Septembre, la rentrée. Nous avons tous repris le chemin du travail avec plus ou moins de bonheur. Il est de bon ton d’être motivé, de prendre de bonnes résolutions. Oui, mais… si ce n’était pas si simple. Si un arrière-goût de vacances nous donnait une vague idée de tout envoyer promener.

Il y en a un (il n’est sans doute pas le seul, mais c’est de celui-là que je veux parler) qui a décidé de prendre les chemins de traverse. Zoé Varier, présentant le numéro de « Nous autres » qu’elle a réalisé à son sujet le présentait ainsi :

« Ne l’embauchez surtout pas, il n’est pas dynamique, il n’a pas envie de réussir, il n’est pas ambitieux. En plus il ne désire pas faire carrière. Au contraire.

C’est un doux dingue, un drôle de zozo, un artiste, ce gars là. Depuis 8 ans il joue à un drôle de petit jeu. Un jeu de massacre, jubilatoire et féroce. Et peut-être pas si drôle que ça à la fin.

Fatigué d’écrire de lettres de motivation pour trouver du travail qu’on lui refusait à chaque fois, Julien Prévieux a décidé de se venger. Il s’est mis à refuser tous les emplois. Finie l’hypocrisie de la lettre de motivation, finis les contorsions pour être conforme au poste et avoir le profil, finis les mensonges, Julien Prévieux a décidé de renverser le jeu, il répond aux offres d’emplois des lettres de non-motivation.

Il s’amuse, il refuse, les salaires trop bas, les horaires décalés, le travail de nuit, les slogans ineptes des entreprises, on rit beaucoup, on rit jaune. Il s’invente des personnages, toujours francs du collier qui écrivent ce qu’ils pensent, inadaptés à la langue et aux exigences de l’entreprise. Julien Prévieux s’invente des vies, on éclate de rire, il se déguise et ça révèle l’absurdité de ce jeu de dupes.

Depuis 8 ans Julien Prévieux a écrit plus de 1000 lettres de non-motivation, dans chacune d’elles il multiplie les arguments de son refus, et l’accumulation dessine en creux une vraie critique de l’organisation du travail et de sa violence. »

Voilà, le jeu c’est cela : écrire une lettre de non motivation à une entreprise pour qu’elle ne vous embauche pas. Une douce vengeance, une sorte de travail buissonnier. Mais il faut que ce soit une vraie lettre (même si elle ne sera jamais envoyée), qui propose de vrais arguments. Il vous faudra vous renseigner un minimum sur l’entreprise, le poste auquel vous n’allez pas candidater. Je vous avais demandé le nom d’une entreprises. Si vous y avez pensé, c’est que, forcément, d’une certaine manière, cette entreprise-là vous titille. Mais ne vous sentez pas obligés si cela vous paraît trop difficile. Vous pouvez changer, c’était une sorte de teasing, pour vous apâter.

Vous pouvez aussi traquer la proposition d’emploi publiée dans la presse pour vous inspirer. Vous pouvez aussi, si une entreprise particulière vous démange mais que vous êtes trop proche d’elle, lui donner un autre nom. Juste, vous me le précisez.

Parce qu’il faut donner une date butoir, vous avez jusqu’au 20 septembre. Mais bon, vous n’êtes pas mes étudiants, je ne serai pas à cheval sur la date. Les lettres seront publiées dans ma salle de jeux.

Julien Prévieux a publié un livre qui est consultable en ligne gratuitement.