Racontars

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samedi 12 février 2011

Le jour ou Moubarak a dégagé

Nous sommes le 110211. Il est 23h23. Ce sont des chiffres qui m’amusent. La journée a été relativement tranquille. Plus que la soirée en tout cas. J’ai préparé mon sac, dit au revoir à mes enfants, et je suis partie travailler. M’attendait un groupe d’étudiants de première année. Des tout-petits mignons. Pour la première fois, ils s’essayaient à faire du secrétariat de rédaction (sur les textes de leurs camarades), et à mettre les textes en maquette. En utilisant un outil, le Mac, un logiciel, In Design, qu’ils connaissaient assez peu. Ils ont eu un cours théorique en début d’année. Mais là, ils passent à l’étape pratique et je suis là pour les guider. Certains, je le sens, s’ils osaient, m’appelleraient bien « maicresse », pour se moquer de moi. Gentiment. Faut dire que je surjoue le personnage de la prof qui fait les gros yeux quand ça ne va pas. Faire les choses sérieusement sans se pendre au sérieux. Aujourd’hui, il y en a un qui a osé m’appeler Akynou. C’est autorisé, mais peu s’y aventurent. Ils restent prudemment au Madame. L’une d’entre eux s’est essayé au Madame Akynou. Là, je dis non ! C’est l’un ou l’autre, il faut choisir.

Dans l’ensemble, ils n’ont pas les deux pieds dans le même sabot et sont plutôt de bonne volonté. Il y en a même certains, si les petits cochons ne les mangent pas, je pense qu’ils iront loin. On sent qu’ils peuvent être bons. Voire très bons.

Bref, journée intéressante, voire amusante. Fatigante aussi parce que je suis sollicitée par les uns, par les autres. Je les incite à faire des pauses. On ne travaille pas plus de deux heures sur écrans sans prendre des pauses. Autant qu’ils prennent de bonnes habitudes.

J’ai déjeuné en compagnie d’un de mes confrères, journaliste de RFI qui intervient chez nous pour la radio et des qui sont sous ma responsabilité, ou qui l’ont été. Dont une jeune femme que j’apprécie beaucoup. L’an passé, elle fut la dernière recrutée sur la liste d’attente. Tous les jours, ou presque, elle m’appelait pour demander où en était la liste, si elle allait être prise. Et je ne pouvais pas lui répondre. Elle était à la fois agaçante, et en même temps, elle avait tellement envie de venir que c’était attendrissant. Du coup, avec cette motivation, j’ai cru en elle. Cela n’a pas toujours été évident. Elle n’était pas sûre d’elle, se cherchait beaucoup. Mais, mine de rien, elle avançait. Elle a fini deuxième de la promo, ce qui m’a fait plaisir. A fini par accepter de faire une année de licence, alors qu’elle n’en avait pas envie au départ. Mais je pensais qu’elle devait la faire. Que cela lui serait bénéfique. Et d’après ce que me disent les autres enseignants, cette année, effectivement, elle explose. En plus, elle est magnifique. Beaucoup plus sûre d’elle. Lors du déjeuner, je la regardais. Et je lui ai dit que je la voyais future rédactrice en chef de magazine. Elle a sourit. Elle n’y croyait pas vraiment. La vie est dure pour les jeunes journalistes. Mais je lui ai rétorqué qu’elle avait le temps, qu’elle était au tout début de sa carrière. Et que c’est comme cela que je la voyais. J’en ai connu des rédactrices en chef, elle est de cette trempe. Et je suis sûre qu’elle y arrivera.

A 17 heures, j’ai planté là mes étudiants, rangé quelques affaires dans mon bureau. Puis j’ai pris ma voiture. Le journal de 17 heures était en train de se terminer. La virgule de fin avait à peine retentit que la journaliste a repris la parole pour annoncer qu’Hosni Moubarak avait démissionné. Dans la voix de la journaliste, une légère excitation. En général, les grands faits historiques me laissent froide. J’en ai vécu quelques uns. La chute du mur de Berlin ? A l’époque, c’était pourtant une vraie révolution, magnifique. La fin d’une époque. Mais cela m’a laissée indifférente. Les avions dans le World Trade Center, j’ai trouvé ça horrible, mais cela n’a jamais représenté pour moi le cataclysme ressenti par d’autres. En tout cas pas plus que le tremblement de terre d’Haïti l’an passé qui a d’ailleurs occasionné beaucoup plus de morts. Le départ de Ben Ali, oui, c’était bien. Voilà, c’était bien. Pourtant, à chaque fois qu’il se passe quelque chose, je me précipite pour voir, observer, comprendre. Mais je ne ressens pas cette espèce de ferveur qui semble porter les autres. Et qu’on ne me dise pas que c’est à cause de mon métier que je suis blasée. C’était déjà comme cela bien avant que je devienne journaliste. Par exemple, quand le premier homme a marché sur la lune. Mais là, d’entendre la voix sautillante de cette journaliste alors que je traversais la Loire radieuse sous le soleil, mon cœur a bondi. Et je me suis surprise à sourire de bonheur.

Je suis allée me garer du côté de la gare puisque j’avais un train à prendre. Un train pour Paris. C’est que j’ai une soirée théâtre et que, comme il se doit, je ne vais pas aller au théâtre dans ma bourgade de province. Il n’est de planches qu’à Paris. Bon, en réalité, je n’ai pas encore réussi à changer de réseau. J’en ai un très bon dans la capitale, que j’ai mis des années à me constituer et quelques bons amis avec qui sortir. Ce n’est pas encore le cas à Tours. D’ailleurs, qui pourrais-je rencontrer : les enseignants qui bossent avec moi, mais ils ne sont pas si nombreux et déjà très occupés. Et des étudiants avec qui la déontologie m’interdit de sortir y compris en tout bien tout honneur. D’ailleurs, je n’en aurais guère envie. Qu’aurais-je donc de plus à leur raconter. Nous vivons sur des planètes différentes.

Donc je me fais des soirées dans la capitale, et c’est la course. A 18 heures dans le train, à 19 heures dans le métro, à 19h45 dans le Monoprix (j’ai oublié mon pyjama à la maison), à 19h55 dans un appartement prêté, téléphone en main pour des affaires de boulot puis les enfants, poêle dans l’autre pour me faire réchauffer un plat. A 20h20 dans la rue. Il fait vraiment doux pour un mois de février à Paris. Doux au point de rendre étrange les lumières de noël. Il faut dire que noël est loin, déjà. Je rejoins le théâtre des Bouffes du Nord et une amie. Nous allons voir une pièce de Shakespeare. Quand j’avais pris les billets, je m’étais dit qu’avec Shakespeare, franchement, je ne pouvais pas être déçue. Et j’ai bien eu raison. On a assisté à un tourbillon d’une extrême drôlerie, mené avec un abattage à couper le souffle. La comédie des erreurs est une pièce de jeunesse du grand William et il s’y est beaucoup amusé sur le ton de la farce.



Comme souvent, on traverse une partie du décor pour rejoindre sa place. Le sol est couvert d’une fausse pelouse. Il y a une petite estrade en bois de chaque côté de laquelle est installé un bar avec des distributeurs de bière, qui doivent servir en réalité une espèce de Fanta rouge et moussant. En tout cas, je l’espère vue la quantité de cette boisson ingurgitée par chacun des comédiens durant la pièce.

L’histoire, a priori, est simple. Enfin non. Elle est compliquée. Plus qu’un boulevard. Des jumeaux ont été séparés très jeunes lors d’un naufrage. Chacun était accompagné d’un autre membre d’une paire de jumeaux qui devait être son serviteur.  Des années plus tard, un jeune homme, Antipholus, arrive en ville accompagné de son serviteur, Dromio. Il l’envoie déposer de l’argent chez leur hôtesse. Mais Dromio revient à peine deux minutes plus tard. Antipholus n’en revient pas et lui demande ce qu’il a fait de son argent. Le drôle lui répond qu’il n’a jamais reçu d’argent mais que la femme de son patron l’attend pour le déjeuner. Qu’elle est même déjà passablement en colère de son retard. Vous l’aurez compris, ce Dromio-là n’est pas le serviteur du jeune homme, mais celui du jumeau d’Antipholus, Qui porte le même nom.

S’ensuit une série de quiproquos et de farces assez drôles. La femme du jumeau local prend le jeune homme pour son mari et l’invite dans sa maison. Mais celui-ci tombe amoureux de la sœur. Et lui fait la cour au grand désarroi de ladite sœur qui s’empresse d’aller tout répéter à l’épouse. A ce moment-là, le mari veut entrer dans sa maison mais trouve porte close. Il va donc chez sa maîtresse. Les deux et les serviteurs se croisent sans se rencontrer. Ça pourrait ressembler à du boulevard. Sauf que c’est du Shakespeare et du Shakespeare mis en scène par Dan Jemmett  et joué par des acteurs époustouflants. Ça n’arrête jamais. On finit à peine un éclat de rire qu’un autre repart. Celle qui joue le rôle de l’épouse, et aussi de la prostitué qui reçoit les faveurs du mari, a un abattage hallucinant. On s’épuise rien qu’à la suivre. Elle se plaint de son mari, pleure, ri, court, bavarde et tout ceci à un rythme suffocant. Valérie Crouzet a joué pour Ariane Mnouchkine, Irina Brooks, Alejandro Jodorowski… Elle est absolument parfaite dans le rôle de femme encore amoureuse mais délaissée par son mari, frustrée et plutôt hystérique. Elle enterre Adjani dans le rôle de la crise de nerf, et elle arrive à nous faire oublier qu’elle parle la langue de Shakespeare, vers, alexandrins et compagnie. On est dans l’histoire et on rit de bon cœur. Et quand elle revient avec les habits de la prostitué chez qui va le jumeau, elle amène une touche de cabaret tordante, se promenant parmi les spectateur, s’asseyant sur les genoux de messieurs fort gênés et draguant un jeune homme sous les yeux de sa fiancée. Plus vraie que nature.

Le jumeau n’est pas mal non plus. David Ayala, avec son jeu drôlissime, incarne à merveille ce gros balourd d’Antipholus, un peu ahuri, qui ne comprend goutte à ce qui lui arrive et son jumeau, plus côteleux, plus bourgeois. Tous sont formidables. Ils ne sont d’ailleurs pas si nombreux que cela. Ils sont cinq à jouer tous les rôles. Ainsi la délicieuse Julie-Anne Roth interprète trois personnages différents.



Bref, ma copine et moi nous avons adoré. Et si jamais vous avez l’occasion d’aller voir cette pièce, n’hésitez pas, courez-y. On y ri tant, et si bien, que le prix des places devrait être remboursé par les sécurité sociale. Puis l’amie m’a raccompagné jusqu’à l’appartement prêté, ce qui m’a évité de rentrer seule et à pied. Nous avons papoté un bon quart d’heure dans sa voiture. Une fois dans le pigeonnier, j’ai allumé la télé pour attendre les infos. Je voulais voir des images de la place Tahrir. Parce que, quand même, aujourd’hui, Moubarak a dégagé.

vendredi 26 novembre 2010

Mangas kids

J’ai découvert le cosplay, cet art du déguisement à La Chibi Japan Expo où j’accompagnais ma fille et sa meilleure amie. Ebouriffant ! Des gamins et des jeunes gens qui revêtent les tenues de leur héros manga préféré, en plein Paris, cela donne des choses étranges, voire irréelles. Cela dit, l’ambiance était bon enfant. L’endroit était blindé de monde, mais il n’y avait ni bousculade, ni piétinement. Tout le monde déambulait entre les marchands du temple tranquillement. Et ces derniers ont dû se faire un fric monstrueux…













lundi 22 novembre 2010

Bouquet métropolitain


[[akynou]]

Un drôle de vase sur le quai des Abbesses… Un moment de trash poésie

mardi 23 mars 2010

Mission impossible

Cette mission, si vous l’acceptez, consistera à emmener samedi deux de vos filles à Paris, leur faire réaliser des choses totalement différentes, trouver un endroit où passer la nuit, passer une partie de la journée du dimanche dans un gymnase et redescendre dans votre ville à temps pour pouvoir voter. S’il devait vous arriver quelque chose, le bureau niera vous avoir connu, ni missionner. Cette bande s’autodétruira dans les trente secondes…

J’avais à peine intégré le message que le vieux magnétophone sauta de lui même dans l’évier puis rendit l’âme. Dégoûtée , je ne pus que le mettre à la poubelle. Tu parles d’une mission ! et pourquoi pas marcher sur la Lune pendant qu’on y est.

Cela dit, le samedi matin, j’embarquais les trois filles dans la voiture. Celle du milieu fut débarquée quelques rues plus loin, chez des amis. L’ordre de mission parlait de deux de mes filles, je n’allais pas tout faire foirer en emmenant les trois. Puis nous prîmes la direction de Paris. Il pleuvait comme vache qui pisse. Vous avez déjà vu ces bêtes à corne uriner ? Si vous ne l’avez jamais observé, il est à parier que vous avez du mal à comprendre cette expression. Disons que mes essuie-glace, que je ne saurais traiter de feignants, avaient peine à chasser l’eau du pare-brise.

Et puis du côté d’Orléans, changement de climat, le ciel a arrêté de s’épancher et j’ai pu accélérer le mouvement. A 1 heure, nous arrivions dans le 18e et, petit miracle que les locaux comprendront, j’ai trouvé tout de suite une place pour me garer, une place autorisée s’entend. Nous avons laissé là la voiture pour emmener la petite dernière chez l’amie qui l’hébergeait pour le week-end et fêtait son anniversaire. J’ai senti soudain petite dernière s’arrêter net et fondre larmes : « J’ai oublié les cadeaux sur mon lit. » Eclat de rire peu charitable de ma part. Puis opération consolation : « Ce n’est pas grave, je les lui enverrai par la poste. Et puis tu sais, rien que le fait que tu sois là est déjà un cadeau. » Elle reniflait encore, pas réellement convaincue, quand nous avons sonné à la porte de l’amie. Plus du tout cinq minutes après.

Les mamans arrivaient pour laisser leurs bambines. Ce qui me permettait de les revoir (quand on a des enfants du même âge qui ont fréquenté les mêmes écoles pendant cinq ans, on fini par se connaître). Puis je me suis éclipsée avec la grande. Nous avions rendez-vous au restaurant japonais avec le père. Evidemment, nous l’avons attendu une bonne demi-heure. Nous avons commandé et suivant la formule magique, cela l’a fait arriver. J’ai laissé Lou discuter avec lui de sport et d’escrime et je me suis consacrée à mes raviolis grillés et à mon chirasi saumon.

A 15 heures, nous avons repris la voiture, direction le Kremlin-Bicêtre. En faisant confiance à l’inénarrable Sophie, ma Gepehesse. D’habitude, celle-ci me fait systématiquement emprunter les autoroutes et autres voies rapides. J’ai donc imaginé qu’elle allait m’emmener sur le périphérique. Pas du tout, elle m’a fait traverser Paris en passant, bien sûr, par le très très encombré boulevard Magenta (merci les Verts, ça bouchonnait pas mal avant leur intervention, c’est insupportable depuis, me rappeler de ne pas voter pour eux quand il est question de leur confier la voirie), la place de la République, une longue errance due aux explications assez peu claires de Sophie quand il s’agit de sortir d’une place ou d’un rond-point, Bastille, Porte d’Italie, et enfin Le Kremlin-Bicêtre. Une heure et demie de trajet. J’étais sur les dents. Mais nous avons trouvé une place juste devant la boutique où nous devions aller.

Lou, l’an passé, avait gagné un bon d’achat dans un magasin de matériel d’escrime. Mais elle ne l’a reçu que cette année, et elle n’avait plus que jusqu’au 31 mars pour en profiter. Elle s’est acheté (en s’endettant auprès de moi) un magnifique sac d’escrime qui va pouvoir contenir toute sa vie de sportive. Léone héritera de l’ancien sac.

Retour à la voiture pour nous rendre à  Morangis, dans notre hôtel. J’aime la banlieue, surtout quand Sophie me mène par le bout du nez et me fait tourner en bourrique. Enfin, nous avons réussi à trouver notre chemin malgré la pluie qui refaisait des siennes. Première déconvenue : on m’avait promis une chambre avec deux lits, il n’y avait plus que des chambres avec un grand lit. Ce n’est pas très grave, mais je n’aime pas qu’on ne tienne pas ses promesses. J’ai donc râlé ce qu’il fallait. La chambre était ridiculement petite et pas très engageante. Il faisait froid. Deuxième déconvenue, il n’y avait pas de restaurant dans l’hôtel, il fallait ressortir pour dîner.

Nous avons glandé pendant une heure et demie. Histoire de nous reposer un peu. Puis nous avons repris la voiture pour arriver dans une pizzeria où, grand seigneur, le serveur nous a demandé si nous avions réservé. Il a posé la question à tous ceux qui arrivaient. Sans doute pour montrer que nous étions dans un restaurant de qualité. Cela dit, la nourriture était tout à fait correcte, mais la bande son très pénible. Du R&B poussif ou gueulard… Je crois que j’aurais encore préféré le bel canto. Quoi que…

Retour dans notre petite chambre un peu moins froide (nous avions mis le chauffage à fond). Un peu de télé, un peu de lecture. Lou s’est endormie très vite. Pas moi. Comme si j’avais épongé toute son angoisse de veille de compétition. A un peu moins de 1 heure du matin, alors que je venais enfin de sombrer, alarme incendie. Ils ont mis au moins cinq bonnes minutes à l’éteindre. Elle s’est d’ailleurs remise en route dans la minute qui a suivi, éteinte, en route, éteinte, en route. Eteinte… Ouf !

A 5 heures du matin, j’ai été réveillée par un jeune couple en pleine forme, surtout elle. Le lit grinçait, elle criait en rythme et ça durait, ça durait… Je me suis rendormie, mais pas longtemps, le réveil était à 6 heures du matin.

Douche, habillage, petit-déjeuner… Puis trajet jusqu’au gymnase, à 2 kilomètres de là. Heureusement que nous avons pu suivre la navette. Car Sophie, qui avait elle aussi dû passer une sale nuit, n’a pas daigné se connecter au satellite. En tout cas pas avant notre arrivée. Nous avons retrouvé les amis parisiens. Ce qui était une bénédiction parce que cela me fait une compagnie quand Lou est sur la piste. Ma fille a fait une bonne poule. Ses adversaires étaient nettement plus fortes qu’elle. Plus âgées aussi puisqu’il s’agissait d’une compétition de national 1 en cadettes et que Lou n’est que minime. Mais, elle a bien tiré. Elle est sortie des poules en milieu de tableau.

Par contre, elle s’est fait étendre dès le premier tour de tableau. Un peu bêtement. Mais elle avait la tête ailleurs. Son père avait promis de venir et n’était toujours pas là. C’était sans doute beaucoup trop tôt pour lui, il n’était que 12h30. Lou était en rage. Cela l’a renvoyait à deux ans auparavant. Et évidemment, c’est moi qui ai tout pris. Je me suis sauvée, je ne suis pas maso. J’ai attendu qu’elle se calme. Ses copains se faisant éliminer les uns après les autres, nous avons décidé de partir et de rejoindre Paris. Sans l’aide de Sophie, nous n’avons mis qu’une demi-heure pour atteindre le 18e. Evidemment, les flics nous ont barré le passage (le dimanche, le quartier des Abbesses est réservé aux piétons, ce qui emmerde tous ceux qui habite là, mais profite aux bobos en goguette), impossible d’aller chercher Léone. (Merci les Verts, bis.) Mais je connais bien mon quartier et je sais exactement par où passer pour me rapprocher le plus possible. Léone est arrivée, puis son père qui voulait quand même faire une bise à ses enfants (en milieu d’après-midi, c’est déjà plus envisageable). Et enfin, nous sommes parties, retour vers Tours. C’est qu’il fallait encore que je vote.

J’ai acheté des sandwichs sur la route et du coca aussi parce que j’avais tendance à m’endormir. Radio à fond, pied au plancher (dans la mesure des normes autorisées, je ne suis pas folle). A 18 heures pétantes, je me garais devant l’école où je vote pour me rendre compte que je n’avais ni ma carte d’identité, ni ma carte d’électeur (restées au fond du manteau du week-end précédent). Alors là, j’ai perdu mon sang-froid. J’ai gueulé comme un putois. Pourtant, j’avais encore le temps de faire l’aller-retour. Mais je voulais voter là maintenant tout de suite, aller chercher Garance et rentrer, enfin, chez moi pour ne plus en ressortir.

je n’avais pas fait tout ça pour renoncer. Je suis allée récupérer les papiers, suis retournée à l’école. Puis j’ai été chercher ma fille. Les copains m’ont offert un coup à boire et j’ai décompressé. De retour à la maison, j’ai sorti des steaks hachés du congélateur et un sachet de purée toute faite. J’ai expédié le dîner, envoyé tout le monde au lit et je me suis enfin retrouvée dans le mien, sans personne pour mettre des alarmes à la con ni pour s’envoyer en l’air (même pas moi). Et c’était bon (quand même).

mercredi 17 mars 2010

Allons à l'opéra voir de belles choses et des amis pour discuter gaiment

J’aime prendre le train pour quitter ma ville et partir faire autre chose, ailleurs, pas forcément loin. Mais ailleurs. Bon, l’ailleurs, c’est le plus souvent Paris, on revient toujours à ses amours anciennes. J’ai donc emprunté le teuf teuf pas rapide qui mène à la capitale en deux heures et demi quand le TGV galope, lui, en une heure tout juste.

Arrivée à presque 16 heures, je me suis rendue chez la belle hôtesse pour récupérer un trousseau de clés. Puis, après avoir dégusté un très bon thé, j’ai marché jusqu’à la place d’Italie pour prendre le métro et me rendre à l’opéra Bastille. Au programme L’Or du Rhin, de Wagner. A dire vrai, je ne suis pas une wagnérienne pure et dure. Je ne suis pas une wagnérienne du tout. Mais je suis curieuse de tout et j’adore les trouvailles de mise en scène et de spectacle. Et de ce côté-là, ceux qui ont œuvré sur Wagner m’ont rarement déçue.

Il y avait eu Lohengrin, dont les costumes m’ont fait parfois sourire : Robes, costumes, pardessus des années quarante, mais quand le conflit éclate, les hommes enfilent par dessus leurs gabardines des armures moyennâgeuses et dr saisissent de leurs épées. Il paraît que c’est une allégorie, une métaphore. Moi j’ai dû réprimer un fou-rire peu propre à la gravité du moment. Mais j’avais adoré (et je n’étais pas la seule) Waltraud Meier dans le rôle d’Otrud. Je comprends qu’on traverse une partie de l’Europe pour l’entendre chanter.

Il y a eu un Parsifal à la mise en scène étonnante. Je n’ai pas tout compris des partis pris, mais c’était visuellement exceptionnel, intelligent. Et magnifiquement chanté, toujours avec l’exceptionnelle Waltraud Meier.




Parsifal et les fleurs
Et puis, j’avais été impressionnée par La tétralogie de Boulez et Chéreau donnée à Bayreuth de 1976 à 1980, que j’ai vue, comme tout un chacun, à la télé. Alors, quand j’ai vu que L’Or du Rhin, le prélude à la tétralogie, était donné à Bastille, je me suis inscrite sur la liste des candidats au billet et, grâce à un prosélyte lyrique, j’ai pu acheter une place. C’était ce samedi soir-là.

Arrivée à Bastille, on nous annonce que le spectacle sera sans entracte et se terminera à 22 heures. Deux heures et demi de spectacle ! Je me précipite aux toilettes. Ensuite, je me dis que j’aurais sans doute la chance de pouvoir dîner au restau chinois en rentrant. Oui, je sais, je suis dirigée essentiellement par mes boyaux. Mais que serais-je sans eux… Ce n’est qu’après que je pense que ça risque de faire long, quand même. De toute façon, je n’ai pas fait tout ce chemin pour vendre ma place et repartir. Je me hisse donc au 4e étage, premier balcon, porte 9, comme d’habitude. Je suis au rang 7, à la même place que la fois précédente, pour La Somnambula. Mais j’ai une arme supplémentaire, un zoom x 15 qui va me servir de jumelles.

Premier tableau, les ondines Woglinde, Wellgunde et Flosshilde, enveloppées dans une mousseline rouge, jouent à la balançoire au milieu des poissons représentés par un mur de mains gantées de rouge. J’ai l’impression d’être dans un tableau de Klimt. Evidemment, la balançoire, sous l’eau, ce n’est pas très plausible. Mais qu’est-ce qui est plausible dans cette fable sur les Dieux qui vont mourir. Elles se balancent donc, en chantant, quand le nain Alberich surgit des profondeurs de la terre et tente de les draguer. C’est la drague des profondeurs… Il est si laid que les ondines se moquent de lui. Elles l’aguichent, avec leurs costumes où sont dessinés seins et pubis. Le nain devient fou, elles le rejettent en riant. Alberich est distrait par un reflet dans l’eau, et les écervelées lui révèlent qu’elles sont les gardiennes de l’or du Rhin qui ne peut être forgé que par celui qui renoncera à l’amour. Alberich n’a rien à perdre, laid comme il est. Enervé par les agaceries des trois sœurs, il jure de renier tout amour en lui et s’empare du trésor devant les belles qui n’ont plus que leurs voix pour crier et leurs yeux pour pleurer.


Le nain est petit et moche, mais il a une voix magnifique. En tout cas, il part riche de l’Or du Rhin qui, un fois forgé, lui donnera fortune et pouvoir. Ce qui est une bonne revanche quand on ne peut pas susciter l’amour… (encore que, parfois, on voit des choses invraisemblables, de très belles femmes s’amourachant de nains mais ceux-ci ont déjà pouvoir et argent…)

Plateau suivant. Une mappemonde sur laquelle gisent endormis trois hommes torse nus et musclés et contre laquelle deux femmes s’appuient, l’une, debout, de profil, l’autre, assise et alanguie. Nous quittons l’univers de Klimt pour celui de Fassbinder, dans Querelle. Il s’agit des Dieux, Wotan, le chef de famille, de sa femme Fricka, des frères de celle-ci, Donner et Froh (de vrais demeurés) et de la belle Freia, leur sœur. Qui fait pousser les pommes dont ils se nourrissent exclusivement et qui leur garantit muscles,  jeunesse et beauté. Au loin, sur un échafaudage, on peut observer des ouvriers en plein labeur. C’est que Wotan, sur la demande pressante de sa femme, a demandé aux géants Fasolt et Fafner de construire un château digne des dieux qu’ils sont. Paiement promis, Freia, ce qui ne lasse pas d’inquiéter Fricka qui ne verrait pas d’un bon œil partir sa sœur et son garde-manger. Comme souvent chez Wagner, les femmes sont inquiètes et les hommes imbéciles. Wotan a promis sa belle-sœur sur les conseils d’un demi-dieu, Loge, malin comme un singe, qui lui a glissé qu’on trouverait bien une solution pour ne pas tenir pareil engagement. Mais au moment où les géants viennent réclamer leur du, Loge est absent et Wotan bien emmerdé.

Alors, il fait son Dieu et refuse de payer. Aussitôt, c’est la révolution. Les géants, ouvriers du bâtiment, s’emparent de la mappemonde, posent des banderolles rouges partout, envoient des tracts sur la foule. Dans les gradins, quelques fou-rires fusent.


Evidement, Loge finit par arriver. Il raconte qu’Alberich vient de se forger un anneau magique avec l’or du Rhin, qu’il a volé aux filles du Rhin, lesquelles pleurent. Ce méfait n’arrange pas les Géants qui ont souvent maille à partir avec le nain (genre les éléphants et la souris). Ils emmènent donc Freia en otage et promettent de la rendre si, dans les vingt-quatre heures, Wotan leur remet l’anneau qu’il aura préalablement volé à Alberich.

Au tableau suivant, nous sommes donc dans le royaume du nain, qui a asservi son peuple et son frère Mime. Après Klimt, Fassbinder, voici l’influence de Metropolis, de Fritz Lang. Ce qui reste de l’or du Rhin trône au milieu de la scène et une scie gigantesque se balance au dessus de lui pour le couper. Les nains se plaignent de leur nouvel état d’esclave. Ils travaillent beaucoup plus dans leur mine pour ramener toujours plus d’or pour leur insatiable tyran. Ils ne peuvent pas plus résister à la magie d’Alberich que Mime qui a été contraint par son frère à lui forger une heaume d’or pour le rendre invisible.


  Les mineurs, de par et d’autre de la scie, se balancent au même rythme qu’elle. En avant, en arrière… Arrivent Wotan et Loge auprès de qui Mime vient pleurnicher. Ils rencontrent Alberich qui, sur de sa puissance, les affronte dans une scène qui ressemble à s’y méprendre à celle du combat entre Merlin l’enchanteur et Mime la sorcière dans le film de Disney. Plutôt grotesque. Evidemment, Wotan et Loge (surtout lui, le malin) parvienne à tromper le nain et à l’emprisonner. Pour être libéré, il doit donner son or, le heaume magique. Wotan se saisit, en plus, de l’anneau qu’Albérich, fou de rage, maudit, prédisant que celui qui ne l’aura pas dépérira de désir et celui qui le possèdera attirera à lui le meurtrier. « Le seigneur de l’anneau sera l’esclave de l’anneau. »

Retour de Wotan et de Loge sur le plancher des vaches, ou plutôt sur la demi mappemonde. Ils rejoignent le reste de la famille. Arrivent les géants accompagnés de Freia. Les Dieux leur remettent l’or du  Nibelungen et le heaume. Mais il reste un trou dans le mur monté grâce aux lingots et Fafner exige de le boucher avec l’anneau. Evidemment, Wotan refuse. Les géants le réclament, Loge demande à ce qu’il soit rendu aux ondines, Wotan est inflexible. la situation est sans issue. Heureusement, Erda, la déesse de la Terre, traverse la scène et le conjure de jeter cet anneau, source de malheur et cause de la fin des Dieux. Wotan, saisi, donne l’anneau aux géants qui, aussitôt, se bagarrent pour se l’approprier. Fafner tue son frère Fasolt. Wotan se rend alors compte de la puissance de la malédiction. Qu’importe Freia est de retour parmi les siens, qui peuvent à nouveau se nourrir. Pendant que Fafner, obnubilé, passe son temps à empiler son or, Donner invoque l’orage pour nettoyer le ciel. Les Dieux issent un immense rideau représentant un magnifique ciel bleu.

[1]

Entouré dune kyrielle d’hommes en short en marcel blancs (les deux du stades) ils posent sur leur tête leurs casques à plume et prennent possession de leur château et le rideau tombe, penant que les athlètes brandissent les lettres de “Germania”. Curieux final !


C’est fini, et je n’ai pas vu le temps passé. Je ne me suis pas ennuyée une seconde. Il faut dire que ça n’arrête pas. il se passe toujours quelque chose. C’est un spectacle total, tantôt beau, tantôt drôle, mais qui finit par prendre. La scénographie est cohérente, même s’il est déroutant, de convoquer à la fois la lutte sociale (présente dans le livret) et l’imagerie nazifiante (le final). Mais le public était plutôt content. Et Wotan en tirait la langue de contentement…



J’étais d’autant plus satisfaite que j’ai eu le temps, comme envisagé, d’aller déguster un pho du côté de l’avenur de Choisy, chose dont j’avais envie depuis des lustres. Puis, sur la terrasse de l’amie qui m’hébergeait, j’ai fait une série de la ville la nuit parce que c’est beau… Après avoir pratiquement achevé La Cité des jarres d’Arnaldur Indridason, je me suis enfin décidée à dormir. Le lendemain, il y avait brunch. Et j’ai eu le plaisir de voir, outre mon hôtesse et le gars qui l’a à la bonne, Joël Riou, qui avait assisté au même spectacle que moi la veille, Bladsurb, Charles, Pascal & Co, Noël sa douce et junior, Maître Ka, Janu,  Johann, Gilsoub…, bref, que du beau monde. J’ai eu toutes les peines du monde à m’arracher de cet univers chaleureux pour courir jusqu’à Montparnasse et sauter dans le TGV. A Tours m’attendaient mes trois gisquettes qui s’étaient faites toutes belles pour accueillir leur maman. Elles m’ont accompagnée jusqu’au bureau de vote où j’ai pu rejoindre la minorité de ceux qui ont voté [2].


[1] crédit des petites photos : Opéra national de Paris/ Charles Duprat. Sauf la plus petite qui a été prises par mes soins, comme les plus grandes.
[2] et malheureusement, ce ne sera pas le cas dimanche prochain. Je remonte à la capitale pour accompagner la grande à une grosse compétition d’escrime et nous ne pourrons pas être rentrées avant 19 heures… Quant à la procuration, difficile de trouver quelqu’un dans une ville où l’in connaît finalement peu de monde.

lundi 15 mars 2010

Effet zoom à l'opéra Bastille

J’étais au 1er balcon, rang 7 et je voyais la scène à peu près comme cela



Mais avec un petit effet de zoom je voyais cela


ou cela



Dommage qu’il m’était impossible de prendre de photos pendant le spectacle, mais mon réflex fait trop de bruit. A quand des reflex silencieux comme des chats… Il y avait des choses très belles dans cette mise en scène. D’autres plus amusantes. J’essaierai de conter cela…

vendredi 29 janvier 2010

Love story à Bastille (La Somnambule)

L’histoire est digne d’un roman photo cucul la praline, comme ceux que je lisais chez le coiffeur quand j’attendais que ma mère sorte de dessous le casque séchant. Dans un hôtel suisse, Elvino aime la douce Amina qui le lui rend bien. Ils vont signer leur contrat de mariage sous l’œil furibard de Lisa, l’ancienne fiancée d’Elvino.


Nous sommes à la veille des noces, le notaire est là pour le contrat. Tout le monde est très joyeux. Arrive un touriste (dont le manteau de fourrure fait penser qu’il est très riche). Lisa entreprend de l’amadouer mais quand il voit Amina, il ne peut s’empêcher de l’admirer et de le lui dire.

Crise de jalousie féroce d’Elvino, qui reproche à sa promise de faire la coquette (alors que, franchement, il n’y a pas de quoi fouetter un chat). Larmes d’Amina. Et puis tout le monde se calme et comme c’est la fin de la journée, on se sépare en prévision des noces du lendemain.

Lisa, cependant, est restée pour « s’occuper » du voyageur. Elle minaude, il se laisse faire. On sent qu’ils vont sans doute passer du bon temps ensemble quand, coup de théâtre, Amina arrive, enroulée dans une couverture. Elle dort à poing fermé, elle est somnambule. Elle chante et parle de sa noce, de sa joie, de son amour pour Elvino.

Le voyageur, troublé par sa présence, est tenté de profiter d’elle. Puis se ravise et la laisse dormir, la couvrant même de son manteau de fourrure. Il n’aurait pas dû. Car cette salope de Lisa court réveiller Elvino pour lui dire que sa chérie fricote avec le voyageur. Quand tout le monde arrive sur place, on ne voit pas l’homme, on ne trouve qu’Amina, endormie sous le manteau, et on en conclue qu’elle a fauté. Coup de sang du jaloux, qui frappe la douce jeune fille.

Le lendemain, la mère adoptive d’Amina est la seule à prendre sa défense. Et elle trouve, dans la chambre du voyageur, un bas et une chaussure qui sont celles de Lisa. Elle met cela de côté. En attendant, ça chauffe pour Amina. Elle est battue et humiliée par son amoureux qui lui arrache même sa bague de fiançailles et annonce qu’il va se marier avec l’infâme Lisa. Amina s’enfuit et se réfugie dans sa chambre.

La Somnambule, Bellini


 Pendant ce temps, la préparation des noces va bon train. Au moment où le cortège s’apprête à partir à l’église, le voyageur revient. C’est en fait le comte de la région (et aussi le vrai père d’Amina, heureusement qu’il n’a pas fauté, sans cela, houuuuuu, bonjour l’inceste). Bref, le comte jure qu’Amina est innocente et raconte qu’elle est somnambule. Evidemment, personne ne le croit et encore moins ce gros balourd d’Elvino. La noce va pour repartir et la mère d’Amina, qui est revenue pour demander aux gens de faire moins de bruit car sa fille s’est enfin endormie (du coup, on ne s’attend pas du tout à la suite…) s’insurge contre ce mariage.

Lisa le prend mal. Elle engueule la mère. Elle lui dit qu’elle a tout à fait le droit de se marier avec un homme, qu’elle n’est pas une trainée qui passe la nuit dans la chambre d’un célibataire. La mère d’Amina voit rouge : comment oses-tu mentir, et d’ailleurs, tu y étais toi-même dans la chambre du comte, j’en ai la preuve, dit-elle en lui balançant à la gueule le bas et la chaussure, tiens prends ça ! Gniark bien fait.

Lisa est blême. Elvino est con. Enfin, ça, tout le monde l’avait compris. Il s’arrache les cheveux en criant : comment ? Les deux femmes que j’aime m’ont trompé et avec le même homme !!!! Je suis maudit (Là, devant tant de candeur et de bêtise, la salle entière s’est écroulée de rire). Lisa ne dément évidemment pas d’autant que le comte confirme. Reste Amina qui dort.

La Somnambule, Bellini

Et d’ailleurs, quand on parle de la louve, elle sort du bois. Elle arrive, toute dormante, enroulée comme la veille dans sa couverture. Le comte est bon et démontre à Elvino que la douce et charmante Amina est bien somnambule. Celle-ci pleure la mort de son amour, sa déchéance, c’est déchirant (ça l’est vraiment mais pas pour l’histoire). On presse Elvino de la réveiller pour lui dire qu’il sait, qu’il s’excuse, etc. Et c’est ce qu’il fait et la douce Amina pardonne (et là, vraiment, elle est bête, parce que son Elvino, c’est quand même un rustre, jaloux et qui la cogne). Elle se relève et court se changer. Un rideau tombe et c’est une copie de celui de l’opéra Garnier. Amina revient, vêtue de rouge, avec des gants de gala (on se demande bien pourquoi, c’est pas clair) pour entonner son air final qui est celui de son triomphe.

La Somnambule, Bellini

Et tout fini par une chanson sur les tables, une noce, quoi.

Vous l’aurez compris, ce Bellini pas ne brille pas par l’histoire, exemplaire dans son côté guimauve. Par contre, au niveau musical, c’est fabuleux. Les airs d’Amina sont magnifiques, les duos aussi. Et si l’on se moque des personnages on admire les interprètes et leurs partitions. Avant le levé de rideau, une jeune femme est venue nous prévenir que Melle Dessay était souffrante mais qu’elle chanterait malgré tout. Elle est présente quasiment du début jusqu’à la fin et elle a été tellement admirable que nous nous sommes tous demandé ce qu’elle aurait fait si elle avait été en pleine forme.  Je n’ai hélas ni video ni son pour vous faire partager l’immense bonheur que fut pour mes oreilles sa prestation.

Les autres interprètes étaient pas mal non plus. Le Conte Rodolfo (Michele Pertusi) a une basse fort harmonieuse chaleureuse. Teresa (Cornelia Oncioiu) est une belle figure matenelle et Lisa (Marie-Adeline Henry) chante parfaitement les pestes. Par contre, je suis restée dubitative à l’écoute du ténor. Par moment, notamment dans les duos avec Natalie Dessay, il faisait preuve d’une belle musicalité. Mais le reste du temps, son jeu était aussi morne que sa voix qui ne portait pas vraiment.

La Somnambule, Bellini

On peut lire aussi
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Dessay met La Bastille à ses pieds
La Somnambula à Bastille
La Somnambula à Bastille (deuxième)

Et merci aux prosélytes lyriques (et surtout à Olivier) qui ont permis que je passe cette délicieuse soirée.

mercredi 6 janvier 2010

Des photos de Platée

J’ai quatre ou cinq textes en panne dans mon stylo par manque de temps, dont un sur ce merveilleux spectacle, vu à Garnier avec Garance (mais à défaut on peut lire le billet de Kozlika).









J’essaierai tout de même d’en faire un billet. Si un autre sujet ne détrône pas celui-là… Et puis je réfléchis à un Diptyque. J’ai déjà quelques photos en vue.

mercredi 9 décembre 2009

Danse avec eux

C’était le spectacle de cette fin d’année. Rendez-vous compte, deux morts, un chorégraphe reconnu et de nombreux danseurs plein de mérites. Gainsbourg avait sorti L’Homme à tête de chou en 1976, qui avait connu un flop. Il n’était pas encore assez Gainsbarre sans doute pour que cette œuvre sombre et sensuelle puisse trouver son public. Bashung l’a repris à son tour, en 2006, pour ce spectacle, il en a surpervisé l’arrangement. D’une demi heure environ, la partition passe maintenant l’heure. Et Galotta l’a chorégraphiée. Avec ce trio incroyable, c’est sûr, le tout-Paris allait se presser au théâtre du Rond-Point.

Quand on m’a proposé ces places, je ne savais pas du tout de quoi il retournait. J’avais juste retenu Galotta et danse. Deux mots qui me suffisait pour acheter les billets. Quand la presse a commencé à en parler, je ne me suis même pas souvenue que j’avais ces places. Alors quand je les ai reçues, j’en ai été bien aise. Mais vu les critiques, il me paraissait difficile d’y emmener Garance. On parlait de nu, de scène trop érotique, d’une scène de masturbation inutile et vulgaire. Des mots qui n’ont fait qu’attiser ma curiosité. Entre les adorateurs zélés des deux disparus, qui ne pouvaient que se sentir trahis (musique trafiquée, voix désincarnée, c’est pas lui, c’est pas eux) et ceux qui aiment descendre ce qu’ils adoraient avant, c’est sûr, il fallait détester.

La salle était pourtant comble (comme les Champs Elysées d’ailleurs, c’est fou cette foule d’avant les fêtes de noël). Sur scène, comme lu, une chaise de bureau à roulette. Entre un danseur à la silhouette déguingandée, dandy nonchalant, une réincarnation de Bashung, puis arrivent les autres, des hommes, des femmes, des journalistes à scandales et des Marilou petites coiffeuses. J’ai beaucoup aimé le travail des danseurs, et le travail de Galotta sur les danseurs. Chacun incarne à sa façon, suivant son tempérament, le couple infernal. Il y a des filles à la sensualité etrême qui réveilleraient un mort, d’autres plus athlétiques, plus rentre-dendans, d’autres encore plus douce, presque passive-soumise. Chez les hommes, pareil, les dominateurs, les faibles, les révoltés. Chacun des couples ainsi formé donne un relief nouveau à l’histoire. N’en déplaise à certains, je n’ai rien trouvé de déplacé dans ce ballet, ni les gestes, ni les attitudes. Tout avait sa raison d’être, y compris ce danseur nu comme un ver, la tête couverte d’un masque de singe, assis que la chaise, transporté par quatre de ses camarades qui le dépose sur le devant de la scène. Gratuit ? Non, c’est la statue même de l’Homme à tête de chou


Photo DR

Le spectacle est un ballet, il ne fallait pas trop y chercher les ombres de nos chers disparus. Ce n’était pas un concert souvenir, pas un concert du tout. C’était des danseurs qui s’exprimaient de façon particulièrement expressive sur une histoire connue et donc plus facilement décryptable que d’autres ballets contemporains. Et c’était beau.



Cela dit, c’était beau aussi d’entendre la voix de Bashung, cette voix magnifique sur ce texte magnifique. C’était bon aussi d’entendre ces airs de Gainsbourg revisité par Bashung. Et de se rendre compte combien ces deux-là ont marqué notre vie d’un vrai talent. Et combien ils nous manquent. J’imagine que Galotta n’avait au départ pas tout à fait imaginé ce spectacle, parce que Bashung aurait dû chanter sur scène avec ses musiciens. Mais c’est pas grave, c’est beau quand même.

Mon seul bémol, c’est sur la chanson Quand Marilou danse reggae, à ce moment-là, la chorégraphie est tout, sauf du reggae… C’est dommage, mais c’est pas grave parce qu’on est quand même pris par tout le reste.

Le ballet est donné au théâtre du Rond-point jusqu’au au 19 décembre. Puis il ira entre autres en janvier à Chambéry (12 et 13), mars à Roubaix (11-13), mai à Blagnac près de Toulouse (4 et 5), Besançon (10 et 11), Alès (18 et 19), Combs-la-Ville en Seine-et-Marne (26 et 27) et en juin (1er-3) à Clermont-Ferrand. Si vous êtes des puristes de Bashung ou de Gainsbourg, n’y allez pas, vous n’aimerez pas. Mais en dehors de la résurrection des deux artistes, rien ne pourra vous satisfaire. Pour tous les autres, n’hésitez pas. Vous passerez un moment passionnant.




vendredi 18 septembre 2009

La complainte de Mackie

Mardi soir, 15 septembre, j’étais à l’endroit où il fallait être, dans la même salle que trois ministres de la Culture (Lang, Tasca, Mitterrand le petit), que Pierre Bergé, que des femmes enrubannées et retendues, que des messieurs aux costumes empesés, que quelques comédiens en vue, que quelques garde du corps. Un vrai bain d’huile. Je n’en ai pas reconnu mon Théâtre de la ville (plutôt bobo que prout prout, quand même).

Mais qu’allais-je faire dans cette galère (j’ai un abonnement aux galères, il faut croire). Eh bien rien de moins qu’y assister à la première du plus beau, du plus intelligent, du plus drôle, du plus politique des spectacles de la saison. L’opéra de quat’sous, de Brecht et Weil en version originale, sous-titrée en français.

Rien que visuellement, j’en ai pris plein les mirettes. Les costumes aux lignes impeccables tranchant avec le minimalisme du décor tout en lumière. Et dans ce décor peu banal, des comédiens qui, comme des marionnettes, dansent et se jouent la vie, la vie rêvée des méchants garçons et des pauvres filles.

L’histoire est inspirée de L’Opéra des gueux, de John Gay et Johann Christoph Pepusch (1728). D’un côté, le roi des mendiants, Peachum, une crapule qui forme des mendigots pour les envoyer travailler dans une ville qu’il a organisée en quartiers. De l’autre, Mackie le Surineur, un voyou qui, protégé par son ami d’enfance devenu préfet de police, vole, tue, viole. Les deux brigands se sont partagé la ville des pauvres, ceux qui n’ont d’autres solution que de quémander ou de se prostituer pour survivre. Mais voilà, Mackie le dragueur ne résiste pas à un jupon et enlève puis épouse Polly, la fille de Peachum. La guerre est déclarée. Les prostituées, menées par Jennie des Lupanars trahiront Mackie le surineur pour quelques livres, une première fois, puis une seconde fois. Et Mackie finira sur le gibet.

C’est un conte des bas fonds dans un décor d’étoiles. Les comédiens du Berliner Ensemble sont fascinants. Une diction qui vous enverrait, enthousiastes, sur les bancs du collège suivre des cours d’allemand, un texte qui vous donne l’impression que vous comprenez cette langue (alors que vous ne l’avez jamais étudiée), des déplacements, un art d’occuper la scène, d’utiliser son corps… Dieu que c’était beau.

Ce n’est pas tout. Qui dit opéra dit musique et chansons. Les musiciens sont dans la fosse et ils sont sacrément bon. Quant aux comédiens chanteurs, quelle beauté. Notamment Jennie Des Lupanars, dont la voix fragile, belle et émouvante, à l’égal de celle d’une enfant, rend son personnage totalement bouleversant. Quand j’ai découvert que cette Jennie-là était interprétée par Angela Winkler, j’étais aux anges. Rendez-vous compte : LA Angela Wilnkler de Scène de chasse en Bavière (un film terrifiant mais très fort de Fleischmann), de L’Honneur perdu de Katharina Blum , de La Femme gauchère , du Couteau dans la tête et du Tambour. Angela Winkler, une comédienne emblématique d’une époque où l’Allemagne était prise au doute et au terrorisme, une Allemagne où tout était terriblement politique. Une merveilleuse actrice.

Mais les autres ne sont pas mal non plus. Peachum, le roi des mendiants (Veit Schubert) jette un regard sans aménité sur le monde. Traute Hoess est une Célia Peachum, épouse du précédent, dangereuse et drôle, qui manipule son monde de main de maître. Et puis Stefan Kurt, exceptionnel Mackie, qui tient la scène pendant trois heures, est tour à tour charmeur, sensuel, dangereux, vénéneux, roublard, cruel, léger, puis perdu. Une superbe voix lui aussi.

Bref, toute la troupe du Berliner Ensemble est remarquable. Et sert de façon merveilleuse un opéra qui a été créé chez lui, à Berlin, en 1928. Le texte est parfois d’une actualité étonnante, qui fait s’esclaffer le public, de ce rire jaune que l’on sert quand on se dit, fataliste, qu’il vaut mieux en rire qu’en pleurer. Mais on hésite quand même.

Quant à la mise en scène de Robert Wilson, elle est terrifiante. Elle tranche dans le vif, revenant au texte brut. Et en même temps d’une folle élégance. Wilson s’empare de l’œuvre et donne de notre monde actuel une vision cruelle et néanmoins plutôt réaliste.

Si jamais vous avez l’occasion de voir cette pièce, courrez. Elle repassera en avril au Théâtre de la ville. Mais à mon avis, ça va être chaud pour avoir des places.

Deux bémols. Il faisait à l’accoutumée beaucoup trop chaud dans la salle du Théâtre de la ville. C’est insupportable. Fatiguée comme je l’étais, la chaleur m’a anesthésiée et j’ai eu un mal fou à ne pas sombrer.
Et puis j’ai été choquée, à un moment, par les sous-titres. Vers la fin du spectacle, Mackie entonne une chanson qui est un mixte de La Ballade des pendus et de La Ballade des mercis de François Villon. Qui sont deux textes que je saurais reconnaître entre mille. Ils sont évidemment dit en allemand. Mais les sous-titres, au lieu de rétablir le texte original de Villon, se contente de faire une traduction de l’allemand. Ça veut dire exactement la même chose, mais ça le dit tellement moins bien. Et quel manque de culture pour ne pas reconnaître les deux plus célèbres poèmes de François Villon.

Photos : Lesley Leslie-Spinks/Berliner Ensemble

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