Depuis des semaines, la colère s'est emparée de la Guadeloupe : manifestations, grèves, défilés, pillages dans les magasins, les journalistes ne cessent de s'interroger sur la mouche qui a piqué nos compatriotes domiens. La vie a toujours été chère là bas, bien plus qu'en Métropole. En cause, nous dit-on souvent de l'octroi de mer et de la prime des fonctionnaires. J'ai téléphoné à ma belle-mère. Elle soutient évidemment le mouvement : « Tu comprends, me dit-elle, les prix augmentent tous les mois, voir tous les jours. On ne peut plus rien acheter. » Heureusement pour la famille, mon beau-père continue de cultiver ses champs et d'élever ses bœufs.Mais ça fait longtemps que les petits cousins de mes filles ne boivent plus de lait et ne mangent plus de yaourt. Verra-t-on de nouveau les Antillais "faire bombance" autour des fruits à pain, quasi unique source de nourriture avec les ignames quand la famine régnait lors du blocus de l'île par les forces alliées ? De nombreuses familles en sont là, déjà.

Vous avez peut-être vu ce reportage de Canal+ qui peut aider à comprendre comment on en est arrivé là. Pourquoi, depuis l'automne, dans ces départements (la Réunion, la Guyane, la Martinique sont également touchés) dont on n'entendait pas parler sauf pour en vanter les plages et le soleil, sont-ils pris d'une flambée de colère. Si vous l'avez raté, heureusement, il existe sur le Net et je vous propose de le regarder. Il vous donnera une autre vision de ces îles ou le paradis des uns est aussi le champ de forçat des autres. Vous y verrez ce que sont les rapports sociaux en Martinique, le "dialogue social" et comment, pour certains, le temps des colonies n'est jamais loin. Il s'agit bien sûr des Békés. Ces blancs qui ont bâti toute leur fortune sur l'esclavage autrefois et l'exploitation aujourd'hui.





Bien sûr, les Békés sont Martiniquais. Mais ils détiennent en Guadeloupe les mêmes monopoles et notamment tout ce qui tourne autour de l'agro-alimentaire et du commerce. Comme en Martinique, ils possèdent la quasi totalité des grandes surfaces. Et s'entendent pour maintenir des prix très élevés leur dégageant des marges extrêmement confortables. Et gare à la concurrence. La terre guadeloupéenne est riche, elle peut produire en quantité nombre de culture vivrières. Mais celles-ci entreraient en concurrence avec le monopole des commerciaux. Tous ceux qui ont voulu diversifier l'agriculture antillaise s'y sont cassé les dents. Et quand ils s'en sont sorti, ils se sont vu empêcher toute activité à cause du scandale du chlordécone.
 
Au-delà de l'existence de ces pseudo seigneurs (saigneurs ?), leur "art" de la négociation sociale a fait école. Alors oui, les travailleurs guadeloupéens sont souvent en grève. Parfois de façon outrancière, notamment quand ils bloquent les hôpitaux. Mais la faute à qui ?

Musique : Gwadlou malad, de Guy Konket