Ce jour là, j’ai emmené les filles au Pal, ce supplice qui commence si bien et qui finit si mal. Pour les parents. Ce zoo/parc d’attractions, où se côtoient dans la même immense enceinte, animaux de toute sorte et gigantesques manèges est le paradis des enfants et des ados. Pas celui des parents qui s’imaginent passer une journée pépère avec des gamins bien occupés, mais finissent sur les rotules de leur avoir couru après.
L’entrée est gratuite pour les moins de 1 mètre. Ce qui est assez logique si l’on sait qu’ils n’ont droit à quasi aucune attraction. Elle est de 17 euros pour les moins de 10 ans et de 20 euros pour tous les autres. Soixante dix-sept euros, dons, pour ma famille, ce qui fait mal au porte-monnaie. Mais vu la journée, ce n’est pas cher payé.
Première surprise, même tôt le matin, même la grande majorité des vacanciers repartie au boulot, il y a foule. Mais nous avons eu de la chance. D’abord, nous ne sommes pas arrivés par la même route que tout le monde. Du coup, la jeune femme qui faisait la circulation m’a fait passer rapidement l’entrée du parc. J’ai garé la voiture dans l’immense parking pas très loin de la sortie (pour éviter les embouteillages de fin de journée) et nous nous sommes dirigées vers les caisses, devant lesquelles les queues étaient impressionnantes. Dans ces cas-là, je me dirige toujours vers celle qui est le plus au fond. C’est là qu’il y a le moins de monde. et puis, une nouvelle caisse s’est ouverte juste à côté, je m’y suis précipitée. En moins d’un quart d’heure, nous étions dans la place.
Première attraction réclamée par les filles, King Kong. Il s’agit d’un énorme automate qui se saisit d’un wagon a bord duquel nous avons pris place, le soulève de terre et le secoue dans tous les sens en roulant de gros yeux qui passent par toutes les couleurs. Drôle, un peu ridicule et pas flippant pour un sou même pour ceux qui, comme moi, souffrent de vertige. King Kong nous a reposé tranquillement et nous sommes reparties vers une nouvelle aventure.
Celle-ci, dès le premier regard, je ne la sentais pas. Le disque du soleil est une espèce de grand cercle (d’où son nom) sur le bord duquel sont installés des sièges, les passagers s’installant face à l’extérieur. Le disque, tout en tournant sur lui-même à une allure que j’ai jugée assez vive, se déplace le long d’un toboggan qui fait comme une grosse vague. Pas très chaude j’étais à l’idée de monter là dessus. C’était sans compter sur l’enthousiasme délirant des mominettes qui m’ont entraînée quasi de force. J’exagère pas du tout. En même temps, comme je suis une maman courageuse, j’ai pris sur moi et j’y ai été, à reculons certes, mais j’y ai été.
En faisant la queue, j’ai eu le temps d’observer les personnes qui m’avaient précédée : ça hurlait, ça rigolait, ça faisait des mimiques et des grimaces, mais c’était plutôt bon enfant. Une petite minorité, en général des hommes, jouait les blasés. Et ceux-là se divisaient en deux camps : ceux qui se la pêtaient grave et ceux qui, visiblement, auraient préféré être ailleurs. En tout état de cause, cela avait l’air supportable.
Dans notre groupe, ceux qui, totalement malades de vertiges, n’ont quasi pas ouvert les yeux mais ont hurlé comme des dingues se comptaient sur les doigts d’une seule main : Garance et moi. Ce qui est assez peu si on compte le nombre de personne par passage. Mais il faut aussi tenir compte du fait que les vertigopathes normalement constitués restent à terre, eux…
Pour ma part, si je subodorais que j’allais passer un sale quart d’heure, Garance, elle, avait totalement oublié son vertige. D’abord parce qu’elle le masque grâce à sa volonté de fer quand elle fait de l’escalade ou de l’accrobranche. Ensuite parce que nous n’avons pas beaucoup d’occasion de l’éprouver.
Donc nous nous sommes installés et le manège a commencé à tourner. Dès que nous avons passé la vague, j’ai fermé les yeux, serré les dents, les fesses, mes mains sur le guidon du siège et prié (oui, je l’avoue) pour que cela s’arrête vite. Et puis j’ai pris conscience que, sur ma gauche, ça allait encore moins bien. Léone a crié : « Garance tombe ! » Il m’a fallu de longues secondes et un courage surhumain pour arriver à ouvrir les yeux et à jeter un coup d’œil à ma nichée. Lou et Léone s’amusaient comme des folles. Mais Garance était accrochée comme une naufragée à son siège. Les yeux clos, elle hurlait de terreur. Ça m’a fait mal, d’autant que je ne pouvais rien faire. La jeune femme qui s’occupait de la machinerie a repéré la panique de ma fille et ne l’a pas quittée des yeux. J’ai vu, à son regard, qu’elle était prête à tout arrêter si cela tournait mal. Jusqu’à la fin, elle surveillera la petite. C’était presque rassurant.
J’ai trouvé le supplice interminable. Je déteste ce genre de sensation. Tout va tellement vite et dure si longtemps.
Pendant presque toute la course, je n’ouvrais les yeux que lorsque nous montions et que je pouvais regarder en l’air. Je n’ai pas hurlé, mais j’ai senti que les cris n’étaient pas loin. Cela m’aurait sans doute aidé, mais je me suis retenue à cause des filles. Les gémissements de Garance me donnaient envie de pleurer. Je la regardais, son visage était baigné de larmes. Sa détresse m’empêchait de penser à la mienne, ce qui aurait pu paraître une bonne chose, mais ne l’était pas tant je souffrais de mon incapacité à lui venir en aide.
Et ça durait, et ça durait. En réalité, à peine cinq minutes, mais ces minutes là m’ont paru interminables. La machine s’est enfin arrêtée et j’ai pu aller consoler Garance. J’ai oublié de remercier la jeune femme du manège, qui avait un joli minois. Sa réaction et sa façon de regarder ma fille m’ont pourtant beaucoup aidée.
La grande et la petite étaient, elles, aux anges.
(à suivre…)