Racontars

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Mot-clé - justice

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lundi 23 mai 2011

Un ciel sans nuage

J’étais assise dans la salle des pas perdus du Palais de justice de Paris. Et je me disais que j’aimais beaucoup cet endroit. Que c’était dommage que je n’y aille que pour des choses désagréables. A ce moment-là, il faisait bon, des rayons de soleil jouaient à la marelle sur le sol. Des hommes et des femmes, plus ou moins pressés, perdaient leurs pas. Un jeune enfant courait en babillant. L’atmosphère était feutrée, calme. Et moi aussi, j’étais calme. Je me disais que, quand même, j’avais de la chance de n’avoir à régler mes problèmes désagréables que dans un endroit aussi beau et aussi majestueux. J’avais mon appareil photo avec moi, mais j’ai eu la flemme de me lever. J’étais bien trop occupée à regarder les gens passer.

Je m’amusais à deviner qui, des femmes qui traversaient ce lieu, était avocate et qui ne l’était pas. Il ne faut pas croire. Sans leurs robes noires, ce n’est pas si facile. Il y en a pour tous les goûts, de l’étudiante attardée, cheveux lâchés et sandalettes de none à la grande bourgeoise posée sur hauts talons. En fait, ce n’est pas très difficile car il y a une chose qui trompe rarement : le nombre de sacs que ces femmes portent à l’épaule. De la plus classique à la plus souillon, en passant par la mère de famille fatiguée et l’originale tendance pas dangereuse mais bien fofolle, elles ont toutes au moins deux grandes besaces et parfois, en plus, une serviette. La robe de leur condition est tassée dans l’un d’eux.

Le petit jeu était amusant car j’avais la solution pratiquement dans l’instant. La salle des pas perdus est en effet un endroit de métamorphose, celui où l’on s’enveloppe dans cette grande cape noire, tout juste sortie de sa cachette, à peine froissée. J’aurais bien essayé d’en toucher le tissu pour connaître le secret de ces plis impeccables.

En attendant, la mienne, d’avocate, se faisait attendre. Elle m’avait donné rendez-vous à 13 h 15 pour l’audience de 14 heures. J’étais arrivée un petit peu en avance. Et le temps passant, j’étais de moins en moins calme. Il n’y avait aucun enjeu réel. Le dossier était bouclé. Il suffisait éventuellement de le déposer. Mais elle tenait à ce que je sois là, même si je n’entrais pas dans la salle du tribunal d’appel, pour montrer que j’étais concernée par mon affaire. J’étais venue de province pour cela.

A 14 heures, je touchais le fond de l’angoisse et du stress quand apparut, comme par magie, son collaborateur. Elle, était déjà en place. Nous n’avions qu’à la rejoindre. J’ai emprunté, une fois de plus, les couloirs sinueux du palais de justice, suivant dans ce labyrinthe mon guide, découvrant des passages que j’ignorais. Nous sommes passés devant la chambre ou se jugeait l’affaire Colonna. A moins que ce ne fut celle de Clearstream. Les journalistes se pressaient mollement. Pas une grande journée de révélation ni de témoignage semble-t-il.

Et puis nous sommes arrivés dans un couloir surchargé, sur lesquelles s’ouvraient des portes ornées de hublots par lesquels j’entrevoyais des hommes et des femmes en robe. Pas ou peu de civils. Ceux-ci faisaient, comme moi, antichambre. Mon affaire devait être la huitième de l’après-midi. Mon avocate ayant un train à prendre avait l’intention de faire accélérer la cadence.

L’avocat du père de mes enfants n’a pas daigné se déplacer. Il a fait déposer le dossier par un de ses stagiaires. Qui n’a même pas attendu que l’on passe pour repartir tout pressé. Tant mieux. Je déteste cet homme, sa vulgarité et ses mensonges éhontés. Cette façon qu’il a de tout faire pour m’humilier. Mon avocate est entrée dans l’arène après m’avoir expliqué comment cela allait se passer. Et l’attente à commencé. Courte, parce que son collaborateur me faisait la discussion. Et parce qu’elle est arrivée à ses fins en passant en quatrième position. Elle a plaidé un peu plus longtemps que prévu, sans être interrompue par les trois magistrates à la mine revêche. Ce qui est remarquable car en général, la plaidoirie est coupée avant la fin du temps écoulé. Puis elle est ressortie. Elle m’a résumé ses propos. Nous avions vu cela ensemble et j’ai trouvé que c’était assez proche de ma vérité. Elle a parlé des violences sur les enfants et a lu un extrait du rapport de l’AEMO dont le souvenir me hante encore. Il a fait son effet, semble-t-il.

Je suis repartie toute seule, dans le soleil de l’après-midi. J’ai traversé le boulevard et me suis offert une glace de chez Bertillon. Puis je suis partie vers la gare Montparnasse, à pied. Guère envie de prendre le métro. J’ai traversé a place Saint-Michel, emprunté la rue Saint-André-des-Arts, remettant mes pas dans ceux de l’étudiante que j’étais il y a…, bien avant tout ce fatras d’histoires gâchées, entremêlées. Ces rues, je n’y avait pas remis les pieds depuis une bonne vingtaine d’années. Tout a changé, bien sûr. La librairie catalane a disparu, ainsi que le vendeur de frippes chez qui je m’achalandais avant que le vintage ne devienne à la mode. La rue de Buci continue de se ressembler, même si la maison des étudiants de l’ENA les a suivi dans une autre ville.

Arrivée place Saint-Suplice (Sulpice, bien sûr), j’ai eu comme un coup de fatigue. J’ai pris le bus. J’ai changé mon billet de train pour rentrer plus tôt. Je voulais juste être avec mes enfants dans les bras. Dans le TGV, je regardais par la fenêtre. Sur la campagne verte, le ciel était bleu pur. Un ciel sans nuage.

lundi 23 août 2010

De l'injustice et de la sécurité

Je viens de lire la longue lettre adressée au garde des Sceaux par Jean de Maillard, ancien président du tribunal correctionnel d’Orléans qui vient d’être démis de ses fonctions. Cette lettre est à lire sur le site de Rue89 car elle est met en lumière de façon très claire la déchéance de notre justice.

De cette longue lettre, j’ai retenu un passage qui fait écho à un de mes billets écrit au début de mes vacances, L’été en pente douce amère 2

Car ce que l’on me reproche, qui rend insupportable ma présence dans un tribunal correctionnel et justifie de m’entendre dire que je porte tort à l’image de la justice, c’est de résister au dévoiement d’une justice d’abattage, où les juges du siège sont pris en otage d’une politique pénale -si tant est qu’il y ait chez ceux qui en sont chargés une vision claire de ce qu’ils recherchent- qui n’a plus pour horizon que d’assurer un rendement statistique maximal en sacrifiant aux modes passagères ou aux exigences de la communication gouvernementale.

Peu importe ce qu’on juge, peu importe comment on le fait encore, peu importe même ce que deviendra la décision prononcée : le seul mot d’ordre qui tienne encore est « réponse à la délinquance », selon les inquiétudes et les urgences de l’actualité ou des faits divers.

Mais qui trop embrasse, mal étreint ! On nous demande de remplir les prisons de récidivistes, mais qui sont les récidivistes ? Les voyous qui savent passer entre les mailles du filet mal rapiécé des forces de l’ordre et de la justice ?

Que non : bien plus souvent les malheureux écrasés par une vie sans autre espoir que de toucher leur RSA en fin de mois et qui, de beuveries en bagarres sordides, échouent dans les salles de garde à vue qui servent d’antichambre à une cellule pénitentiaire à peine moins crasseuse.

Juger n’est plus l’objectif de l’institution judiciaire

Et qu’en fait-on quand on les y a envoyés, après une enquête vite faite où leurs 48 heures de garde à vue constituent l’essentiel de la procédure ? On leur met un bracelet électronique car les maisons d’arrêt regorgent de leurs semblables et qu’il faut faire de la place pour les suivants.

Je suis contraint de vous contredire, madame le Ministre : les parquets ont été repris en mains, avant d’ailleurs que vous n’arriviez vous-même place Vendôme, et je dois même dire que vous avez hérité d’une justice sinistrée où juger n’est plus l’objectif de l’institution judiciaire.

Le centre de gravité de la justice s’est déplacé des salles d’audience vers les parquets, transformés en gare de triage des malfaisants et des pauvres hères, tous confondus et sans distinction. Les instructions que doivent appliquer les représentants du ministère public leur enjoignent de donner une réponse pénale à tout comportement délinquant.

Bref, notre justice va mal, notre école va mal, la santé va mal… Le pays va mal, le pays va mal, va mal, va mal…


lundi 13 juillet 2009

Parisienne, tête de chienne

Nous sommes arrivées à Paris hier. Après un détour par Chartres.La SNCF n’assure plus la liaison entre Chateaudun et Paris. Il faut prendre le bus jusqu’à Chartres (une heure), attendre la correspondance en train pour Paris (une autre heure, il aurait été trop simple de coordonner les deux), et faire la fin du voyage en Ter (encore une heure). Nous avons trouvé plus simple que ma mère nous amène jusqu’à Chartres en voiture (une demi heure). Le Nôm était en retard. Les filles sur les dents et moi, j’essayais de rester zen. Nous avons pris le métro ensemble puisque nous allions dans la même  direction. Le  Nôm s’est renfrogné quand il a compris que je partais de mon côté et que je ne l’accompagnais pas jusqu’à la maison. Mais je préférais pas. C’était déjà assez difficile comme ça. 

Normalement,les filles ne peuvent rester chez lui s’il n’y a pas de tiers. Ma belle-mère est chez lui pour le mois. Elle fait un très bon tiers. Chouette, j’ai une semaine à Paris sans enfants.

En théorie. La pratique est une autre paire de manche. J’ai un peu l’impression d’être amputée et l’angoisse des petites me colle à la peau. Pourtant je suis sure que ça va bien se passer. Au pire, elles vont s’emmerder parce que les distractions seront rares et surtout centrées sur l’appartement. Au mieux, il se sera débrouillé pour leur rendre la semaine agréable et elles en redemanderont.

Mais on va faire avec. Ce matin,je me suis levée tard.Il fait beau sur la ville. Je suis descendue dans cette rue que je connais pourtant bien,qui n’est pas la mienne mais celle d’une amie. Avec le soleil, la solitude, je me suis sentie pour la première fois touriste dans ma ville. Sensation rare, amusante. 

Au programme aujourd’hui, pas grand chose. Une ballade, des photos peut-être, et un dîner avec une amie. Et puis une intense réflexion sur moi. Apprendre à me dire que je peux exister sans mes filles, que je peux aussi m’occuper de ma petite personne, perdre un peu de poids (je n’ai pas besoin de surpoids pour peser dans la vie de ceux qui m’entourent), réapprendre à sourire., à vivre sans un fond d’angoisse et dans une grande fatigue…

Dans la semaine, la Cité des sciences et son expo sur l’image, la librairie Karthala pour quelques bouquins sur la sociologie des médias à potasser pendant l’été. Dont ceux de Rémy Rieffel. Du cinéma aussi, j’aimerais bien. D’autres expos au fur et à mesure de mes envies et quelques déjeuner/dîner avec les amis qui ne seront pas partis en vacances (et qui ne sont pas très nombreux). Si vous avez des idées, j’ai tout mon temps jusqu’à dimanche prochain

Pendant tout le temps du week-end, j’ai été privée d’Internet, de radio et de télé, d’informations quoi, étant chez ma mère. Chez ma mère, je roupille, je récupère. C’est le seul endroit où je me sens suffissemment en sécurité pour me laisser aller à dormir tout mon saoul. Ce qui fait qu’elle est assez frustrée. Donc le soir, je ne regarde pas les infos, je lui fais la conversation et je profite de ses repas. Tout cela pour dire que les suites du résultat du procès du gang des barbares m’est passé par dessus la tête.Alors écoutant les infos aujourd’hui, les bras m’en sont tombés.

Que la famille des victimes trouve que les peines infligées aux inculpées soient trop légère, à cela rien d’étonnant. C’est le cas à chaque procès criminel. Mais que cette contestation atteigne cette proportion, voilà qui l’est moins, et je trouve ça déplacé. Le meurtre d’Ilan Halimi par la bande de Fofana était particulièrement abject, mais la justice est passée. Mais que la Garde des Sceaux demande au parquet de faire appel de toutes les peines qui sont inférieures à celles demandées par l’avocat général, voilà qui me sidère. Et qui porte, pour moi, gravement atteinte à la justice. A quoi sert la cour d’assise, a quoi servent les jurés, la plaidoirie des avocats, qui intervient toujours après le réquisitoire de l’avocat général justement pour contre balancer ses propos si on refait le procès à chaque fois que le verdict n’est pas conforme. Alors quoi, on aurait refait le procès de Patrick Henri ? Celui de Bertrand Cantat ? Et celui de tant d’autres ? Je doutais, avec la nomination de Mam, que nous ayons gagné au changement de ministre. Je ne doute plus et je me demande dans quelle mesure nous ne serons pas bientôt conviés à l’enterrement des droits de la défense. 

Le clavier que j’emprunte est déconnant. La barre des espaces fonctionne quand elle a le temps. C’est pénible. Mon blog risque d’en pâtir dans les jours qui viennent.

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