Marianne2 publie un papier sur le naufrage des crèches qui me pose deux problèmes.

Le premier, l’opposition faite entre la préemption par Frédéric Mitterrand, es qualité de ministre de la Culture, des pièces du mobilier de la maison de couture Lacroix et les nouvelles mesures annoncées par Nadine Morano pour les structures qui accueillent nos enfants (crèches, maternelles).
Clairement, la démonstration n’avait pas besoin de cette mise en scène qui affaiblit le propos. S’il fallait opposer les dépenses du ministre de la Culture à quelque chose, cela aurait pu être la baisse dramatique des subventions pour le spectacle vivant par exemple, ou la gestion des musées… Des sujets de son ressort. En soit, cette préemptions pourrait mériter enquête : pourquoi ces meubles ? sont-ils de qualité, exceptionnels ? cela en vaut-il le coup ? quid de l’amitié qui lie le ministre au grand couturier, etc.  Mais l’article ne renseigne en rien. Je ne vois donc pas ce qu’il peut y avoir de scandaleux à préempter des pièces, probablement rares et qui ont sans doute toute leur place dans les musée français, au même titre qu’un tableau.

En face, le scandale des crèches. Je précise tout de suite que sur ce sujet précisément, je partage l’énervement de l’auteur. La politique du gouvernement concernant nos enfants, pour faire des économies sur l’argent que nous versons sous forme d’impôts, est scandaleuse. Peut-être pourrait-on demander aux gens s’ils pensent que c’est d’abord sur la scolarité et l’éducation des enfants qu’il fallait faire autant d’économies. C’est pourtant un peu l’impression que donne le gouvernement avec toutes ces mesures annoncées. Mais sinon, quel rapport avec le ministère de la Culture. Est-ce à dire qu’il faut lui couper les vivres pour sauver les crèches ? 

Le deuxième soucis que me pose cet article, c’est la photo d’illustration. Elle est censée représenter des enfants en crèche, mais en fait pas du tout. Les gamins sont alignés les uns derrière les autres, ils ont tous la même tenue… Etrange quand même. En fait, on comprend mieux en allant voir l’original et sa légende. Il s’agit d’un cliché d’un photographe russe qui vit à Chypre. La photo a été prise lors d’une fête dans le jardin d’enfants de son fils. Une photo prise par un papa ému lors d’une fête scolaire… A priori rien à voir avec les crèches en France.

Cela n’existe pas, les photos de crèches en France ? Mais si, bien sûr. Mais alors pourquoi ne pas illustrer au mieux ce papier, avec des photos réellement en rapport avec le sujet. il y a sans doute plusieurs raisons :
- la photo de notre ami russe, Leonid Manchenkov, est sous licence creative commons. Il en autorise l’utilisation à condition de donner son nom. Elle est donc totalement gratuite et à la limite, on peut se passer de son autorisation (au cas ou je lui ai mis sous la photo un lien avec le papier. Au moins il sera content d’avoir une publication dans la presse française.)
- difficile d’en faire autant avec des photographes français, même amateurs. Immanquablement, des proches de la famille tomberaient sur la photo et l’auteur pourrait avoir des remords de voir la photo de son gamin ainsi exposée et de l’avoir cédé gratuitement.
- le droit français est d’ailleurs assez strict avec le droit à l’image des enfants. il faut l’accord des parents… Toujours embêtant à demander quand on est pressé par le temps…
- Si on ne pique pas dans la base de données Flickr d’amateurs qui mettent leurs photos sous licence creative commons sans forcément comprendre ou envisager toutes les implications sur le métier de photographe, on est obligé de recourir à une agence de photo ou à un photographe pro et donc de payer l’image. Ben oui. L’info a une valeur et un coût.

Le même raisonnement vaut également pour le papier. Il n’est pas fait par un journaliste, et ça se voit. Ça se voit d’autant plus que Marianne2 l’annonce dès le départ. Le journal ne cherche pas à masquer la réalité. L’auteur est donc un blogueur associé qui signe d’un pseudo. Mais le papier ne figure pas dans les pages blogs. Elle figure dans la rubrique actu, au même titre que n’importe quel autre article, au même titre que ceux signés par des professionnels. Mélange des genres…
Il me semble pourtant qu’un tel sujet mériterait un vrai papier d’un vrai journaliste. Mais j’imagine que les conditions financières ne sont pas les mêmes.

Un journaliste, comme un photojournaliste, ce sont des professionnels, qu’on doit rémunérer. Dans le cas présent, si la photo est bonne (mais hors sujet) le papier lui n’est pas bon, à la limite de l’illisible (mal construit, trop de citations). Alors que le sujet est intéressant. Et on en arrive à cette constatation qui est valable pour tout type de presse (je ne jette pas la pierre à Marianne, loin de là, ce ne sont pas les pires) : quand on ne veut pas payer pour une information de qualité, on sombre dans le médiocre. Le journalisme dit citoyen – je préfère pour ma part parler de journalisme amateur – trouve là toutes ses limites.

Et je demande : est-ce que c’est ce journalisme au rabais que nous voulons ?