L’histoire est digne d’un roman photo cucul la praline, comme ceux que je lisais chez le coiffeur quand j’attendais que ma mère sorte de dessous le casque séchant. Dans un hôtel suisse, Elvino aime la douce Amina qui le lui rend bien. Ils vont signer leur contrat de mariage sous l’œil furibard de Lisa, l’ancienne fiancée d’Elvino.


Nous sommes à la veille des noces, le notaire est là pour le contrat. Tout le monde est très joyeux. Arrive un touriste (dont le manteau de fourrure fait penser qu’il est très riche). Lisa entreprend de l’amadouer mais quand il voit Amina, il ne peut s’empêcher de l’admirer et de le lui dire.

Crise de jalousie féroce d’Elvino, qui reproche à sa promise de faire la coquette (alors que, franchement, il n’y a pas de quoi fouetter un chat). Larmes d’Amina. Et puis tout le monde se calme et comme c’est la fin de la journée, on se sépare en prévision des noces du lendemain.

Lisa, cependant, est restée pour « s’occuper » du voyageur. Elle minaude, il se laisse faire. On sent qu’ils vont sans doute passer du bon temps ensemble quand, coup de théâtre, Amina arrive, enroulée dans une couverture. Elle dort à poing fermé, elle est somnambule. Elle chante et parle de sa noce, de sa joie, de son amour pour Elvino.

Le voyageur, troublé par sa présence, est tenté de profiter d’elle. Puis se ravise et la laisse dormir, la couvrant même de son manteau de fourrure. Il n’aurait pas dû. Car cette salope de Lisa court réveiller Elvino pour lui dire que sa chérie fricote avec le voyageur. Quand tout le monde arrive sur place, on ne voit pas l’homme, on ne trouve qu’Amina, endormie sous le manteau, et on en conclue qu’elle a fauté. Coup de sang du jaloux, qui frappe la douce jeune fille.

Le lendemain, la mère adoptive d’Amina est la seule à prendre sa défense. Et elle trouve, dans la chambre du voyageur, un bas et une chaussure qui sont celles de Lisa. Elle met cela de côté. En attendant, ça chauffe pour Amina. Elle est battue et humiliée par son amoureux qui lui arrache même sa bague de fiançailles et annonce qu’il va se marier avec l’infâme Lisa. Amina s’enfuit et se réfugie dans sa chambre.

La Somnambule, Bellini


 Pendant ce temps, la préparation des noces va bon train. Au moment où le cortège s’apprête à partir à l’église, le voyageur revient. C’est en fait le comte de la région (et aussi le vrai père d’Amina, heureusement qu’il n’a pas fauté, sans cela, houuuuuu, bonjour l’inceste). Bref, le comte jure qu’Amina est innocente et raconte qu’elle est somnambule. Evidemment, personne ne le croit et encore moins ce gros balourd d’Elvino. La noce va pour repartir et la mère d’Amina, qui est revenue pour demander aux gens de faire moins de bruit car sa fille s’est enfin endormie (du coup, on ne s’attend pas du tout à la suite…) s’insurge contre ce mariage.

Lisa le prend mal. Elle engueule la mère. Elle lui dit qu’elle a tout à fait le droit de se marier avec un homme, qu’elle n’est pas une trainée qui passe la nuit dans la chambre d’un célibataire. La mère d’Amina voit rouge : comment oses-tu mentir, et d’ailleurs, tu y étais toi-même dans la chambre du comte, j’en ai la preuve, dit-elle en lui balançant à la gueule le bas et la chaussure, tiens prends ça ! Gniark bien fait.

Lisa est blême. Elvino est con. Enfin, ça, tout le monde l’avait compris. Il s’arrache les cheveux en criant : comment ? Les deux femmes que j’aime m’ont trompé et avec le même homme !!!! Je suis maudit (Là, devant tant de candeur et de bêtise, la salle entière s’est écroulée de rire). Lisa ne dément évidemment pas d’autant que le comte confirme. Reste Amina qui dort.

La Somnambule, Bellini

Et d’ailleurs, quand on parle de la louve, elle sort du bois. Elle arrive, toute dormante, enroulée comme la veille dans sa couverture. Le comte est bon et démontre à Elvino que la douce et charmante Amina est bien somnambule. Celle-ci pleure la mort de son amour, sa déchéance, c’est déchirant (ça l’est vraiment mais pas pour l’histoire). On presse Elvino de la réveiller pour lui dire qu’il sait, qu’il s’excuse, etc. Et c’est ce qu’il fait et la douce Amina pardonne (et là, vraiment, elle est bête, parce que son Elvino, c’est quand même un rustre, jaloux et qui la cogne). Elle se relève et court se changer. Un rideau tombe et c’est une copie de celui de l’opéra Garnier. Amina revient, vêtue de rouge, avec des gants de gala (on se demande bien pourquoi, c’est pas clair) pour entonner son air final qui est celui de son triomphe.

La Somnambule, Bellini

Et tout fini par une chanson sur les tables, une noce, quoi.

Vous l’aurez compris, ce Bellini pas ne brille pas par l’histoire, exemplaire dans son côté guimauve. Par contre, au niveau musical, c’est fabuleux. Les airs d’Amina sont magnifiques, les duos aussi. Et si l’on se moque des personnages on admire les interprètes et leurs partitions. Avant le levé de rideau, une jeune femme est venue nous prévenir que Melle Dessay était souffrante mais qu’elle chanterait malgré tout. Elle est présente quasiment du début jusqu’à la fin et elle a été tellement admirable que nous nous sommes tous demandé ce qu’elle aurait fait si elle avait été en pleine forme.  Je n’ai hélas ni video ni son pour vous faire partager l’immense bonheur que fut pour mes oreilles sa prestation.

Les autres interprètes étaient pas mal non plus. Le Conte Rodolfo (Michele Pertusi) a une basse fort harmonieuse chaleureuse. Teresa (Cornelia Oncioiu) est une belle figure matenelle et Lisa (Marie-Adeline Henry) chante parfaitement les pestes. Par contre, je suis restée dubitative à l’écoute du ténor. Par moment, notamment dans les duos avec Natalie Dessay, il faisait preuve d’une belle musicalité. Mais le reste du temps, son jeu était aussi morne que sa voix qui ne portait pas vraiment.

La Somnambule, Bellini

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Et merci aux prosélytes lyriques (et surtout à Olivier) qui ont permis que je passe cette délicieuse soirée.