Voici les corrections qu’il fallait trouver au texte sur l’écriture journalistique. Vous les aviez quasi toutes trouvées. Comme quoi, à plusieurs, on est plus intelligent que tout seul.

C’est entendu, l’écriture journalistique a ses règles qu’on se doit de connaître quand on rentre dans une école de journalisme. [Quand on entre bien sûr. Rentrer implique une idée de revenir. Et c’est une faute qui revient très souvent dans la prose de mes confrères et consœurs, également à la télé et dans les copies des étudiants.] Mais elles ne doivent pas annihiler tout style sous peine de rendre un texte indigeste.

Ainsi, contrairement à ce qui est communément affirmé, on ne jette pas aux orties les temps du passé. Mais quand on propose aux étudiants d’écrire un texte au passé (passé simple, passé composé, imparfait, plus-que-parfait…), s’en suivent des réflexions outrées [s’ensuivent, en un seul mot. Faute également très courante.] on ne peut pas, s’offusquent-ils, écrire un papier au passé ! Eh bien si, on peut, et même parfois on doit. Ne serait-ce que pour éviter d’impossibles présents comme celui trouvé dans un magazine de voyage : « Nous découvrons le navire la semaine précédente, dans le port de Saïgon. » [Vu par Anne, on doit bien écrire Saigon. Beaucoup de candidats m’ont réécrit la phrase fautive citée en exemple, du coup le texte n’avais plus de sensIl en avait encore moins quand ils ajoutaient des fautes.]

Si elle méprise le passé, la presse use et abuse de l’euphémisme. On ne parle plus de femme de ménage, mais de technicienne de surface, de chômeur mais de demandeur d’emploi. Pourtant, il convient de le traquer sans merci si l’on veut éviter bien des avatars. [Mésaventures est correct. L’avatar est une métamorphose, jamais un accident ni une aventure.]

Le « Et » en début de phrase peut être magnifique et excessivement efficace. [Celle-ci est bien passée dans le langage courant. La preuve, aucun d’entre vous ne l’a trouvée (mais quelques candidats si). Comment peut-on être efficace à l’excès ? C’est typique des abus de langage et de la langue molle des journalistes. “Extrêmement efficace” conviendra mieux.] Mais pas tout le temps. A être trop souvent employé, le voilà bien usé. Ce qui produit « à peu de frais, un style archaïco-biblique aux effets solides et un peu vulgaires… », comme le dénonce Michel Volkovitch dans Verbier. « Et » est avant tout un terme de liaison et doit le rester. D’autre part, il ne faut pas abuser des conjonctions de coordination. Celles-ci sont, la plupart du temps, un cache-misère. Leur omission allègera et musclera une écriture mollassonne. [On ne peut avoir “d’autre part” si on n’a pas d’abord “d’une part”. Un grand classique. Que quasi aucun candidat n’a trouvé. Donc “Par ailleurs” va bien. Il y en a d’autres, bien sûr.]

On nous en rabat les oreilles [on nous en rebat les oreilles bien sûr. Rabattre signifie rabaisser, diminuer. Comme dit Andrem, il n’y a qu’aux éléphants qu’on peut rabattre les oreilles.] « On est con ». Sans vouloir être aussi sévère, force est de constater qu’il faut apprivoiser ce pronom personnel car il est utilisé à tort et à travers. L’écriture en devient toute relâchée, voire un peu veule. Le « on » est toutefois parfait, voire irremplaçable pour permettre l’identification du lecteur. Mais il ne doit ni remplacer ni se mélanger au “nous”. Impersonnel il est, impersonnel il se doit de rester. [J’avais oublié les guillemets…]

Dédaigner la ponctuation – si naturelle dit-on – est un chausse-trappe dans lequeltombe de nombreux apprentis journalistes. [Alors c’est une chausse-trappe, logique puisque, au départ, c’est d’une trappe qu’il s’agit. Donc dans laquelle. Il y a un candidat qui a proposé de remplacer chausse-trappe par chausse-pied. Je me demande comment il se représentait la chose :-) Et puis ce sont les journalistes qui tombent. La faute la plus évidente et la plus trouvée lors de l’examen, mais pas par tout le monde…]

Le point d’exclamation, par exemple, remplace pour certains les émoticons et l’on prête aux points de suspension des vertus qu’il n’ont pas. Quant au point virgule, est-ce un sous-point ? une supervirgule ? On l’adore et on l’arbore. Savoir s’en saisir est signe d’une réelle maîtrise de l’écriture.
[Point-virgule, c’est mieux. Et on l’abhorre, on le déteste. On ne le porte pas en sautoir. Ce n’est pas une décoration.]

Est-ce que de savoir ce qu’est un adynaton, une hypallage et autre anaphore affine et muscle la plume du journaliste ? [Ni l’adynaton ni l’hypallage ne sont des anaphores, mais cette construction fautive est, elle, très répandue. Tellement répandue et ancrée que lorsque je la corrige à mes étudiants, ils continuent de faire la faute. On aurait dû écrire un adynaton, une hypallage et autre figure de style. Ou autres figures de styles, les deux sont corrects, le singulier ayant souvent le sens du pluriel dans ce type de construction en français.]

Sans doute non ! C’est cependant un acquit important. [Acquis, bien sûr. L’acquit est la quittance d’un paiement, l’acquis, le savoir, l’expérience.] et il n’est pas aberrant, pour un professionnel de l’écriture, d’en connaître les ressources et les secrets, même si, comme le bon M. Jourdain sa prose, il pratique l’épanelepse [épanalepse, merci Anne encore.] ou le chiasme depuis sa première rédaction. Une façon aussi de démystifier [Démythifier (détruire un mythe) ; démystifier c’est détromper la victime d’une mystification.] ces figures et tournures apparemment si compliquées. Et de se régaler des mots qui sonnent  anadipose, tapinose – comme des maladies enfantines. [Infantiles les maladies quand même. Et là je m’étonne qu’Anne n’ai pas bondi ;-). Cela dit, j’ai un candidat qui a proposé comme correction de modifier “maladie” en “mélodie”. Et ça marche tout à fait. Je l’ai donc validée. Et c’est anadiplose, coquille trouvée par Anne.]

Ainsi, un adynaton est une hyperbole qui énonce des réalités tellement exagérées qu’elles s’avèrent impossibles. [Anne le dit très bien, un fait avéré ne peut être impossible.] Exemple : « Elle était une fille mélancolique au regard battu et d’une maigreur à rayer les baignoires. » (Pascal Bruckner). Et une dérivation n’a que peu à voir avec la plomberie. C’est l’emploi rapproché de mots de la même famille : « Cent et cent fois j’avais fait, défait et refait la même page. » (Chateaubriand). Un luxe malheureusement que les journalistes n’ont plus, pour des raisons pécunières semble-t-il. [Encore du très classique. Pécuniaires, bien sûr. Un candidat m’a posé un problème. Il a transformé plomberie par électricité. Alors c’est vrai qu’une dérivation, c’est électrique. Du coup, j’ai failli lui donner un point. Mais après enquête, la dérivation s’applique aussi à la plomberie, donc pas de faute.]

Bref, vous l’aurez deviné, être journaliste c’est aussi apprendre à écrire en bon français, des phrases intelligibles, correctes, pleines de sens, qui sauront également donner du plaisir. Les lourdeurs, les erreurs de mots ou de construction telles que celles que vous avez su traquer dans ce texte impactent le lecteur, lui faisant irrémédiablement tourner la page. Ce qui est dommage car, comme tout un chacun, le journaliste écrit pour être lu. [Erreur de “mot” qui doit être au singulier. Et le verbe “impacter”, s’il est à la mode, n’existe pas. C’est du pur langage de journaliste. Un jour, je vous ferai un texte sur cette langue complaisante.]