Nous arrivons enfin chez l’apiculteur. Le premier groupe est en train d’observer les abeilles, ils ont revêtu les couvre-chefs ad hoc. Nous attendons leur retour. Puis nous entrons dans le bâtiment où l’on nous offre le thé à la menthe et de gaufrettes que nous trempons dans du miel de jujubier. Il est délicieux. Nous goûtons également le miel brut avec une matière qui ressemble à du chewing-gum. Le producteur explique qu’il n’a que quelques ruches ici, les autres sont en déplacement ailleurs. Ses abeilles voyagent. Il produit de grosses quantités et seuls 20 % de la production est écoulée ici, à Figuig. Le reste part dans tout le Maroc. C’est un met très demandé, car recommandé par le Coran. On soigne tout avec le miel. Les rhumes, les grippes, les maux de gencives. Il paraît que se faire piquer par une abeille soigne les rhumatismes. A condition de ne pas être allergique.

Nous finissons par quitter l’apiculteur et ses amis et retournons vers Figuig. Monsieur le professeur nous propose de passer par la muraille et le plus vieux minaret de la ville, près du ksar Loudaghir (l’autre ancien ksar avec Zenaga). La tour hexagonale fut construite en pierre au XIIe siècle. A côté, une ancienne muraille faite de briques de terre, comme le reste de la cité qui protégeait la ville. A cause de l’eau, les ksour se faisaient souvent la guerre. Ils étaient tous entourés de muraille, de murs de protection et l’entrée était verrouillée la nuit. Mais on dit aussi que cette muraille a été construite par les Turcs lors de leur occupation dans les année mille cinq cents. Des travaux de restauration ont débuté, il y a deux ans. L’endroit est beau, sans fioritures, presque chaleureux. Je préfère cela aux ruines romaines pour tout dire. On y sent le travail de l’homme et les siècles qui ont passé. Il faut dire aussi que je n’en ai pas vu à longueur de manuels scolaires.

Des gros ploufs attirent mon attention. Je me demande d’où ils peuvent bien venir. C’est un de mes collègues qui me donne la clé : un réservoir d’eau est enterré. À côté un petit bassin où se baignent trois gamins. Les veinards. Il fait une chaleur lourde et oppressante et je piquerais bien une tête mais je ne peux pas, je suis une femme. Le problème, c’est que nos guides sont des hommes la plupart du temps et ne peuvent nous emmener que dans des endroits de mecs. Les femmes, elles, restent dans la cuisine. Alors nous, nous restons sur notre soif de baignade. Je m’en fous, quand je rentrera à Tours, je passerai une demi-journée à la piscine du lac. Evidemment, il ne fera pas le même temps, mais je pourrai me baigner tout mon saoul !

Je boude, en plus je suis épuisée. Le vent sans doute, la chaleur aussi, les nuits probablement. Et mes intestins qui depuis que je suis arrivée m’emmerdent. Heureusement, nous rentrons pour le déjeuner. J’ai à peine le temps de poser mes affaires et de me laver les mains que nous nous installons autour de la table. En entrée, une salade. J’oublie mon mal de ventre et déguste oignons, concombre et tomates. Je ne devrais pas. Je vais le payer cher. Le plat principal, du mouton, des cœurs d’artichaut et des petits pois, est un bonheur. Oui, je sais, je n’aime pas les petits pois. Mais ici, je fais une exception. Dommage, je n’ai pas pris de photo.

En sortant de table, je vais directement m’allonger. Pour me relever. Ce coup-ci, c’est la crise. Je descends quatre à quatre aux toilettes. Je retourne me coucher. Je finis par m’endormir épuisée pour me réveiller une heure plus tard, sans doute, j’ai perdu la notion du temps. Je ne me sens pas très bien. Heureusement un de mes collègues est une pharmacie ambulante. Il a prévu de tout pour tout le monde. J’avale les médocs et nous partons pour le cyber café. Je lis quelques uns de mes mails, parcours mon blog, fait un tour sur Facebook histoire de faire coucou. Et j’envoie un message un peu plus long à mes gisquettes, leur envoyer plein de bisous baveux, les manger de câlins. Oui, j’aimerais bien ça en ce moment.

Le mal du pays arrive toujours quand on est mal. Je rejoins au café les autres. Thé à la menthe pour tout le monde. Nous rentrons à la maison. Les étudiants ont été invités à jouer un match de foot avec les lycéens du cru. Je suis la seule à ne pas aller assister à cette rencontre au sommet. La seule avec le groupe textile qui n’a toujours pas reparu. Dans la cour désertée, les femmes s’installent. Elles devisent tranquillement, en balayant ou simplement assises dans les fauteuils en plastique. J’ai le mal du pays. En même temps, je suis bien à les écouter. Mes filles me manquent. Dormir, sans doute que cela me ferait du bien. Dormir, oui, sans doute. Ma voisine de chambre me propose un whisky pour calmer mes intestins. Il paraît que c’est efficace. La maison est encore calme. Je sirote mon verre dans la fraîcheur de la nuit qui vient de tomber. La sonnette retentit. Le groupe textile est enfin de retour, tout va bien, ils ont trouvé ce qu’ils cherchaient. Les footballeurs font irruption moins de cinq minutes plus tard. La tempête après le calme…