiatement désactivé. Un ado qui posterait systématiquement des vidéos violentes sur Internet, des vidéos avec de la barbarie, un viol, un bastonnage sur son compte aura toutes les chances de se le faire désactiver très rapidement.

Les vidéos de cuites, sans doute pas, même si elles choquent 5% de nos têtes blondes. Mais où les adolescents se procureraient-ils des images de beuverie si ce n’est en se filmant eux-même. Et là, le problème n’est-il pas plutôt la beuverie en elle-même que son film sur le Net ? N’est-il pas dans le fait que l’ado s’adonne au binge drinking plutôt que dans les pseudo risques pour sa carrière future ? Ou la gêne qu’il va provoquer chez ses copains en leur montrant ce à quoi il s’est adonné ou ce à quoi ils ont tous participé ? Arrêtons de voir l’arbre. Regardons la forêt.

Notre société est schizophrène. D’un côté elle demande aux parents de surveiller leur progéniture car elle peut être choquée par des vidéos porno, de la violence, etc. D’un autre côté, elle propose des objets, soit disant culturels, aux jeunes qui sont d’une rare violence. Vous avez vu les publicité pour les jeux vidéos ? Celles où l’on voit des personnages munis d’armes monstrueuses décimer des ennemis, perpétrant des massacres à répétition ? Cela passe à la télévision, à des heures de grande écoute, à l’intérieur de série “familiales”. Je ne parle même pas de la sacro-sainte grande messe du 20 heures qui nous sert, en plein milieu du repas, son lot de tremblements de terre, de tsunamis, de guerres…


Call of Duty Black Ops - Il y a un soldat en… par CultureGames
Et pour les 70% restant, ceux qui disent ne pas avoir été choqués, est-ce que parce qu’ils n’ont pas été exposés ou parce que les mêmes choses ne les choquent pas, ne les choque plus ? De quoi doit-on s’inquiéter le plus ? Pourquoi seuls 30% auraient été exposés et pas les autres, vu que les réseaux, comme les jeunes, fonctionnent peu ou prou de la même manière ?

La cerise sur le gâteau est dans la conclusion du chapitre : « Quand ils on été choqués, 45% n’ont rien fait. Seuls 11% en ont parlé avec leurs parents et 37% avec leurs amis : ils en parlent plus facilement quand le sujet des réseaux sociaux est abordé en famille. »

Oh la vilaine petite culpabilité qu’on essaie de refiler en loucedé aux parents…Quarante-cinq pour cent de nos malheureux enfants sont de pauvres laissés pour compte, qu’on laisse se dépatouiller seuls avec des choses affreuses vues sur le Net. Les parents doivent s’investir, parler d’Internet avec leurs enfants, etc. Bien sûr. Evidemment. Comme on parle des dangers de la société avec eux : les inconnus dans la rue, la violence à l’école, la cigarette, la drogue. Cela dit, avec toute la meilleure volonté du monde, on prévient, on n’empêche pas. Parce qu’il arrive un moment où les enfants doivent apprendre par eux-mêmes. Vous connaissez, vous, des parents qui incitent leur môme à fumer ? Et pourtant, le nombre d’adolescents qui commencent à fumer dès le collège est toujours important. C’est pas faute d’en dénoncer les dangers. Mais voilà, la vie, elle s’apprend en la vivant, et le danger s’expérimente en le provoquant. Ça a toujours été comme ça. On aura beau les mettre sous cloche nos beau ados, il y aura toujours un moment où ils la feront voler en éclat. et tous les interdits n’y pourront mais.

Et puis il y a un truc qu’on ne lit jamais nulle part, c’est qu’on peut aussi se faire des amis sur Internet. Sans être pour autant misérable socialement. Dans ceux qui forment le cercle de ce que j’appelle mes meilleurs amis, il y en a beaucoup que j’ai connus via Internet, des sites de discussion, mon blog. J’ai rencontré des gens formidable grâce à ce média. Ils ne sont pas tous devenus mes meilleurs amis. Mais ce sont des gens qui comptent pour moi, dont l’existence est importante. Qui m’ont aidé dans des moments difficiles, qui m’ont soutenue. Et parmi ces personnes-là, il y en a que je n’ai jamais rencontrées. Jamais. Même pas téléphoné. Je ne sais même pas quelle tête elles ont. Et à la limite, cela m’est égal. Je sais que si j’ai besoin d’elles, elles seront là. Et inversement d’ailleurs.

Dans le même ordre d’idée, les réseau sociaux peuvent permettre à celui qui est victime ou simplement isolé dans son collège, parce qu’il est différent, de trouver des gens qui lui ressemble, un groupe auquel appartenir. Alors, ces amis, ils seront peut-être lointains ; il ne les aura peut-être pas rencontré en vrai, ou quelques jours seulement en colo… Mais peut-être lui permettront-ils de s’exprimer, d’être un ado comme les autres, loin des quolibets, des railleries, de la mise à l’écart… Il partagera avec eux des passions communes, qui ne seront pas celles des autres. Des passions un peu à part.
Exemple, une de mes filles est une fan de gothique lolita, un genre dérivé des mangas. Elle a, sur le Net, des amies qui partagent la même passion, avec qui elle peut en parler, qui ne se moquent pas d’elle quand elle craque sur des poupées qu’elle trouve si mignonnes – et que moi personnellement, je trouve assez moches. Qui ne lui glisseront pas, perfides, en parlant d’une robe : « Oui, c’est joli, mais je ne mettrais pas ça pour aller à l’école. » ou « Tu sais, carnaval, c’était la semaine dernière… »

Poupées Gothic lolitas

Autant dire qu’essayer d’inciter nos ados à ne rien dire d’eux sur les réseaux sociaux est un vœux pieu. Internet, c’est leur vie, leur vie sans nous. Et nous, nous devons apprendre à ce qu’ils vivent en dehors du cocon familial. Aux parents qui seraient tentés d’aller fouiller dans le compte internet de leur enfant pour voir s’il n’y a rien de grave, s’ils n’ont pas trop révéler de détails croustillants sur leur petite vie, j’ai envie de leur demander de bien réfléchir à ce qu’ils font. L’apprentissage se fait en famille, au jour le jour, et pas uniquement sur Internet. Un ado sera moins enclin à croire ses parents quand ceux-ci lui parle de respect de la vie privée alors même qu’ils tentent par tous les moyens de s’immiscer dans la sienne.
Oui, nos enfants ont droit à une vie privée. Et c’est aux parents de la leur donner. En respectant leur intimité. Cela commence très tôt. Je connais des mères qui ne supportent pas que leur enfant ne leur raconte pas tout ce qu’il a fait à l’école. Mais l’école est son domaine. Il a envie de le partager, il le fait. Il n’a pas envie ? on respecte. On n’ouvre pas son courrier, ses mails, son journal intime, son compte Facebook. Je n’aimerais pas du tout que mes filles me fasse cela. Et je ne leur fait pas. C’est contre les parents que l’enfant apprend ce qu’est l’intime.
Je ne sais quasi de la vie amoureuse de mes filles. Elles ne m’en parlent pas. Elles en parlent beaucoup entre elles. Est-ce que ça  m’intéresse ? Mais oui, ça me passionne même. Mais qu’est-ce que vous voulez que je fasse, que je les espionne ? Que j’aille sur leur Facebook pour savoir si elles ont un amoureux ? Je sais ce que je dois savoir. Et elles, elles savent que si elles ont un problème, si elles ont envie de m’en parler, je suis là. Pour le reste, eh bien je musèle ma curiosité.

Prodiguer des conseils, oui, sans aucun doute. Faire preuve d’autorité, sans doute aussi. Mais pas en fouillant dans ses poubelles.

Enfin, la notion même de vie privée évolue. Il fut un temps où cela n’existait pas. Il n’y avait pas d’intime. La reine accouchait devant la cour, le roi mourait de même. Il mangeait, se lavait, pétait, rotait devant tout un tas de gens. Chose que l’on imaginerait même pas de nos jours, et c’est tant mieux. J’aurais même aimé que l’actuel présiprince soit plus discret sur sa vie privée qui ne nous regarde pas. Mais je ne mets pas la même chose dans le concept vie privée que mes parents. Et il en va de même avec mes enfants. Moi, par exemple, le geotaggage perpétuel me pose problème. Que tout le monde sache où je suis au moment où j’y suis, même si c’est pour y faire rien du tout, me gêne. Je n’ai pas envie de voir débarquer n’importe qui, y compris des amis, sur un quai de métro qui me dirait : « J’ai vu que tu étais là sur mon téléphone, du coup je suis venu… » Mes amis, j’adore les voir, quand j’ai envie de les voir. Je ne tiens pas à les voir surgir à n’importe quel moment de la journée. Idem concernant les MSN et compagnie. Je ne les ai pas installé parce que je n’aime pas être dérangée quand je suis sur mon ordinateur par quelqu’un qui voit de la lumière et qui a envie de passer. Même si c’est un copain. Je ne suis pas disponible à tout moment du jour et encore moins de la nuit. Cette fonction de messagerie m’énerve également sur Facebook. Avant, il y avait une messagerie – on lisait quand on voulait – et une messagerie instantanée. Maintenant les deux sont mélangés. Et ça m’agace.
Ma fille pas du tout. Elle vit avec son ordi et son portable et répond à tous ces messages immédiatement où qu’elle soit ou presque. Que les gens sache où elle est ne la dérange absolument pas. Et quand je lui dis : mais enfin, quand même, ça ne regarde personne. Elle ne comprend même pas à quoi je fais référence. Peut-être qu’elle le verra plus tard. Le fait d’être ainsi surveillée en permanence la dérangera-t-elle. J’espère. Parce que ça nous prépare quand même une société de cyberflics que je n’aime pas du tout. Mais ce sera sa vie, il faudra elle qu’elle la défende, qu’elle se batte pour préserver des libertés qu’elle-même aura définies. Au nom de quoi je vais lui imposer, pour sa vie future, des choses à faire ou à ne pas faire.

J’ai des valeurs. J’espère lui en avoir transmis un certain nombre. J’espère aussi que, comme moi, elle en acquiérera d’autres, qui lui seront propre. Mon boulot de mère s’arrête là. Sa vie, c’est elle qui l’a vivra. Avec Internet. Ou sans. Elle choisira.