A 22 heures, il n’y a pas grand monde sur le parking de la gare d’Austerlitz. Il faut dire qu’il est cher, et pas très grand. Les gens préfèrent à juste titre se garer ailleurs ou utiliser un autre moyen de transport. Pas de casemate avec un employé, au cas où il y aurait un soucis, pas de ballet de voiture, pas foule devant la machine où l’on paie. Juste moi, et ma carte bleue (qui n’est pas bleue, comme la plupart des cartes de paiement maintenant en France, mais on va dire “carte bleue” quand même, parce que “carte de paiement” pourrait rendre confus l’utilité de l’objet que je tiens en main, cela pourrait être juste une carte pour payer ce parking-ci et… non rien).

Pas bleue ma carte de paiement mais néanmoins gondolée. Et pas de rire. Enfin, je ne crois pas. Elle n’a pas aimé un séjour prolongé derrière le pare-soleil de la voiture (oui, j’ose le dire, il m’arrive d’abandonner ma CB à cet endroit, mais je n’habite plus Paris). Tant que c’est la puce qui sert de vecteur de paiement, pas de soucis. Par contre, la bande magnétique en a pris un coup. C’est le cas ici. La machine toussote et me refuse ma carte. Je dois payer 6,50 euros (pour une heure), comment faire ?

Une famille est arrivée derrière moi, je ne les vois pas mais je les entends commenter le prix. Oui, c’est onéreux, les gares rançonnent les accompagnateurs des voyageurs de manière odieuse, c’est sûr. Ils commentent tous mes gestes, de façon assez drôle. Ça me fait rire, mais ça me stresse. L’impression d’être le boulet qui amuse la galerie. Je fouille dans mon sac à main à la recherche de mon porte monnaie. Tout une histoire. Ce n’est pas un sac de fille que j’ai, c’est une caverne d’Ali Baba où tous les objets présents se passent le mot pour se planquer les uns derrière les autres. Ainsi quand je veux mes clés, je trouve le crayon que je cherchais désespérément dix minutes plus tôt, etc. Là, ça ne manque pas, je tombe sur la convocation de départ en colo de Lou qui m’ a échappée il y a une bonne demi heure. Quand j’avais retrouvé mon téléphone portable. Mais que je ne voulais ni appeler quelqu’un ni répondre au téléphone*. Je respire un bon coup, replonge dans le sac et finis par dénicher le porte-monnaie. Que j’ouvre pour faire la grimace. Il ne contient que des jaunets. Il y a peu de chance que j’arrive à réunir 6,50 euros avec ces piécettes.

– Vous n’avez plus que 5 secondes pour payer, dit la voix derrière moi, 4, 3, 2, 1. 

Mon ticket de parking ressort effectivement. Là, je frémis. La dernière fois que cette mésaventure m’est arrivée, à chaque fois que je remettais le ticket, la facture du parking prenait 50 centimes de plus.

Je réinsère le ticket de parking, ouf la somme reste a même. Reste la question du paiement. Je fouille dans mon sac à la recherche d’un billet de 20 euros qu’il me semblait avoir encore. Je ne trouve qu’un billet de 50 euros (oui, chez moi, c’est souvent tout ou rien, des pièces de 2 centimes et des billets de 50 euros) que je sors fébrile. Pour le donner à la machine. 

– C’est risqué, commente la voix. 

– Je sais, mais c’est tout ce que j’ai, réponds-je. et j’espère que ça va marcher.

Mon billet avalé, la loupiote clignote et… rien. Rien ne sort, ni billet, ni monnaie, ni ticket. Je m’affole un peu. Je ne sais plus que faire. Eh, la bécane, tu ne vas pas me bouffer 50 euros quand même !

– Annulez la transaction, fait la voix

J’obtempère, récupère mon billet et me lamente. Je n’ai pas d’autre moyen de paiement.

– J’ai la monnaie. 

Je me retourne avec un grand sourire. La femme est patience et sourire, l’homme, amusement, l’enfant, indifférence, il attend. J’apprécie l’absence de condescendance chez l’un comme chez l’autre. Je tends mon billet de 50 et récupère aussitôt la monnaie en coupures de 20 et de 10. Je paie, récupère mon ticket, remercie encore et avance vers ma voiture. Mais où son mes clés ? Pas dans ma poche. Ha oui, en cherchant l’argent tout à l’heure, j’ai dû les mettre dans mon sac. Je cherche, je cherche et ne trouve rien. Ha si, le billet de 20 que je cherchais tout à l’heure. En désespoir de cause, je retourne vers la caisse (il y a de la lumière), m’accroupie, et sors méthodiquement tout ce que contient mon sac. Mes clés jouent à cache-cache : j’aperçois un bout du porte-clé qui disparaît dès que je tends la main.

La famille qui m’a secouru passe à côté de moi en me souhaitant une bonne nuit, un poil d’ironie dans la voix. Mon sac est vide, son contenu git sur le bitume. Je trouve enfin mes clés. Je remballe tout en vrac. M’installe dans ma voiture et me dirige vers la sortie, le ticket de parking coincé entre mes lèvres : je n’ose plus le lâcher. Je suis derrière une voiture. Le couple devant moi se rend compte qu’il n’est pas passé par la case machine à sous et qu’il ne peut donc pas sortir. Ni lui, ni les trois voitures qui le suivent. Ça va, je ne suis pas seule au monde dans la boulettitude.

(*) c’est pour cela que je ne réponds jamais au téléphone quand on m’appelle. Si j’ai besoin de mon téléphone, je ne le trouve pas. En fait, il faudrait que les gens m’appellent quand j’ai besoin de quelque chose d’autre dans mon sac. Là, j’aurais peut-être une chance de leur répondre. Sauf si entre temps, j’ai eu besoin d’un autre truc. Enfin, c’est compliqué.