Racontars

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lundi 31 mai 2010

Le verre cassé

Nous étions dans ce petit bar du barrio chino barcelonais, celui d’avant la reconstruction et des jeux Olympique. Un petit bar de rien du tout, entièrement rouge, dont le décor n’avait pas bougé depuis une vingtaine d’année, quand le patron avait cassé sa pipe. Des vieilles bouteilles pleines de poussières, des tableaux copiant Toulouse Lautrec, un vieux gramophone et une bande sonore qui passait du Piaf à longueur de soirée. La petite vieille, derrière le comptoir, servait des pastis et un vin de sa fabrication qui auraient rendu alcoolique un mormon pratiquant tant ils étaient bons.

C’était un tout petit bar, avec quelques tables seulement, nous nous pressions près du comptoir ou, aux beaux jours, nous sortions avec nos verres dehors et ne rentrions que pour les remplir à nouveaux. Nous étions jeunes, nous étions beaux, et nous étions des borrachos. Et la patronne nous rabrouait trop impatients que nous étions d’être servis.

C’était un tout petit bar où nous allions souvent, nous les étudiants de la faculté de droit.

C’était un tout petit bar et nous étions des étudiants, insouciants, aimant boire, rire, chanter et courir les jolies filles. Et la patronne, derrière sa grande gueule cachait un bon cœur.

C’était un tout petit bar au murs rouge sang.

Un soir, il est entré comme ça. On ne l’avait jamais vu avant. Il est arrivé, sans prévenir. Juste, il était là. Il s’est installé dans un coin de la salle, l’air accablé, comme abasourdi, les yeux pleins de fièvre. De la mauvaise fièvre, celle de la jalousie, du doute et du malheur. Il pleurait silencieusement, mais sans s’arrêter. Il pleurait comme un fou. Il pleurait, comme un gosse désespéré, une ingrate qui l’avait abandonné.

Un soir, il est entré en pleurant. Nous ne l’avions jamais vu avant. Il s’est assis les yeux pleins de fièvre, accablé et abasourdi par son malheur. Il pleurait sans pouvoir se retenir, sans pouvoir s’arrêter, sans pouvoir… Il pleurait la tête dans ses bras, posés sur la table, son chapeau de cow boy de travers. Il pleurait une ingrate qui s’était fait la belle.

Un soir il est entré et il s’est assis à la table du fond, les yeux emplis de chagrin et il a commandé un verre que la patronne lui a servi sans rien dire. Puis un autre, puis un autre. Il pleurait comme seuls les fous de malheur peuvent le faire. Alors, lassée de faire l’aller retour ou émue par sa détresse, elle lui a laissé la bouteille.

Avec lui, il n’était pas seul, un autre homme, à peu près du même âge. Qui le tenait par l’épaule. Et tentait de le raisonner. Arrête de boire, lui disait-il. Arrête de boire. Tu es déjà plein comme une outre. Arrête, ça suffit, ça ne la fera pas revenir. Elle s’en fout, elle est partie.

Avec lui, un compagnon, sans doute le meilleur,qui savait tout de lui, de son malheur, qui tentait de retenir ses gestes, ses pleurs, ses verres. Tu ne guériras rien avec des larmes, ni avec des cris, ni avec du vin. Elle est partie,

Avec lui un compagnon, arrête, reprends-toi. Crois-tu que te saouler à mort changera quelque chose ? Crois-tu que le vin te la fera oublier. Mais idiot que tu es regarde-toi ! Au contraire, il avive ta douleur  et ton cœur se souvient d’elle encore plus fort. Ami, je t’en conjure, cesse de gémir, chasse-la de tes pensée.

Avec lui un compagnon que d’un geste brusque il écarta en se levant. Il saisit son verre en hurlant et le mordit avec férocité. Le silence s’était fait dans la salle, nous regardions tous sa bouche en sang, le verre de vin, et le malheur dans ses yeux.

Il saisit son verre et le mordit sauvagement, le cassant d’un coup de mâchoire rageur. Le sang giclait, se mélangeant au vin et nous étions là, muets d’horreur et de peine à le regarder, à voir ses yeux fous, et nous n’osions pas bouger.

Le sang giclait et nous n’osions plus bouger.

Alors, il s’est tourné vers nous, et dans un rictus, il a hurlé

Amis, n’ayez pas peur. Oui ! je me suis coupé les lèvres, mais c’est pour effacer la trace des baisers que m’a donné cette traitresse.

Amis, n’ayez pas peur. Oui ! je déchire ma bouche, je veux tout gommer d’elle jusqu’au souvenir de ses lèvres sur les miennes,
Amis, n’ayez pas peur.

Patronne, sers-moi le vin dans ce verre cassé, sers-moi, parce que je souffre
Patronne, sers-moi encore du vin, parce que cette obsession me détruit et que je veux l’oublier
Patronne, sers-moi encore de ce vin. Je veux boire dans cette coupe cassée
Patronne, sers-moi, je veux saigner, goutte à goutte, le venin de cet amour maudit !



Aturdido y abrumado, por la duda de los celos
se ve triste en la cantina a un borracho ya sin fe
con los nervios destrozados y llorando sin remedio
como un loco atormentado por la ingrata que se fue.

Se ve siempre acompañado del mejor de los amigos
que le acompaña y le dice ya esta bueno de licor,
nada remedia con llanto, nada remedia con vino
al contrario, la recuerda mucho mas tu corazón.

Una noche como un loco, mordió la copa de vino
y le hizo un cortante filo, que su boca destrozo
y la sangre que brotaba, confundiose con el vino
y en la cantina este grito a todos estremeció.

No se apure compañero si me destrozo la boca
no se apure que es que quiero con el filo de esta copa
borrar la huella de un beso, traicionero que me dio.

Mozo, sírveme, la copa rota
sírveme que me destroza, esta fiebre de obsesión.
Mozo, sírvame, la copa rota
quiero sangrar gota a gota, el veneno de su amor.

Il y a des versions meilleures de cette chanson. Notamment celle d’un ami maintenant décédé qui s’appelait Agustin Peiro, mais que je n’ai pas retrouvée. Je pense très fort à lui et je lui dédie ce texte.

Ceci est ma participation au Diptyque 5.4, l’illustration de la photo de Michel Clair

mercredi 26 mai 2010

5.4 Un jardin et un cow boy fatigué

Bon, on se détend, on reprend du poil de la bête et on repart. C’est vrai, j’ai failli abandonner la semaine dernière. Mais je ne suis pas de celle qui rendent leur tablier comme ça. Alors, êtes-vous prêts ? Voici de quoi il retourne.

1. le texte à illustrer est extrait d’un billet de Samantdi (eh oui, on reste du coté de Toulouse). Elle a depuis peu un jardin mais ne se découvre pas pour autant la main verte…

Dans mon jardinvague, il n’y a rien de tout cela : la terre est basse et l’herbe pousse à une vitesse folle. Et puis, je vais vous dire un secret : je crois bien que je n’aime pas jardiner ! C’est fatigant et pas aussi drôle que dans mes souvenirs d’enfant.
Ce que j’aime surtout, c’est m’amuser dans mon jardin, me coucher dans l’herbe, regarder les coquelicots et les boutons d’or pousser dans les herbes hautes et m’imaginer des histoires le nez au ras des taupinières.
Vues de là, Nini et Minette sont de gros félins et nous sommes des aventurières dans la jungle.

Au jardin, je ne suis plus du tout sûre d’être devenue une adulte.

Un bout de jardin et laissez libre cours à votre fantaisie : photo, video, dessin, etc.

2. La photo dont il faut inventer l’histoire a été prise par Michel Clair qui nous avais déjà prêter une de ses photos, celle des draps noirs…

mardi 25 mai 2010

Le 5.3, c'est fini…

Ouf, ça n’a pas été sans mal. Surtout me concernant. Je n’ai écrit l’histoire de la photo de Bladsurb que cette nuit et n’ai construit l’illustration du texte de Brol que tout à l’heure, soit bien en retard.

Or donc, cette semaine, les participations sont

1. L’histoire de la photo


Rencontre, par Akynou

Vicky, par Lyjazz

Le temps des cerises par Nawal

Empoisonnement hebdomadaire, par Bladsurb

Révélations par Anna

Bronca chez les Banderas, par Julio

L’enquête progresse, par K

2. Illustrer le texte

Ado, je n’ai jamais eu de mobylette, scooter ou moto. Je n’ai pas le permis mais ai possédé pendant quelques années une voiture. Je sais, c’est débile.

Bref, la vitesse ne m’a jamais fait bander

brol

La vitesse de mes transports, par Bladsurb
How Do You Stop, par K
Diptyque, par Nawal
Crossboarder, par Lyjazz
Brol, par Akynou


Brol, par Akynou

Ado, je n’ai jamais eu de mobylette, scooter ou moto. 

Manif de motards

Je n’ai pas le permis mais ai possédé
pendant quelques années une voiture.

Signes extérieurs de richesse

Je sais, c’est débile.

Une journée parisienne de akynou

Bref, la vitesse ne m’a jamais fait bander

Ceci est ma participation au dyptique 5.3 version : illustrer le texte qui est cette semaine de Brol

Rencontre

J’avais donné rendez-vous à Valérie dans un bar chic de la rue des Abbesses. Elle apprécie  cet endroit au confort bourgeois revendiqué et qui se situe pas très loin de son bureau. Avantage non négligeable quand on sait que Valérie travaille comme une damnée et est, du coup, régulièrement en retard à ses rendez-vous. Y compris avec moi. Mais je suis philosophe.

D’ailleurs, elle venait de m’appeler pour me dire qu’elle ne pourrait me rejoindre avant une bonne demi-heure, à cause de Jean-Denis qui avait oublié de mettre les visuels pour la prochaine campagne dans les bonnes chemises et elle devait tout vérifier pour le lendemain.
– Cela ne t’embête pas chéri, m’avait-elle sussuré à l’oreille.
– Non, mon amour, absolument pas. Mais ne tarde pas trop tout de même…

Elle eut un rire de gorge qui me promit qu’elle saurait se faire pardonner. Je raccrochais, restait un instant songeur avant de commander un picpoul de pinay. J’aime assez ce petit blanc sec et frais quand il fait chaud et un peu lourd, comme ce jour-là. J’allais sortir un livre quand mon regard tomba sur une femme assise quasi en face de moi. Elle avait une cinquantaine d’année, peut-être un peu moins. Rousse, un peu ronde, elle tournait lentement le doigt autour de son verre, l’air ailleurs. Puis elle redressa la tête, sourit avec ravissement, se leva et fit mine de serrer la main de quelqu’un. Il n’y avait pourtant personne. Elle se rassit et commença son monologue d’une voix joyeuse.

– Bonjour, vous êtes Frédéric, n’est-ce pas ? Vous ressemblez beaucoup à votre photo.
– Agréablement j’espère.
– Plus jeune, vraiment ?…
– Sans doute…, vous savez,  j’ai tellement peur de ne pas plaire que je donne en fait une photo de maman dans la soixantaine. il parait que nous nous ressemblons beaucoup. Si les hommes veulent malgré tout me rencontrer, j’espère leur faire une agréable surprise. Dix ans de moins, c’est un beau cadeau du temps.

Entre chacune de ses phrases, elle laissait un blanc, semblait écouter une réponse avec attention et repartait de plus belle. Toujours attentive à l’autre, qui n’existait pas, toujours souriante. Soudain, elle éclata d’un rire gai et léger, qui cascadait, sans même se rendre compte qu’en dehors de son interlocuteur invisible, tout le monde la regardait.

– Mon Dieu, quel taquin vous faites, affirma-t-elle en reprenant son souffle. Elle replaça une mèche qui lui tombait dans l’œil, lissa ses cheveux d’une main distraite, toujours absorbée par la conversation de l’autre, qu’elle relançait de temps à autre par des petits mots : ha oui ?… Mon Dieu !… Je ne vous crois pas… D’accord… je comprends… et alors ?…

Au bout d’un quart d’heure de ce manège, elle finit par dire
– Dîner ? Oui, bonne idée, je meurs de faim. Vous connaissez un restaurant dans le quartier ? … Sinon, il y a une petite brasserie juste à côté, on y mange très bien et pour des prix tout à fait convenables… Très bien, faisons ainsi.

Elle se leva alors, défroissant sa jupe du plat de la main et se retournant pour attraper son manteau. Puis elle regarda sa montre et se rassit. Elle ouvrit son sac, en sortit un poudrier et un rouge à lèvres, retoucha son maquillage. Puis elle rangea le tout et murmura : « Ça devrait aller. »

A ce moment, un homme grand et élégant se présenta à elle. Elle sourit avec ravissement, se leva et lui serra la main. Elle se rassit et entama la conversation d’une voix joyeuse.

– Vous êtes Frédéric, n’est-ce pas ? Vous ressemblez beaucoup à votre photo.
– Et vous Mathilde, vous ne lui ressemblez pas vraiment… Je suis surpris…
– Agréablement j’espère.
– Vous êtes tellement plus jeune que sur votre phot…
– Plus jeune, vraiment ?…
– Ne vous méprenez pas, ce n’est pas une critique, bien au contraire.
– Sans doute…, vous savez, j’ai tellement peur de ne pas plaire que je donne en fait une photo de maman dans la soixantaine. Si les hommes veulent malgré tout me rencontrer, j’espère leur faire une agréable surprise. Dix ans de moins, c’est un beau cadeau du temps.

Elle enchaînait les phrases les unes après les autres exactement telles qu’elle les avait répétées, je le comprenais maintenant. Mais comment avait-elle su ? Comment avait-elle pu anticiper ainsi ? Par quelle miracle ? J’en était estomaqué.

Au bout d’un quart d’heure, elle se leva avec son compagnon, lissa sa jupe du plat de la main et se retourna pour prendre son manteau. Puis elle sortit, ne laissant derrière elle que son verre de martini vide, une rondelle d’orange et des noyaux d’olive sur une coupelle…

Ceci est ma participation au Diptyque 5.3, l’histoire de la photo de Bladsurb

mardi 18 mai 2010

La vengeance est un plat qui se mange froid

Oh c’est bon, nom de Dieu, qu’est-ce que c’est bon. Si j’avais su que cela faisait autant de bien, je n’aurais pas attendu aussi longtemps. Je suis au chômage, d’accord, mais quel pied je me suis pris, quel pied. Je me suis bien vengée.

Quel salaud quand même. Quel beau salaud. Enfin, je suis assez salope aussi, faut dire. Je l’ai bien eu. Il croyait quoi, ce gros porc, qu’il allait pouvoir me foutre dehors comme cela ? Sans que je bouge ? Je revois encore sa tête. Je me souviendrai de ça toute ma vie. Quand j’aurais besoin de me faire du bien, je repenserai à lui, à la tronche qu’il faisait. Oh je respire, je respire, il fait bon…

Il y a quinze jours, j’ai appris la nouvelle. Tu crois que c’est ce con qui me l’aurait annoncée. Ça fait deux ans que nous travaillons ensemble dans le même bureau. Que je fais partie de son équipe, que je lui écris ses textes, que je lui prépare ses cours, que je reçois ses étudiants. Voire même que je corrige les copies à sa place. En plus des miennes. Et puis l’université a décidé de supprimer des postes. Un fonctionnaire sur deux, vous connaissez la chanson. Encore plus facile quand on ne l’est pas encore, fonctionnaire. Il n’y a juste qu’à ne pas me renouveler mon contrat. Et mettre cela sur le compte de l’administration. Le pire c’est que lorsque je lui en ai parlé, il s’est presque mis à pleure : « Je n’y suis pour rien, je me suis battu pour toi tu sais, mais ils n’ont rien voulu savoir… » Tu parles. Ce qu’il ignore, c’est que la secrétaire de la présidente de la fac, c’est une amie d’enfance. Et c’est elle qui m’a appris la nouvelle. Et m’a décrit très exactement la façon dont mon patron avait défendu mon poste. En l’enfonçant gentiment, mais sûrement. Je ne suis pas indispensable.

L’infâme salaud. Quand j’y pense. Enfin, là, je suis peut-être au chômage, mais, lui, il est dans la merde.

Je me marre. C’est vrai, c’est drôle. Il a monté il y a quelques années un petit observatoire des inégalités hommes/femmes grâce à ses recherches en sociologie du genre. Au début, ce sont ses étudiants, dont je faisais partie, qui lui faisaient son secrétariat : saisie de données, gestion des fiches, courriers, agenda, etc. Et puis la structure a pris de l’importance, il lui fallait une secrétaire. N’ayant pas vraiment de statut ni de revenus, il ne pouvait bénéficier d’un emploi aidé. Alors une association, avec laquelle il travaille de temps à autres et dont il connaît le président, a fait la demande d’un contrat jeune travailleur auprès du conseil régional. Et la obtenu pour la mettre à la disposition de mon salaud. Ça fait un peu plus d’un an que dure cette petite magouille qui ne prête pas à conséquence. La jeune fille qui occupe le poste travaille réellement, dans un domaine intéressant, et comme elle est loin d’être bête, à la fin de ses deux ans, elle aura acquis suffisamment d’expérience en secrétariat et en communication pour postuler n’importe quel poste d’assistante. Alors qu’importe pour qui elle bosse vraiment.

Sauf que. Monsieur a également des ambitions politiques dans sa ville d’origine. Il est déjà conseiller général, mais là, il vise carrément la députation. Vous savez quoi, il a besoin d’un assistant là bas. Pas n’importe quel assistant, hein. Pas une petite secrétaire. Non, d’un jeune aux dents longues qui va pouvoir lui préparer le terrain. Mais il n’est pas encore élu. Alors il n’a pas les moyens de le payer. Et donc, qu’est-ce qu’il a trouvé comme idée lumineuse ? Hier, il a demandé à sa secrétaire, celle de l’emploi aidé, de démissionner, pour attribuer le contrat à son assistant. Le salopiau. Que la petite se retrouve au chômage, il n’en à rien à cirer. Elle était en larmes dans le bureau. Mais qu’est-ce que je vais faire ? Je n’ai même pas fait mes deux ans. Je n’ai même pas pu prévoir. Il m’a dit que j’avais deux jours pour lui donner ma démission.

Alors j’ai décroché mon téléphone. Et j’ai appelé son vrai patron. Le président de l’association. Et je lui ai demandé un rendez-vous, urgent. Deux heures après, j’étais dans son bureau, avec la secrétaire. Et j’ai tout déballé. Le contrat détourné bien sûr, mais aussi d’autres magouilles : les travaux des étudiants détournés, l’argent, les fausses signatures, bref, tout ce que deux ans de collaborations m’avaient appris. Evidemment, j’avais quelques preuves. On ne dégomme pas un mec connu et reconnu comme ça. Le président, d’abord estomaqué, était vert, de rage. A la fin, je lui ai demandé s’il avait besoin d’une secrétaire parce qu’en fait, il en avait une qui était très compétente et bosseuse. Il s’est tourné vers la jeune fille : « Nous sommes jeudi, vous pouvez commencer lundi ? »

Elle bichait. Mais avait un peu les pétoches d’affronter notre patron. Moi, plus rien à perdre, juste du mépris. Je lui ai promis que je serai au bureau le lendemain, au moment où elle cracherait le morceau. Je ne voulais louper ça pour rien au monde.

Ce matin, quand il est arrivé, elle était en train de ranger ses affaires dans un carton. Il lui a dit qu’elle prenait la bonne décision. Qu’il ferait en sorte de lui verser une prime pour sa compréhension de la situation. Elle ne répondait pas. Il s’est alors enhardi à lui demander s’il elle avait un autre boulot en vue. Là, elle a levé la tête. Si ses yeux avaient été des revolvers, je crois que j’aurais assisté à un meurtre. Elle s’est contenté de répondre : « Je commence à travailler lundi pour l’association. » Il a tiqué. Lui a demandé de répéter. Elle a pris ses affaires et est passée devant lui pour partir. Il lui a attrapé le bras. Elle a crié : « Ne me touchez pas ou je crie au viol ! » Il l’a lâchée, stupéfait. Elle est sortie de la pièce. Alors il s’est tourné vers moi. « Mais qu’est-ce qu’elle a cette folle ? Elle est complètement tarée de crier des choses pareilles. » J’ai souri. J’ai pris ma besace. Je me suis levée. J’ai contourné mon bureau que j’avais déjà entièrement vidé. Je me suis campée devant lui, et je lui ai raconté l’entrevue de la veille. Par le menu.

Il est devenu livide. Puis c’est mis à hurler. Il m’a traité de tous les noms : de salope, de mal baisée, d’enculée, de pute, et même de sale rouquine. Là, je me suis marrée. J’ai ouvert la porte. Mais avant de partir, je lui ai asséné le coup final. « Ah ! J’oubliais de te dire. Je crois que j’ai fais une bourde. Tu sais les photos que tu as prises avec ton étudiante de deuxième année, oui, celles prises à Eleuthera il y a deux mois. Tu vois, mais si tu vois, celles où vous êtes tous les deux en pleine action. Tu devrais protéger tes données tu sais…
- Quoi, beugla-t-il
- Eh bien, je l’ai envoyé à ta femme. Oups !

Et j’ai refermé la porte tout doucement. Je suis sortie de la fac. J’ai allumé une cigarette, j’ai rempli mes poumons d’air. Putain, c’est bon, c’est bon.

Ceci est, vous l’aurez compris, ma participation au diptyque 5.2, l’histoire de la photo. Elle m’a été inspirée par la photo de Jonas Cuénin et par une vieille histoire…

 

lundi 10 mai 2010

Fait-divers

20 minutes. Edition du lundi matin

Samedi sanglant au Palais-Royal.

Une bousculade tue trente personne dont de nombreux enfants.

Samedi 1er mai, Paris, place du Palais-Royal. C’est à une tragédie sans précédent qu’ont assisté les promeneurs du jardin du Palais-Royal. En ce samedi matin ensoleillé, les habitués de ce parc au cœur de Paris se promenaient en famille ou faisaient leur jogging. Sans que l’on sache exactement pourquoi, à une des grilles d’entrée, fermée le week-end, ont commencé à s’agglutiner nombre de touristes. D’après les dires d’un rescapé, il semblerait qu’une star du cinéma américain, connu pour ses rôle dans Roméo et Juliette et Titanic, avait été annoncée pour une séance de photos dans le jardin. Aucun des habitués du parc n’avait entendu parler de cette visite, aucun cordon de sécurité n’avait été prévu.

Toujours est-il que des visiteurs, à peine descendu de leur car, se sont postés à cette grille. Se demandant ce qui pouvait bien provoquer pareil attroupement, d’autres touristes se sont ajoutés. Puis des Parisiens en goguette. Les gens près de la grille ont commencé à être tassés. Les enfants ont été les premiers à s’inquiéter de la pression, comme en témoigne cette photo – terrible quand on sait ce qui s’est passé par la suite – prise par un photographe qui passait par là.

En fin de matinée, on comptait quelque deux cents personnes réunies là, sans qu’aucune mesure ne soit prise. Mais jusque-là, tout ce passait bien.

Et puis on ne sait pourquoi, peut-être un malaise dans la foule massée ou quelqu’un voulant se dégager, il y eut un mouvement de foule. Ceux à l’arrière, persuadés que la star américaine arrivait enfin, ont essayé de forcer le passage. Dans la bousculade, plusieurs personnes sont tombées et ont été piétinées. Des enfants ont été étouffés, jusqu’à ce que des personnes de bonne volonté arrivent à faire sauter le cadenas fixé sur les chaînes qui maintenaient les grilles fermées. Mais pour trente touristes, il était déjà malheureusement trop tard. Parmi les victimes, on compte quinze Hongrois, dont c’était le premier voyage en France, un couple de Bergeracois et un de leurs enfants. Le rescapé, âgé de 4 ans, a été retrouvé sain et sauf par miracle. Il a été remis à ses grand-parents dans la journée de dimanche. Les douze autres victimes sont toutes originaires de la région parisienne.

Le président Sarkozy s’est déplacé sur les lieux du drame, ainsi que le maire de Paris, Bertrand Delanoe. Les dépouilles des victimes ont été entreposées dans une église proche de l’accident. Après l’enquête préliminaire, elles seront rendues à leur famille et rapatriées dans leur pays respectif. Une cellule de psychologues a été mise en place pour les survivants et les familles.

Leonardo DiCaprio, en voyage en Italie au moment des faits, s’est dit troublé et profondément chagriné par la tragédie et a adressé ses condoléances à la totalité des familles endeuillées.

L. C. (texte) H. L.-B. (photo)

Le Petit Périgourdin. Ed. Lundi après-midi

Une famille de Bergeracois disparaît dans la tragédie du Palais-Royal

Paul et Marie Vergnaud, commerçants à Bergerac, étaient montés à la capitale pour le mariage de Cécile Vergnaud, la propre sœur de Paul. Le mariage civil ayant été célébré la veille à la mairie de Créteil, la cérémonie religieuse ne devant avoir lieu que le lendemain, la famille Vergnaud décidait de faire visiter les monuments de la capitale à leurs enfants, Léa, 10 ans, et Kévin, 4 ans. Mais c’est la mort que cette famille bien connue des Bergeracois, a trouvé sur son chemin. Ils ont été pris dans la bousculade qui a provoqué le décès d’une trentaine de personnes samedi matin, au Palais-Royal.

D’après le quotidien parisien 20 minutes, il semble qu’une star américaine ait été annoncée dans les jardins du célèbre palais. Une foule d’environ deux cents personnes s’est agglutinée-là pendant deux bonnes heures, tentant d’apercevoir ce qui n’était qu’un fantasme. Jusqu’à ce qu’une bousculade provoque chutes et étouffement. De nombreux enfants ont trouvé la mort (on parle d’une dizaine). Dont la petite Léa dont on aperçoit la mine inquiète saisit par un photographe de passage juste avant la tragédie. C’est la dernière image de Léa de son vivant.

Kévin a, lui, été retrouvé indemne près du corps sans vie de sa maman. L’enfant, en pleurs et profondément choqué, a été d’abord transporté à l’hôpital puis dans un foyer où il a retrouvé ses grands-parents montés eux aussi pour la noce. Noce endeuillée par la tragédie.

Le président Sarkozy a envoyé un message de condoléances à la famille qui a été reçue par le maire de Paris, Bertrand Delanoe. Une messe sera célébrée en mémoire de Pierre, Marie et Léa Vergnaud jeudi 6 mai, dans l’église Saint-Jacques, à 10 heures.

Mariane, la semaine suivante

Polémique autour d’une bousculade

Samedi 1er mai, près des jardins du Palais Royal, un attroupement a provoqué la mort d’une trentaine de personnes, dont une quinzaine de ressortissants étrangers. Parmi les victimes, on comptait de nombreux enfants. Hier matin, Nicolas Demorand interrogeait le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, sur les circonstances pour le moins étranges de la tragédie. On attribue la raison de l’attroupement à un twitt émanant du cabinet du ministère à destination de nombreux journalistes annonçant une prétendue séance de photos du ministre et de l’acteur américain, Leonardo DiCaprio. Séance qui était censée se tenir dans les jardins du Palais-Royal. Frédéric Mitterrand, très énervé par ces accusations qu’il a qualifié d’odieuses, a nié toute implication dans cette malencontreuse affaire. Après avoir assuré les victimes de ses sincères condoléances, il a ajouté qu’il ne comprenait pas que le maire de Paris n’ai pas pris de mesures pour empêcher ce genre de mouvement de foule une fois prévenu de l’attroupement.

Bertrand Delanoe a vertement réagi au journal de 13 heures. Pour lui, la préfecture de police, bien trop occupée à préparer son dispositif en vue des manifestations de l’après-midi, a négligé les appels la prévenant de ce qui se passait au Palais-Royal et ne s’est décidée à envoyer des renforts sur place que lorsqu’il était trop tard. Il a regretté que la logique sécuritaire du ministère de l’Intérieur l’ai poussé à négliger la sécurité de touristes venus confiant dans la capitale visiter ses monuments.

Brice Hortefeux n’a pas manqué de réagir au journal de 20-heures, sur TF1, en mettant en cause des agitateurs de l’ultra gauche – il reprenait en cela les propres termes de Michèle Alliot Marie – montés à Paris pour le 1er mai et désireux de saper l’autorité de la République. Il s’est prononcé pour la suppression des manifestations du 1er mai et dit réfléchir à un projet de loi dans ce sens.

En annonçant cela, le ministre a réussi là où la crise à échoué : l’ensemble des syndicats français se sont réunit et on annoncé une grande manifestation unitaire le 27 mai prochain.

Les touristes sont prévenus qu’il ne fera pas bon s’attrouper ce jour-là à Paris.

Ceci est ma participation au diptyque 5, session 1, l’histoire de la photo. Le cliché en question a été pris par Hughes Léglise-Bataille et évidemment les gens sur la photo sont tous vivants, en tout cas, ils n’ont pas disparu au Palais-Royal. Merci à Hughes pour le prêt de cette étonnante photo.

dimanche 2 novembre 2008

Le sentier des chemins qui bifurquent

La vie est un chemin souvent difficile et escarpé, mais en même temps tout tracé.

Et celui-ci est un peu à l'image de notre vie, ces dix derniers mois.

chemin_laure.jpg

En bas le calme de la plaine. Nous y arriverons bientôt...

Cette photo est ma participation au Diptyque 4.5, version l'illustration du texte de Lyjazz

''Les chemins sont choisis et de toutes les manières liés puisqu'un chemin mène à l'autre.

Si nous les choisissons ils seront notre et nous pourrons les prendre bras dessus bras dessous pour deviser de concert, de conserve, de recettes, de sorcières, et autres, et plus si affinités ....

Mais je m'égare.

Vite, sortons la boussole, la carte, le GPS pour être modernes (et surtout fichés), c'est pour ça que je reste fidèle à la bonne vieille et belle carte IGN, lisible, relisible, montrable, explicable, sur laquelle je passais des heures à me repérer, à me réparer, à lire et prononcer les noms de villes et de villages, de lieux dits, pour oublier les non-dits et me perdre dans les noms.''


La photo a été prise en Corse, dans la vallée de la Restonica

lundi 20 octobre 2008

Ont participé à la session 4 de la quatrième saison du Diptyque (ouf)

Et je les en remercie, parce que ce n'était pas facile.
Surtout 1. l'histoire de la photo.

4.4.jpg

C'était une photo de Bladsurb, bien dans son style, avec des humains qui tiennent plus du paysage que des hommes. Elle a en a rebuté quelques uns, mais a décuplé l'imagination d'autres… Et puis le fait que je sois complètement dans les choux et que je n'ai pas pu respecter les délais a permis à quelques retardataires, tout autant dans les choux que moi (c'est bon de ne pas se sentir toute seule...), de pouvoir participer quand même. Ce qui donne.

Rendez-vous, par Gilsoub
Prêts, par Benjamin
Racontars, par Mme Alfred
Le fils de Rond de Serviette, par Samantdi
Ligne 85, par Oxgène
CPHT, par Pablo
Point de vue, par Marie
Attente, par Bladsurb
Bus stop, par Akynou
Les sans visage, par Lyjazz
Flashback, par Kimanier
La grève, par Laure.
C'ETAIT POURTANT FACILE, par K
Regard, par Anna
10/11-9h05, par Meilo
Arrêt sur image, par Andrem


2. Illustrer le texte.

Alors, bien sûr, il ne fallait pas illustrer à la lettre le texte de Fennelin :

- Des timbres, j’ai repris le virus du grand-père. Enfin, pour l’instant la moitié des timbres se trouvent encore chez mes parents.
- Les livres. Certains auteurs en fait (Douglas Adams, Neil Gaiman, Anne McCaffrey, Feist…). Surtout de la Fantasy donc. Je couvre quelques morceaux de murs avec.
- Les jeux. Une armoire complète à ce jour. Va falloir un autre meuble bientôt.
- Les vieux jeux de rôle. Quelques étagères de matériel près à jouer pendant de longues heures. Plein de papier pour attirer la poussière…
- Les films, séries, figurines… de PatLabor. Mon côté manga.
- Les souvenirs de voyages de mes potes… J’ai même, comble du mauvais goût, une tasse avec Sadam Hussein en photo.
- Des cartes de jeux à collectionner (Legend of the five rings, Horus heresy…)
- Les problèmes de santé. Ce qui donne une quantité non négligeable de radios, compte-rendus et autres documents à conserver…
- Les films de Miyazaki. En DVD bien sûr maintenant que j’en ai les moyens.



mais plutôt s'en inspirer pour illustrer le thème des collections. Ceux qui ont levé le voile sur leur(s) passion(s) coupable(s) (j'adore l'expression) sont les suivants :

Mes collections inutiles, par Akynou
Collection(s) de rien, par Madame Alfred
Ma collection de cartes à jouer a continué d’augmenter…, par Pablo
Faire des photos, par Lyjazz
Collection de disques, par Bladsurb
Des marins, un pirate et une étoile de mer, par Marie
Trois solutions, par Laure
Histoire de collection, par Leeloolène
Collections, par Joël

J'espère n'avoir oublié personne. N'hésitez pas à me sonner les cloches dans le cas contraire

dimanche 19 octobre 2008

Sur les chemins de la session 5

Cinquième semaine de la cinquième saison. Je posterai le récapitulatif de la session 4 un peu plus tard. Et pour cette dernière session, toujours le même le principe :
- il faut lire le passage d'un blog et trouver une photo qui va (le mieux est de prendre une photo exprès, mais vous pouvez proposer une image plus ancienne, si elle vous paraît convenir) ;
- et/ou regarder une photo que je vous propose et en raconter l'histoire…
Les règles et le mode d'emploi sont là.

Lire la suite »

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Générateur de miniatures