Cet hiver, nous avons été une première fois envahies par les
puces. J’ai acheté des bombes fumigènes en pharmacie. On les places dans les
pièces à traiter, on fiche le camp pendant deux heures (quatre pour nous
histoire d’être sûres) et on revient compter les morts. Enfin, on l’espère. Car
il faut croire que chez cette espèce, les morts ressuscitent. Quelques jours
plus tard, l’invasion avait repris de plus belle. Re-pharmacie, re-traitement,
une vague de froid bienvenue et nous avons été tranquille quelques mois. Il ne
me restait plus qu’à traiter le chien qui continuait à se gratter furieusement,
à s’arracher les poils et la peau. Le pauvre est violemment allergique aux
morsures des sales petites voraces et développe un eczéma de très mauvais aloi.
Rendez-vous chez le vétérinaire. Une centaine d’euros plus loin, j’ai décidé de lui administrer des antihistaminiques courants (à
petite dose, il ne fait ni mon poids ni ma taille). J’ai eu raison, ça a très
bien marché et son eczéma a guéri aussi vite qu’il était arrivé.
Las, nous n’étions pas au bout de nos peines. Les puces, ça
va, ça vient, comme mes chats qui courent la gueuze (bien que dûment castrés).
Au début de l’été, elles sont revenues et cela a pris des proportions inquiétantes. Au milieu de l’été, ce fut le cauchemar.
Je me suis donc renseignée sur ces petites bêtes histoire de
mieux les comprendre et les traquer sans merci. Certains représentent les puces
comme ceci :

Elle a presque l’air sympa. Bonnasse et un rien peureuse. Or
cet insecte est redoutable. Il apparaît plus agressif sur cette photo.

On
comprend sa capacité à sauter haut (30 centimètres !), par rapport à sa taille. Et dire qu’il y en
a pour les dresser et en faire des animaux de cirque…
Mais moi, je les imagine
tout autrement. Ceux qui on envahit ma maison ont tout de puces ninjas (on ne
voit pas le bandeau noir parce que noir sur prune foncé, à cette taille, c’est
pas net :

J’avais pensé que si la maison était vide d’animaux et
d’humains pendant une vingtaine de jours (nous en vacances, les chats dans le
jardin mais dûment nourris), faute de nourriture, elles finiraient par mourir
de faim. Un peu comme les poux… En fait, c’est idiot. Les puces Ninja sont
capables de s’autoréguler en fonction des conditions de vie (température ambiante,
bruit, hydrométrie, quantité de nourriture disponible [sang]). Si effectivement
une première génération meure, ce n’est pas le cas de leurs œufs.
Une puce pond de trente à cinquante œufs par jour pendant
une période qui peut aller jusqu’à deux mois. Même si un de mes chats, ou mon
chien, n’a ramené qu’une seule puce d’une de ses vadrouilles, au bout de
quelques semaines, elles peuvent être des centaines. Contrairement à la lente du pou,
l’œuf de puce de s’accroche pas aux poil des animaux, il glisse à terre et se
dépose soit sur le canapé sur lequel les animaux aiment à se vautrer (moi
aussi, mais je n’amène pas de puces de mes virées). Soit, le plus souvent,
il tombe à terre, dans la moquette, ou, dans le cas de ma maison, se glisse
entre les lames du vieux parquet. Là, il subit deux métamorphoses, en larves,
qu’on peut tuer facilement, puis en nymphe, à l’abri d’un cocon bien solide, et
quasi inattaquable. Et attend que la génération précédente soit morte pour
prendre sa place en quelques heures. Mais qui n’éclot pas si les conditions
ne sont pas requises. Donc ma maison désertée de ses habitants légaux n’était
pas gage de puces éradiquées. Les cocons peuvent rester planqués pendant
plus de six mois. A la moindre vibration, ils éclosent et attaque le premier
passant. C’est ce qu’on appelle, à tord, les puces de plancher. Elles sont
voraces, parce qu’elles viennent de naître et qu’elles sont affamées. Mais ce sont bien les dignes héritières des puces de chien ou de chat.
Je les imagine assez bien, massées derrière ma porte, et
passant par la fente destinée au courrier, sautant sur le premier facteur venu.
Niark niark, du sang, du sang frais. Même si, paraît-il, l’humain n’est pas
leur met favori. Elles préfèrent, et de loin, le chat et le chien. Ils ont
tout pour leur plaire. Ils sont chauds, ont la peau légèrement
humide, ils leur apportent une nourriture de choix et la présence de poils
leur assure un abri idéal pour la ponte (et la partie de jambe en l’air qui
précède, eh oh, elles ne font pas cela en public, les puces ninjas sont
pudiques).
Cela dit, si la maison est pleine de nourriture ambulante,
le cycle de reproduction peut être beaucoup plus rapide. En effet, la mort
d’une première génération peut provoquer la naissance quasi immédiate d’une
deuxième génération présente à l’état de cocon.
Bref, il n’y a pas trente six solutions pour éliminer ces bestioles,
il faut prendre le taureau par les cornes.
– Première étape, fulmigator. Je veux dire fumigène dans
toutes les pièces. Evidemment, il ne faut personne dans la maison. Pour gagner
du temps, j’ai décidé de passer à l’attaque dès le soir de notre arrivée. Après
onze heures de route, j’ai déposé les filles chez ma sœur, qui vit à deux rues
de chez moi ou presque, j’ai commandé les pizzas, puis je suis partie avec mes
bombinettes, commandées depuis mon lieu de vacances et livrées chez la frangine,
vers mon logis. Le miaulement désespéré de Jeudi
m’informe que lui, au moins, est dans le jardin. Milhaud semble avoir disparu… Je ne résiste pas, je sors
pour faire un gros câlin mais suis obligée de le laisser dehors. C’est que
les fumigènes sont très fortement déconseillés aux humains, surtout pour les chats et les insectes (et pour cause).
J’oublie complètement les phasmes, mais je verrai plus tard que cela n’a
guère d’importance. Je monte les escaliers quatre à quatre, je dégoupille et
dépose la bombe dans la chambre des filles. Je descend d’un étage. Même
opération de la chambre de la grande. J’arrive dans ma chambre : mince,
les volets de ma chambre ne sont pas fermés. Je pose ce que j’ai dans les
mains, ferme les volets et referme la fenêtre, je dégoupille, dépose la bombe
près de la porte pour qu’elle agisse aussi sur le palier et dans la salle de
bains. Je descends et mets en route la bombe du rez de chaussée. Puis j’essaie
de partir en courant. Sauf que je n’ai plus mes clés. Je ne sais pas où je les
ai posées. Je commence à tousser. L’air est irrespirable. J’attrape une
écharpe, me la colle contre le nez et la bouche et grimpe à nouveau les
escaliers. Les clés sont sur mon lit, là où je les ai déposées pour fermer les
volets. Je redescends les escaliers en courant, ouvre la porte, la referme et
rentre. Ça m’apprendra à être aussi étourdie…
Arrivée chez ma sœur, je me déshabille entièrement, mets
tous mes vêtements dans un sac en plastique et je pulvérise de l’antipuce à
l’intérieur, puis je ferme hermétiquement. Bien m’en prends,avant d’enfouir ma chemise dans le sac, j’y vois deux bébés
puces. Ça fait pschittttt aussi sec… Pour faire bonne mesure,
j’asperge le paillasson, mais il y a peu de risque. Dans le plus simple
appareil, j’entre dans le salon en priant pour que le livreur de pizza n’arrive
pas au même moment. J’ai heureusementle temps d’enfiler mon pyjama avant qu’il ne sonne.
Ouf !
– Deuxième étape. Aération. Le lendemain, après le petit
déjeuner, nous rentrons chez nous. Nous ouvrons les fenêtres en grands. Sauf
dans la chambre des filles, car elles étaient déjà grandes ouvertes. Damenaid,
dans le noir, je ne l’avais pas vu. Le fumigène n’a sans doute pas servi à
grand chose. Heureusement, il m’en reste une un. On recommence l’opération uniquement
dans cette pièce, en fermant bien soigneusement la porte.
Au jardin, le chat Jeudi miaule toujours désespérément. Il
est tellement heureux de nous voir qu’il supporte sans broncher le traitement
que nous lui infligeons.
– Troisième étape. Traitement des animaux. En effet, ça ne
sert à rien de traiter une maison si les vecteurs de contamination ne le sont
pas. Le meilleur moyen n’est pas de s’en débarrasser. Les puces, sans leur
nourriture de choix, se retourneront contre les humains. Je préfère encore que
les survivantes s’attaquent au chat. Et elles ne se gênent pas, les peaux de
toutou ninja. Nous avons traité Jeudi quatre fois et à chacune nous avons
trouvé un grand nombre de bestioles. Idem pour Moucky le chien. Traitement de
choc au Frontline, pipette, soit disant hyper efficace se sont révélés inutiles.
La seule chose qui a fonctionné, c’est l’épouillage. Oui, ce bon vieux peigne
antipoux qui chope aussi les puces.
– Quatrième étape. Nettoyage intégral de la maison. Pour la
chasse au cocon. Pièce par pièce, nous avons passé l’aspirateur au millimètre.
En insistant sur les fentes de parquets. Et tous les endroits où se sont couché
les animaux. Les puces ninjas n’aiment pas particulièrement les fauteuils, les
canapés, les coins obscurs, etc. Mais les œufs tombent là où s’installent leurs
garde-manger. Donc les fauteuils, les canapés, les coins obscurs. En
l’occurrence dans ma chambre, l’étagère la plus basse, celle où sont rangés
tous mes paréos, ponchos, sacs, etc. Et le dessous de mon lit (planque préférée
de mon chien quand il a peur que je lui foute une branlée, ce qui arrive très
peu souvent, mais on ne sait jamais). Donc, on a dû déplacer quasiment tous les meubles. Evidemment, il faut ensuite jeter les sacs d’aspirateur
le plus loin de chez soi. Voir près de la maison d’un ennemi…
– Cinquième étape. On lave tout que les animaux ont
touché : la housse du canapé, les paréos, les châles, les couvertures… Il
n’y a certainement plus de puces à cette étapes, mais encore des cocons. Donc
lavages machine à 60 °C. Pour ce qui n’est pas lavable, mise en sac poubelles
avec force insecticide. Ça n’atteint pas les cocons ? Non, c’est vrai,
mais relisez ce que j’ai écrit. La deuxième génération naît dès que la première
est morte pour peu qu’il y ait de la nourriture et de la vie. Alors je me fais
un malin plaisir de faire vibrer le plancher, de secouer les sacs poubelles. Et
pan, je remets une bonne giclée d’insecticide.
Voilà, nous avons fait tout ça. Ce fut un chouette retour de
vacances. J’en ai eu des pires : convocation au tribunal pour enfants, découvert abyssal parce que le mari jouait immodérément, hospitalisation
de ma mère, résultat du divorce (perdu ! rejoue encore), résultat de
l’appel du divorce (reperdu, vous allez directement à la case prestation
compensatoire sans passer par la case départ, vous ne touchez pas 20 000 francs
mais vous versez 15 000 euros, et vous perdez 60 euros de pension
alimentaire…). Bref, l’attaque des puces ninja, finalement, c’est du nanan.
Sauf qu’il me reste une sixième étape : recommencer tout à zéro pour
achever celles de la deuxième génération qui aurait échappé à tout ça.
Et là,
je ne sais pas pourquoi, j’ai un coup de mou…
PS. Milhaud est revenu. En fait, on l’a localisé, et on a été le chercher. Il va bien. Mais il n’a pas aimé le traitement. Il fait un peu la gueule. Les phasmes, eux, étaient morts avant que je rentre. Après les avoir cherché un peu partout, je les ai retrouvés à la cave. Ils n”ont pas supporté leurs quinze jours sans nourriture, sans eau et sans lumière. J’espère ne pas être poursuivie par la SPA.
Sources :
Les puces de parquet
Pour éliminer les puces à la maison, rien de tel qu’un chien
Anti puce