Racontars

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mercredi 26 septembre 2012

Mamie Alzheimer

Il y a des choses, plus elles sont énormes, plus elles me font rire. Même si elles sont plutôt inquiétantes. Ou alarmantes. Je ne peux pas m’en empêcher. Je ris à gorge déployée.

Mamie Alzheimer, c’est ma mère. Elle a une forme atypique de la maladie. Celle-ci ne touche pas la zone de la mémoire, mais celle du langage. Les mots s’effacent. Le problème, c’est quand un mot s’efface, ce n’est pas juste le dire, le formuler qui fout le camp, c’est tout le sens qui taille la route.

Exemple. Elle ne sait plus ce qu’est un rôti de porc. Ni son nom, ni ce qu’on peut en faire et encore moins comment on peut le cuisiner. Pourtant, pendant un moment, elle a été la reine du rôti de porc.

Ça n’a l’air de rien, mais c’est flippant. Par exemple ma sœur a remarqué que lorsqu’on parle à notre mère de son infirmière, elle ouvre de grands yeux ronds : « Mais je n’ai pas d’infirmière. Non, ça ne me dis rien. Je ne vois pas de quoi tu parles. » Par contre, si on lui demande comment est la dame qui lui apporte son médicament tous les matins, elle répond enjouée: « Ah ! elle est très gentille. Elle ne reste pas longtemps, mais on papote toujours un peu. » Bref, ma mère a perdu le mot « infirmière ». Le prononcer devant elle ne sert à rien. Ces pertes sont irrémédiables.

C’est flippant. Surtout pour elle. Car son esprit fonctionne par ailleurs très bien. Mais elle ne comprend pas la moitié de ce qu’on lui dit. Du coup, elle se met colère. Et comble de malchance, son médecin généraliste n’a pas l’air d’y comprendre grand chose puisqu’il accuse sa mémoire, alors que celle-ci n’est pas en jeu.

Cela dit, Mamie Alzheimer, le médecin, elle ne sait plus ce que c’est.

Des fois, ça donne des trucs incongrus. Elle ne sait plus trop ce qu’est un congélateur. Même si elle s’en sert tous les jours. Ce qui m’angoisse un peu. J’ai retrouvé cet été les glaces et les steacks hachés congelés rangés dans la partie frigidaire. J’ai tout jeté. Je me suis dit : « On est mal barré si elle confond. »

En fait, elle ne confond pas vraiment. Elle se souvient encore qu’il y a des choses qui se rangent en haut, et d’autres en bas. Sauf que en haut, ça donnait ça


Glaciation !

Pas vraiment possible d’y ranger quoi que ce soit. Alors quand elle est revenue de faire les courses, elle a tout mis en bas.

Mais, cela, je l’ai découvert à ma visite suivante. Quand j’ai ouvert la porte du congélateur. Je suis restée sans voix. Puis, j’ai explosé de rire. Je m’y attendais si peu. J’ai du dégeler à l’eau chaude pour pouvoir sortir les aliments. Je n’avais jamais vu ça. En fait, le frigo de ma mère est aussi vieux que la maison qu’elle loue (cuisine soi-disant équipée). Les caoutchouc sont morts. Mais la propriétaire s’en contrefout.
Ce n’est pas vraiment drôle, mais quand je revois cette photo, je ne peux m’empêcher de rire. C’est plus fort que moi. Une réaction de défense sans doute face aux tours incongrus que jouent cette maladie.

La semaine passée ma sœur a été voir ma mère pour récupérer des papiers. Elles ont déjeuné ensemble. Quand on va chez Mamie Alzheimer, on emmène le repas et on le cuisine nous-même. L’état du congélateur pourrait donner des indications sur la raison de cette organisation. Mais en fait, non. Ce n’est pas pour cela. On ne craint pas tellement qu’elle nous empoisonne. Mais comme elle ne sait plus ni comment s’appelle les choses ni comment elles se cuisinent, elle a tendance à improviser. Et le résultat est parfois, comment dire… La dernière tarte aux pommes restera longtemps comme une douleur. Pourtant, dans la famille, nous adorons la tarte aux pommes. Je ne sais pas comment elle avait fait son compte, mais c’était bizarre et pas bon. Elle se nourrit essentiellement de pizza toutes faites, d’ailes de poulets longue conservation. Pas beaucoup de légumes, pas beaucoup de fruits, à peine ceux du jardin. Faudrait encore qu’elle se rappelle qu’ils sont comestibles.

Bref, ma sœur était à table avec ma mère en train de déjeuner – Elle me racontait cela sur les rives du Cher, par un après-midi tout ensoleillé et tout chaud –. A côté de la table, des étagères qu’elle parcours d’un regard familier quand ses yeux s’écarquillent. Au beau milieu des bibelots, à quelques centimètres de la table où elles sont en train de déjeuner, un cadavre de souris desséché. Momifié. A peine ma sœur me décrit l’animal mort que j’éclate de rire. Il faut voir les étagères de ma mère. un vrai inventaire à la Prévert où se côtoient photos, livres, souvenirs de voyage, de famille… Ne manquait plus que le cadavre d’une souris.

Mais ce n’est pas tout, poursuit ma sœur. Nous étions en train de manger quand même. Et quand je me suis exclamée : « Mais qu’est-ce que c’est que ça ? » Maman a attrapé la souris et la baladée au dessus de la table.

« Ça ? Je ne sais pas. Je l’ai trouvé par terre. Alors je l’ai posé là. Et attends, j’en ai un autre. » Elle devait sans doute être prête à se lever pour le montrer à sa fille.

J’ai beaucoup ri. C’est tragique. Mais c’est drôle quand on imagine la scène. Elle est comme une enfant qui découvre quelque chose qu’elle ne connaît pas. Elle est curieuse. Elle le met de côté. Et elle l’oublie.

C’est Mamie Alzheimer…

jeudi 16 août 2012

L'attaque des puces ninjas

Cet hiver, nous avons été une première fois envahies par les puces. J’ai acheté des bombes fumigènes en pharmacie. On les places dans les pièces à traiter, on fiche le camp pendant deux heures (quatre pour nous histoire d’être sûres) et on revient compter les morts. Enfin, on l’espère. Car il faut croire que chez cette espèce, les morts ressuscitent. Quelques jours plus tard, l’invasion avait repris de plus belle. Re-pharmacie, re-traitement, une vague de froid bienvenue et nous avons été tranquille quelques mois. Il ne me restait plus qu’à traiter le chien qui continuait à se gratter furieusement, à s’arracher les poils et la peau. Le pauvre est violemment allergique aux morsures des sales petites voraces et développe un eczéma de très mauvais aloi. Rendez-vous chez le vétérinaire. Une centaine d’euros plus loin, j’ai décidé de lui administrer des antihistaminiques courants (à petite dose, il ne fait ni mon poids ni ma taille). J’ai eu raison, ça a très bien marché et son eczéma a guéri aussi vite qu’il était arrivé.

Las, nous n’étions pas au bout de nos peines. Les puces, ça va, ça vient, comme mes chats qui courent la gueuze (bien que dûment castrés). Au début de l’été, elles sont revenues et cela a pris des proportions inquiétantes. Au milieu de l’été, ce fut le cauchemar.

Je me suis donc renseignée sur ces petites bêtes histoire de mieux les comprendre et les traquer sans merci. Certains représentent les puces comme ceci :

Elle a presque l’air sympa. Bonnasse et un rien peureuse. Or cet insecte est redoutable. Il apparaît plus agressif sur cette photo. 

On comprend sa capacité à sauter haut (30 centimètres !), par rapport à sa taille. Et dire qu’il y en a pour les dresser et en faire des animaux de cirque…

Mais moi, je les imagine tout autrement. Ceux qui on envahit ma maison ont tout de puces ninjas (on ne voit pas le bandeau noir parce que noir sur prune foncé, à cette taille, c’est pas net :

puces162.jpg

J’avais pensé que si la maison était vide d’animaux et d’humains pendant une vingtaine de jours (nous en vacances, les chats dans le jardin mais dûment nourris), faute de nourriture, elles finiraient par mourir de faim. Un peu comme les poux… En fait, c’est idiot. Les puces Ninja sont capables de s’autoréguler en fonction des conditions de vie (température ambiante, bruit, hydrométrie, quantité de nourriture disponible [sang]). Si effectivement une première génération meure, ce n’est pas le cas de leurs œufs.

Une puce pond de trente à cinquante œufs par jour pendant une période qui peut aller jusqu’à deux mois. Même si un de mes chats, ou mon chien, n’a ramené qu’une seule puce d’une de ses vadrouilles, au bout de quelques semaines, elles peuvent être des centaines. Contrairement à la lente du pou, l’œuf de puce de s’accroche pas aux poil des animaux, il glisse à terre et se dépose soit sur le canapé sur lequel les animaux aiment à se vautrer (moi aussi, mais je n’amène pas de puces de mes virées). Soit, le plus souvent, il tombe à terre, dans la moquette, ou, dans le cas de ma maison, se glisse entre les lames du vieux parquet. Là, il subit deux métamorphoses, en larves, qu’on peut tuer facilement, puis en nymphe, à l’abri d’un cocon bien solide, et quasi inattaquable. Et attend que la génération précédente soit morte pour prendre sa place en quelques heures. Mais qui n’éclot pas si les conditions ne sont pas requises. Donc ma maison désertée de ses habitants légaux n’était pas gage de puces éradiquées. Les cocons peuvent rester planqués pendant plus de six mois. A la moindre vibration, ils éclosent et attaque le premier passant. C’est ce qu’on appelle, à tord, les puces de plancher. Elles sont voraces, parce qu’elles viennent de naître et qu’elles sont affamées. Mais ce sont bien les dignes héritières des puces de chien ou de chat.

puces163.jpgJe les imagine assez bien, massées derrière ma porte, et passant par la fente destinée au courrier, sautant sur le premier facteur venu. Niark niark, du sang, du sang frais. Même si, paraît-il, l’humain n’est pas leur met favori. Elles préfèrent, et de loin, le chat et le chien. Ils ont tout pour leur plaire. Ils sont chauds, ont la peau légèrement humide, ils leur apportent une nourriture de choix et la présence de poils leur assure un abri idéal pour la ponte (et la partie de jambe en l’air qui précède, eh oh, elles ne font pas cela en public, les puces ninjas sont pudiques).

Cela dit, si la maison est pleine de nourriture ambulante, le cycle de reproduction peut être beaucoup plus rapide. En effet, la mort d’une première génération peut provoquer la naissance quasi immédiate d’une deuxième génération présente à l’état de cocon.

Bref, il n’y a pas trente six solutions pour éliminer ces bestioles, il faut prendre le taureau par les cornes.

Première étape, fulmigator. Je veux dire fumigène dans toutes les pièces. Evidemment, il ne faut personne dans la maison. Pour gagner du temps, j’ai décidé de passer à l’attaque dès le soir de notre arrivée. Après onze heures de route, j’ai déposé les filles chez ma sœur, qui vit à deux rues de chez moi ou presque, j’ai commandé les pizzas, puis je suis partie avec mes bombinettes, commandées depuis mon lieu de vacances et livrées chez la frangine, vers mon logis. Le miaulement désespéré de Jeudi m’informe que lui, au moins, est dans le jardin. Milhaud semble avoir disparu… Je ne résiste pas, je sors pour faire un gros câlin mais suis obligée de le laisser dehors. C’est que les fumigènes sont très fortement déconseillés aux humains, surtout pour les chats et les insectes (et pour cause). J’oublie complètement les phasmes, mais je verrai plus tard que cela n’a guère d’importance. Je monte les escaliers quatre à quatre, je dégoupille et dépose la bombe dans la chambre des filles. Je descend d’un étage. Même opération de la chambre de la grande. J’arrive dans ma chambre : mince, les volets de ma chambre ne sont pas fermés. Je pose ce que j’ai dans les mains, ferme les volets et referme la fenêtre, je dégoupille, dépose la bombe près de la porte pour qu’elle agisse aussi sur le palier et dans la salle de bains. Je descends et mets en route la bombe du rez de chaussée. Puis j’essaie de partir en courant. Sauf que je n’ai plus mes clés. Je ne sais pas où je les ai posées. Je commence à tousser. L’air est irrespirable. J’attrape une écharpe, me la colle contre le nez et la bouche et grimpe à nouveau les escaliers. Les clés sont sur mon lit, là où je les ai déposées pour fermer les volets. Je redescends les escaliers en courant, ouvre la porte, la referme et rentre. Ça m’apprendra à être aussi étourdie…

Arrivée chez ma sœur, je me déshabille entièrement, mets tous mes vêtements dans un sac en plastique et je pulvérise de l’antipuce à l’intérieur, puis je ferme hermétiquement. Bien m’en prends,avant d’enfouir ma chemise dans le sac, j’y vois deux bébés puces. Ça fait pschittttt aussi sec… Pour faire bonne mesure, j’asperge le paillasson, mais il y a peu de risque. Dans le plus simple appareil, j’entre dans le salon en priant pour que le livreur de pizza n’arrive pas au même moment. J’ai heureusementle temps d’enfiler mon pyjama avant qu’il ne sonne. Ouf !

– Deuxième étape. Aération. Le lendemain, après le petit déjeuner, nous rentrons chez nous. Nous ouvrons les fenêtres en grands. Sauf dans la chambre des filles, car elles étaient déjà grandes ouvertes. Damenaid, dans le noir, je ne l’avais pas vu. Le fumigène n’a sans doute pas servi à grand chose. Heureusement, il m’en reste une un. On recommence l’opération uniquement dans cette pièce, en fermant bien soigneusement la porte.

Au jardin, le chat Jeudi miaule toujours désespérément. Il est tellement heureux de nous voir qu’il supporte sans broncher le traitement que nous lui infligeons.

– Troisième étape. Traitement des animaux. En effet, ça ne sert à rien de traiter une maison si les vecteurs de contamination ne le sont pas. Le meilleur moyen n’est pas de s’en débarrasser. Les puces, sans leur nourriture de choix, se retourneront contre les humains. Je préfère encore que les survivantes s’attaquent au chat. Et elles ne se gênent pas, les peaux de toutou ninja. Nous avons traité Jeudi quatre fois et à chacune nous avons trouvé un grand nombre de bestioles. Idem pour Moucky le chien. Traitement de choc au Frontline, pipette, soit disant hyper efficace se sont révélés inutiles. La seule chose qui a fonctionné, c’est l’épouillage. Oui, ce bon vieux peigne antipoux qui chope aussi les puces.

– Quatrième étape. Nettoyage intégral de la maison. Pour la chasse au cocon. Pièce par pièce, nous avons passé l’aspirateur au millimètre. En insistant sur les fentes de parquets. Et tous les endroits où se sont couché les animaux. Les puces ninjas n’aiment pas particulièrement les fauteuils, les canapés, les coins obscurs, etc. Mais les œufs tombent là où s’installent leurs garde-manger. Donc les fauteuils, les canapés, les coins obscurs. En l’occurrence dans ma chambre, l’étagère la plus basse, celle où sont rangés tous mes paréos, ponchos, sacs, etc. Et le dessous de mon lit (planque préférée de mon chien quand il a peur que je lui foute une branlée, ce qui arrive très peu souvent, mais on ne sait jamais). Donc, on a dû déplacer quasiment tous les meubles. Evidemment, il faut ensuite jeter les sacs d’aspirateur le plus loin de chez soi. Voir près de la maison d’un ennemi…

– Cinquième étape. On lave tout que les animaux ont touché : la housse du canapé, les paréos, les châles, les couvertures… Il n’y a certainement plus de puces à cette étapes, mais encore des cocons. Donc lavages machine à 60 °C. Pour ce qui n’est pas lavable, mise en sac poubelles avec force insecticide. Ça n’atteint pas les cocons ? Non, c’est vrai, mais relisez ce que j’ai écrit. La deuxième génération naît dès que la première est morte pour peu qu’il y ait de la nourriture et de la vie. Alors je me fais un malin plaisir de faire vibrer le plancher, de secouer les sacs poubelles. Et pan, je remets une bonne giclée d’insecticide.

Voilà, nous avons fait tout ça. Ce fut un chouette retour de vacances. J’en ai eu des pires : convocation au tribunal pour enfants, découvert abyssal parce que le mari jouait immodérément, hospitalisation de ma mère, résultat du divorce (perdu ! rejoue encore), résultat de l’appel du divorce (reperdu, vous allez directement à la case prestation compensatoire sans passer par la case départ, vous ne touchez pas 20 000 francs mais vous versez 15 000 euros, et vous perdez 60 euros de pension alimentaire…). Bref, l’attaque des puces ninja, finalement, c’est du nanan. Sauf qu’il me reste une sixième étape : recommencer tout à zéro pour achever celles de la deuxième génération qui aurait échappé à tout ça.

Et là, je ne sais pas pourquoi, j’ai un coup de mou…

PS. Milhaud est revenu. En fait, on l’a localisé, et on a été le chercher. Il va bien. Mais il n’a pas aimé le traitement. Il fait un peu la gueule. Les phasmes, eux, étaient morts avant que je rentre. Après les avoir cherché un peu partout, je les ai retrouvés à la cave. Ils n”ont pas supporté leurs quinze jours sans nourriture, sans eau et sans lumière. J’espère ne pas être poursuivie par la SPA.

Sources :
Les puces de parquet
Pour éliminer les puces à la maison, rien de tel qu’un chien
Anti puce

samedi 9 juin 2012

Etre enterré quelque part…


Je ne serai pas à l’hommage qui lui sera rendu demain matin si ce n’est par la pensée.
J’attends mon ami et beau-frère à Tours, où il sera enterré. Cela s’est décidé un peu par hasard.

Je suis contente de ce choix. Il sera près de la Loire.

Je trouve qu’elle lui va bien.

Après-midi en bord de Loire


samedi 10 mars 2012

Mon gamin est sur Facebook (3) et il s'y fait des amis… que faire ?

La plus grande inquiétude des parents, c’est que leurs enfants tombent sur des choses pas jolies jolies… Classique et pas propre à Internet. Quand j’habitais du côté de Pigalle, j’ai rencontré des gens qui tentaient d’éradiquer la prostitution du quartier. Et ils y sont arrivé. Bientôt, je parie qu’il n’y aura plus de sex-shop. Tout cela au nom de leurs enfants. Mais j’aimerais bien qu’on m’explique l’intérêt de s’installer à Pigalle si on ne supporte pas son environnement…
Personnellement, le premier truc porno que j’ai vu, c’était un livre, trouvé dans l’armoire de mes parents. Mon père m’avait envoyée lui chercher un pull… Quant à mes filles, elles ont vu leurs premières scène porno sur une cassette video sur laquelle je leur avait enregistré un film pour enfants. Ce que j’ignorais c’est que leur père avait utilisé cette cassette pour enregistrer un porno de Canal+ et n’avait évidemment pas changé l’étiquette.
Le porno, c’est pas joli joli. Mais cela fait quand même parti des choses de la vie.

Etre choqué aussi. Il y a de très nombreuses choses choquantes dans la vie. Bien plus que les films de cul. L’injustice, les gens dans la rue, la famine… Parmi les 8-17 ans participant à un réseau social, ils sont 30% à avoir été choqués ou gênés par ce qu’ils y ont vu. C’est écrit en grosses lettres…
Mais choqué une fois ? plusieurs fois ? souvent ? ce n’est pas précisé. Personne n’en sait rien. C’est dommage, non ?
Et choqués par quoi ?
– 19% l’ont été par des images pornos, de la pornographie, des personnes dénudées sur leur réseau social
– 15% par de la violence (bagarres, accidents, sang)
– 13% par des propos racistes, homophobes
– 5% par alcool et beuveries
– 5% par politique et religion.
Ces vrais que ces deux derniers items sont particulièrement choquant ;-)

Ce sont des réponses spontanées des enfants interrogés. Les réponses ne sont pas triées par tranche d’âge. Cela dit, la pornographie, la violence, les propos racistes sont des choses dérangeantes quel que soit l’âge. Moi-même je ne suis pas fan des films où la violence est érigée en principe, les films d’action par exemple. Je n’aime pas non plus les pornos. Mais on ne me fera pas croire que ces gamins, qui aiment un certain cinéma, dont certains d’entre eux (surtout les garçons, et à partir d’un certain âge) vont se renseigner sur la sexualité sur des sites pornos, sont particulièrement choqués par ce qu’ils voient sur les réseaux sociaux. Les réseaux sociaux, pas Internet…
En plus, plus cul-béni que des réseaux comme Facebook ou Flickr ou autres, c’est difficile. Je connais un certain nombre d’artistes dont les comptes ont été désactivés pour avoir exposé des œuvres représentant des personnes nues. Cela n’avait rien à voir avec de la pornographie. C’était de l’art. Mais cela a été identifié comme dérangeant et immédiatement désactivé. Un ado qui posterait systématiquement des vidéos violentes sur Internet, des vidéos avec de la barbarie, un viol, un bastonnage sur son compte aura toutes les chances de se le faire désactiver très rapidement.

Les vidéos de cuites, sans doute pas, même si elles choquent 5% de nos têtes blondes. Mais où les adolescents se procureraient-ils des images de beuverie si ce n’est en se filmant eux-même. Et là, le problème n’est-il pas plutôt la beuverie en elle-même que son film sur le Net ? N’est-il pas dans le fait que l’ado s’adonne au binge drinking plutôt que dans les pseudo risques pour sa carrière future ? Ou la gêne qu’il va provoquer chez ses copains en leur montrant ce à quoi il s’est adonné ou ce à quoi ils ont tous participé ? Arrêtons de voir l’arbre. Regardons la forêt.

Notre société est schizophrène. D’un côté elle demande aux parents de surveiller leur progéniture car elle peut être choquée par des vidéos porno, de la violence, etc. D’un autre côté, elle propose des objets, soit disant culturels, aux jeunes qui sont d’une rare violence. Vous avez vu les publicité pour les jeux vidéos ? Celles où l’on voit des personnages munis d’armes monstrueuses décimer des ennemis, perpétrant des massacres à répétition ? Cela passe à la télévision, à des heures de grande écoute, à l’intérieur de série “familiales”. Je ne parle même pas de la sacro-sainte grande messe du 20 heures qui nous sert, en plein milieu du repas, son lot de tremblements de terre, de tsunamis, de guerres…


Call of Duty Black Ops - Il y a un soldat en… par CultureGames
Et pour les 70% restant, ceux qui disent ne pas avoir été choqués, est-ce que parce qu’ils n’ont pas été exposés ou parce que les mêmes choses ne les choquent pas, ne les choque plus ? De quoi doit-on s’inquiéter le plus ? Pourquoi seuls 30% auraient été exposés et pas les autres, vu que les réseaux, comme les jeunes, fonctionnent peu ou prou de la même manière ?

La cerise sur le gâteau est dans la conclusion du chapitre : « Quand ils on été choqués, 45% n’ont rien fait. Seuls 11% en ont parlé avec leurs parents et 37% avec leurs amis : ils en parlent plus facilement quand le sujet des réseaux sociaux est abordé en famille. »

Oh la vilaine petite culpabilité qu’on essaie de refiler en loucedé aux parents…Quarante-cinq pour cent de nos malheureux enfants sont de pauvres laissés pour compte, qu’on laisse se dépatouiller seuls avec des choses affreuses vues sur le Net. Les parents doivent s’investir, parler d’Internet avec leurs enfants, etc. Bien sûr. Evidemment. Comme on parle des dangers de la société avec eux : les inconnus dans la rue, la violence à l’école, la cigarette, la drogue. Cela dit, avec toute la meilleure volonté du monde, on prévient, on n’empêche pas. Parce qu’il arrive un moment où les enfants doivent apprendre par eux-mêmes. Vous connaissez, vous, des parents qui incitent leur môme à fumer ? Et pourtant, le nombre d’adolescents qui commencent à fumer dès le collège est toujours important. C’est pas faute d’en dénoncer les dangers. Mais voilà, la vie, elle s’apprend en la vivant, et le danger s’expérimente en le provoquant. Ça a toujours été comme ça. On aura beau les mettre sous cloche nos beau ados, il y aura toujours un moment où ils la feront voler en éclat. et tous les interdits n’y pourront mais.

Et puis il y a un truc qu’on ne lit jamais nulle part, c’est qu’on peut aussi se faire des amis sur Internet. Sans être pour autant misérable socialement. Dans ceux qui forment le cercle de ce que j’appelle mes meilleurs amis, il y en a beaucoup que j’ai connus via Internet, des sites de discussion, mon blog. J’ai rencontré des gens formidable grâce à ce média. Ils ne sont pas tous devenus mes meilleurs amis. Mais ce sont des gens qui comptent pour moi, dont l’existence est importante. Qui m’ont aidé dans des moments difficiles, qui m’ont soutenue. Et parmi ces personnes-là, il y en a que je n’ai jamais rencontrées. Jamais. Même pas téléphoné. Je ne sais même pas quelle tête elles ont. Et à la limite, cela m’est égal. Je sais que si j’ai besoin d’elles, elles seront là. Et inversement d’ailleurs.

Dans le même ordre d’idée, les réseau sociaux peuvent permettre à celui qui est victime ou simplement isolé dans son collège, parce qu’il est différent, de trouver des gens qui lui ressemble, un groupe auquel appartenir. Alors, ces amis, ils seront peut-être lointains ; il ne les aura peut-être pas rencontré en vrai, ou quelques jours seulement en colo… Mais peut-être lui permettront-ils de s’exprimer, d’être un ado comme les autres, loin des quolibets, des railleries, de la mise à l’écart… Il partagera avec eux des passions communes, qui ne seront pas celles des autres. Des passions un peu à part.
Exemple, une de mes filles est une fan de gothique lolita, un genre dérivé des mangas. Elle a, sur le Net, des amies qui partagent la même passion, avec qui elle peut en parler, qui ne se moquent pas d’elle quand elle craque sur des poupées qu’elle trouve si mignonnes – et que moi personnellement, je trouve assez moches. Qui ne lui glisseront pas, perfides, en parlant d’une robe : « Oui, c’est joli, mais je ne mettrais pas ça pour aller à l’école. » ou « Tu sais, carnaval, c’était la semaine dernière… »

Poupées Gothic lolitas

Autant dire qu’essayer d’inciter nos ados à ne rien dire d’eux sur les réseaux sociaux est un vœux pieu. Internet, c’est leur vie, leur vie sans nous. Et nous, nous devons apprendre à ce qu’ils vivent en dehors du cocon familial. Aux parents qui seraient tentés d’aller fouiller dans le compte internet de leur enfant pour voir s’il n’y a rien de grave, s’ils n’ont pas trop révéler de détails croustillants sur leur petite vie, j’ai envie de leur demander de bien réfléchir à ce qu’ils font. L’apprentissage se fait en famille, au jour le jour, et pas uniquement sur Internet. Un ado sera moins enclin à croire ses parents quand ceux-ci lui parle de respect de la vie privée alors même qu’ils tentent par tous les moyens de s’immiscer dans la sienne.
Oui, nos enfants ont droit à une vie privée. Et c’est aux parents de la leur donner. En respectant leur intimité. Cela commence très tôt. Je connais des mères qui ne supportent pas que leur enfant ne leur raconte pas tout ce qu’il a fait à l’école. Mais l’école est son domaine. Il a envie de le partager, il le fait. Il n’a pas envie ? on respecte. On n’ouvre pas son courrier, ses mails, son journal intime, son compte Facebook. Je n’aimerais pas du tout que mes filles me fasse cela. Et je ne leur fait pas. C’est contre les parents que l’enfant apprend ce qu’est l’intime.
Je ne sais quasi de la vie amoureuse de mes filles. Elles ne m’en parlent pas. Elles en parlent beaucoup entre elles. Est-ce que ça  m’intéresse ? Mais oui, ça me passionne même. Mais qu’est-ce que vous voulez que je fasse, que je les espionne ? Que j’aille sur leur Facebook pour savoir si elles ont un amoureux ? Je sais ce que je dois savoir. Et elles, elles savent que si elles ont un problème, si elles ont envie de m’en parler, je suis là. Pour le reste, eh bien je musèle ma curiosité.

Prodiguer des conseils, oui, sans aucun doute. Faire preuve d’autorité, sans doute aussi. Mais pas en fouillant dans ses poubelles.

Enfin, la notion même de vie privée évolue. Il fut un temps où cela n’existait pas. Il n’y avait pas d’intime. La reine accouchait devant la cour, le roi mourait de même. Il mangeait, se lavait, pétait, rotait devant tout un tas de gens. Chose que l’on imaginerait même pas de nos jours, et c’est tant mieux. J’aurais même aimé que l’actuel présiprince soit plus discret sur sa vie privée qui ne nous regarde pas. Mais je ne mets pas la même chose dans le concept vie privée que mes parents. Et il en va de même avec mes enfants. Moi, par exemple, le geotaggage perpétuel me pose problème. Que tout le monde sache où je suis au moment où j’y suis, même si c’est pour y faire rien du tout, me gêne. Je n’ai pas envie de voir débarquer n’importe qui, y compris des amis, sur un quai de métro qui me dirait : « J’ai vu que tu étais là sur mon téléphone, du coup je suis venu… » Mes amis, j’adore les voir, quand j’ai envie de les voir. Je ne tiens pas à les voir surgir à n’importe quel moment de la journée. Idem concernant les MSN et compagnie. Je ne les ai pas installé parce que je n’aime pas être dérangée quand je suis sur mon ordinateur par quelqu’un qui voit de la lumière et qui a envie de passer. Même si c’est un copain. Je ne suis pas disponible à tout moment du jour et encore moins de la nuit. Cette fonction de messagerie m’énerve également sur Facebook. Avant, il y avait une messagerie – on lisait quand on voulait – et une messagerie instantanée. Maintenant les deux sont mélangés. Et ça m’agace.
Ma fille pas du tout. Elle vit avec son ordi et son portable et répond à tous ces messages immédiatement où qu’elle soit ou presque. Que les gens sache où elle est ne la dérange absolument pas. Et quand je lui dis : mais enfin, quand même, ça ne regarde personne. Elle ne comprend même pas à quoi je fais référence. Peut-être qu’elle le verra plus tard. Le fait d’être ainsi surveillée en permanence la dérangera-t-elle. J’espère. Parce que ça nous prépare quand même une société de cyberflics que je n’aime pas du tout. Mais ce sera sa vie, il faudra elle qu’elle la défende, qu’elle se batte pour préserver des libertés qu’elle-même aura définies. Au nom de quoi je vais lui imposer, pour sa vie future, des choses à faire ou à ne pas faire.

J’ai des valeurs. J’espère lui en avoir transmis un certain nombre. J’espère aussi que, comme moi, elle en acquiérera d’autres, qui lui seront propre. Mon boulot de mère s’arrête là. Sa vie, c’est elle qui l’a vivra. Avec Internet. Ou sans. Elle choisira.

mercredi 7 mars 2012

Mon gamin est sur Facebook (2) ou comment faire croire aux gens qu'on gère les problèmes

 J’avais promis une suite à mon précédent post, Ce n’est pas si facile à écrire… Ce sondage, les campagnes publicitaires qui ont suivi, la série d’articles ou de reportages sur le sujet ont alimenté chez moi une réflexion qui part un peu dans tous les sens et que j’ai essayé de canaliser.  

J’avoue aussi que la tapage anti-Internet en général, et antiréseaux sociaux en particulier m’agace. Parce que bien utilisés, ce sont des espaces de liberté sans précédent. Et c’est sans doute ce qui gêne.

Dans l’enquête L’usage des réseaux sociaux chez les 8-17 ans, le nœud gorgien, c’est visiblement le chapitre L’exposition au contenu sensible. Contrairement à ce qu’on pourrait craindre, il est plutôt rassurant : 84% des 8-17 ayant un profil sur un réseau social n’ont jamais publié de photos/videos sans l’autorisation des photographiés. Ils sont 91% a déclarer qu’ils n’ont jamais publié de photo ridiculisant quelqu’un de leur entourage, 93% à affirmer n’avoir pas dit de choses blessantes sur un camarade, et 96% a déclarer n’avoir jamais participé à un groupe critiquant ou étant méchant avec quelqu’un. Sans surveillance des parents, les jeunes se conduiraient donc, en très grande majorité, plutôt bien sur Internet. Peut-être parce que les jeunes, dans leur grande majorité, se conduisent plutôt bien dans la vie en général.

On regarde de l’autre côté, et on apprend que 82% des jeunes ne se sont jamais fait insulter sur Internet et 87% n’ont jamais été victime de mensonges ni du rumeur. Ils sont tout de même 18% et 13% à l’avoir été. C’est évidemment trop. Mais le sondage de conclure : « 1/4 des jeunes victimes d’incivilité sur leur réseau : 25 % des jeunes connectés ont été victimes d’insultes ou de mensonges/rumeurs… » Là on frise la malhonnêteté intellectuelle en jouant dangereusement sur les mots.
– un quart des jeunes victimes d’incivilité sur leur réseau. Non, parce que le sondage ne concerne que ceux qui sont inscrits dans un réseau social et que ceux-ci, parmi les 8-17 ans, ne sont que 48%, avec des grandes disparités selon les âges.
– 25% des jeunes connectés… Déjà, cela veut dire quoi, connecté, si on ne précise pas à quoi ? L’imprécision (on se connecte à Internet et celui-ci est vaste) dramatise, forcément. Et pour arriver à ces 25% on additionne les résultats de deux questions différentes. C’est comme si je constatais qu’il y a 5 jeunes qui aiment les bananes dans cette classe, et 6 qui aiment les pommes. et que j’en tirerais la conclusion qu’ils sont donc 11 à aimer les fruits. Le hic, c’est qu’il y a ceux qui aiment à la fois les bananes et les pommes. Les comptent-on deux fois dans ceux qui aiment les fruits ? Eh bien, il y a fort à parier que ceux qui sont victimes de mensonges et de rumeurs se font également insulter.

Mais pour les contempteurs d’Internet et de ses réseaux, la chose est claire : un quart des enfants sont victimes d’insultes et de rumeurs sur le Net.

Cela me rappelle tous ces articles, ces reportages qui ont fleuri ces derniers temps sur le harcèlement à l’école et dans lesquels Facebook était mis en cause. Le harcèlement à l’école est une plaie dont les adultes, et notamment les enseignants, n’ont pas toujours pris la mesure. C’est en train de changer, et c’est tant mieux, car c’est d’une grande violence pour les enfants qui en sont les victimes. Quand j’étais présidente des parents d’élèves de l’école de mes filles, il est arrivé un cas assez terrible et qui aurait pu mal finir. Heureusement, l’enfant et ses parents ont eu la bonne réaction. Elle, en a parlé à ses paents. Eux sont venus nous voir, nous, les parents d’élèves. Et ce qu’ils nous ont raconté, ce que leur fille leur a raconté, nous a laissé sur le cul. Cette gamine de CM2 était totalement rejetée par les autres. Pas uniquement par sa classe. Par l’autre CM2 aussi. Les autres niveaux étaient également au courant de l’exclusion la concernant et avaient pour consigne de ne pas s’en mêler. C’est une autre gamine, qui, pour s’amuser, avait décrété la mise à l’écart. Et comme elle avait de l’ascendant, ses copains ont suivi. Puis l’effet a fait boule de neige. Personne n’avait le droit d’approcher la victime, de jouer avec elle, de la toucher. Il se disait que si on la touchait, on pouvait attraper le sida. Pendant un cours de sport, lors duquel les enfants devaient faire une ronde, ceux qui étaient à côté d’elle ont mis des gants, ou ont tiré sur leurs manches pour que leur peau n’entre pas en contact avec la sienne…
Ce manège a duré plusieurs semaines, au nez et à la barbe des enseignants. Par contre, ceux-ci, quand ils ont été alertés, ont réagi immédiatement et dans le bon sens. Le manège a cessé. Il y a eu de nombreuses discussion avec les élèves.
Une de mes filles a été elle aussi victime de harcèlement, parce qu’elle est différente de ses camarades. Heureusement, nous avons une relation de confiance, et elle m’a tout raconté très vite. Quand cela a commencé à aller trop loin, je suis intervenue. Là encore, les enseignants ont eu la bonne réaction. Et cela a cessé. Un temps. C’est revenu. Puis cela a cessé à nouveau. Les enfants sentent très vite quand un autre est laissé pour compte ou quand ce n’est pas le cas.
Par contre, ma fille n’a jamais été victime de harcèlement sur Internet. Tout simplement parce que les gamins qui l’emmerdent au collège ne font pas parti de ses contacts. Ça limite bien les choses. Dernièrement, une gamine avec laquelle elle a été en colonie, avec laquelle elle n’était pas particulièrement amie, mais qui avait insisté pour qu’elles soient en contact, lui a mal parlé. Elle l’a virée. A la différence de la vraie vie, sur Internet, on peut couper le sifflet à quelqu’un. On est obligé d’aller au collège, de retourner voir ses petits tortionnaires. Pas sur Internet.

On dit que le harcèlement scolaire serait démultiplié par Internet qui rendrait les choses encore plus dures. On parle aussi de ces enfants qui ont jusqu’à 300 contacts. Mais ce sont rarement les mêmes. Un enfant en but au harcèlement n’est pas un leader, pas quelqu’un de populaire. Il n’a pas 300 contacts. Il en a même assez peu, ce qui peut le protéger. Parfois, aussi, il espère intégrer LE groupe. Celui des ados normaux. Parce que quand on est un ado, le groupe, c’est la deuxième famille obligatoire pour pouvoir quitter la première. Alors peut-être est-il tenté de faire allégeance, d’établir le contact sur Facebook. C’est alors que ça peut dégénérer. Mais ce n’est pas plus terrible qu’en vrai. Parce qu’en vrai, c’est déjà terrible. C’est déjà insupportable.



"Les injures" : Campagne contre le harcèlement à l’école par LeNouvelObservateur

Le seul passage sur Facebook concernant cette video (et les deux autres de la série), c’est quand une petite pétasse publie la photo du gros sur Internet à partir de son téléphone portable. Peu crédible. Vous savez combien coûte un forfait avec Internet illimité et ce genre de téléphone ? Vous pensez que la majorité des enfants de collège ont les moyens d’avoir ce genre de portable ? Et puis pas besoin de réseau social pour transférer une photo. Les forfaits bloqués des ados ont la plupart du temps SMS et MMS illimités. Et ils savent s’en servir. Et c’est d’ailleurs par ce biais que se font les envois de photos gênantes et choquantes, les vidéos, qui ont été jusqu’aux tournantes filmées. Pas sur Facebook. Mais quoi…, on ne va pas interdire les téléphones quand même…

Pour en revenir à la campagne sur le harcèlement et à la très grande faute d’Internet, je me rappelle de nombreux lancements de reportages : « Une plaie, qui gagne les écoles, multipliée par Internet » Sur France 2 notamment, avec un lancement plutôt appuyé de Pujadas. Le reportage lui-même ? A croire que le présentateur ne l’avait pas regardé… Il montrait un garçon qui avait dû changer d’école parce que victime de harcèlement. Il y racontait ses souffrances, avec beaucoup de clairvoyance. Parlait-il d’Internet ? A aucun moment. Alors ?

Idem dans un supplément télé du Nouvel Observateur. L’article s’appelle L’Ecole sans foi ni loi. Et le chapeau dit : « Les réseaux sociaux ont envahi le quotidien des collégiens. Avec des conséquences parfois tragiques. » Il présente un documentaire qui s’appelle, lui, La Face cachée des cours de récréation et qui porte sur le harcèlement à l’école, « ce mal insidieux qui fait trembler l’Education nationale ». Et la journaliste d’écrire que l’école doit faire face « à un autre genre de harcèlement, aux effets ravageurs : les menaces sur Internet (…) Il est facile devant son ordinateur d’écrire tout et n’importe quoi. Les insultes fusent via les réseaux sociaux, où l’impunité est totale. Des groupes se forment contre une personne et s’acharnent. Le bouc émissaire est poursuivi à coup de chats méchants et grossiers qui fabriquent un monde sans foi ni loi où la réalité peut rattraper le virtuel ». Et de citer le cas d’une jeune fille qui s’est défenestrée à l’automne dernier, victime du harcèlement  de ses camarades à la suite « d’une altercation qui avait démarré, semble-t-il, sur Facebook ». C’est moi qui souligne le semble-t-il. Oui, cela a été dit au moment du décès de cette jeune fille. Est-ce que cela a été prouvé par la suite, corroboré par l’enquête ? Non, et c’est pour cela que la journaliste soit prendre une distance, avec ce “semble-t-il”.

Car à chaque fois qu’on veut démontrer l’effet néfaste des réseaux sociaux, on sort un cas qui n’a soit rien à voir, soit qui est tellement extrême qu’il n’est absolument pas exemplaire. Comme celui de cet adolescent américain qui s’est suicidé parce qu’un de ses « copains » avait mis sur le Net une video de lui ayant des rapports avec un autre garçon. Il était homo, et jusque là, personne ne le savait. Bien sûr que ces agissement sont répréhensibles. Sont-ils la majorité de l’espèce, sont-ils suffisamment courant pour qu’on doivent s’en alarmer. Eh bien je n’en sais rien. Parce que autant des enquêtes sérieuses ont été menées sur le harcèlement à l’école, par des chercheurs en sociologie par exemple, des psychologues, etc. Autant, ce n’est pas le cas pour les dangers que l’on impute à Internet en général, aux réseaux sociaux en particulier.

D’autant que – et ça le papier du Nouvel Obs télé le dit très clairement – s’il y a une recrudescence du harcèlement à l’école (il a toujours existé mais les chiffres de signalement explosent), il ne faut pas omettre les « coupes drastiques opérées dans ce service public depuis 2007 : quelque 66 000 postes de professeurs ont déjà été supprimés ; les effectifs du personnel surveillant sont à la baisse eux aussi. » Rien que dans le collège de mes filles, le nombre d’enfants accueilli a fait en quelques années un bon important, presque d’un quart de sa population d’origine. Si le nombre d’enseignant à, lui aussi, augmenté, mais pas dans les mêmes proportions, celui du personnel de surveillant est resté dramatiquement stable.

Le nombre d’articles et de reportage sur ce harcèlement auxquels serait mêlé ce pauvre Facebook est essentiellement dû à une campagne assez spectaculaire du ministère de l’Education nationale sur le thème. Les médias les plus importants ont été convoqués à une conférence de presse sur le thème. Certains confrères m’ont fait part de “l’insistance” de ce ministère pour que le sujet soit traité “avec le volet Internet” même si leurs propres enquêtes ne le mettait pas en valeur (et pour cause). Et quand le volet ne peut y être, on fait le lancement adéquat.

Toute cette agitation pour quoi faire ? Bon sang, mais c’est bien sûr, la campagne… électorale celle-ci. Il est sans doute important de faire savoir aux parents que l’Etat est inquiet pour leurs enfants et qu’ils s’occupe du problème. En paroles… Des paroles qui coûtent cher… Il en profite pour taper sur Internet, cet ennemi si facile, ce lieu de permissivité et de liberté insupportables. C’est pervers et pathétique. Parce que ce ne sont pas quelques spots à la télé, aussi bien fait soit-ils qui mettront fin au harcèlement à l’école. Ce sont des adultes formés à la question qui peuvent rester vigilant et prévenir. Oui, mais pour cela, faudrait arrêter de déplumer l’Education nationale de ses enseignants, de ses encadrants…
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