En ce moment, elle est le spleen incarné. Elle traine ses journée en longueur comme sa moue. Elle nous toise, ne répond pas quand on lui parle, ou alors de façon agressive. Mutique, elle boude. Puis crie. Puis boude à nouveau…

Rien que de très normal pour une adolescente. Sauf que…

Hier, par exemple, après s’être vue dans la glace, elle a poussé un tel hurlement de désespoir que ses sœurs et moi avons grimpé quatre à quatre les étages jusqu’à sa chambre.

A par ça, a dit la psychologue, tout va très bien…

Au printemps, j’avais annoncé à ma princesse mélancolique que si elle n’allait pas mieux, je l’emmènerais chez le psy(chiatre). J’ai fini par le faire. Elle l’a vu deux fois et a décrété que cela suffisait comme cela. Les psy, elle ne les aime pas. Ce sont des incapables, incapables de faire quoi que ce soit si ce n’est écouter. Et elle, quand elle était petite, elle n’avait pas besoin d’être écoutée. Elle voulait être entendue, qu’on la sorte de là de cette vie qui la faisait souffrir. Quand elle a dit pourquoi elle souffrait, cela a été des ennuis à n’en plus finir. Le pire, c’est la menace de placement. Elle n’a gardé que cela dans sa tête. Assistantes sociales, psychologues, pedopsychiatres, que des beaux parleurs. Elle ne veut plus de ces gens-là. Même si je lui dit que ce qui s’est passé est plus compliqué que cela.

Après des vacances un peu mouvementée, j’étais contente d’apprendre que nous avions enfin une place au Centre pour adolescent. Bon d’accord, pas de psychiatre ni de pedopsy, mais au moins le Centre. D’accord a-t-elle dit sans barguinier. J’aurais dû me méfier.

Elle a donné le change à la psychologue. « Oui, je sais, ça n’allait pas fort. Mais j’ai décidé de me reprendre, de faire des efforts en classe… » La psychologue, impressionnée m’a dit : « Ecoutez, elle à l’air d’aller très bien votre fille…
– Oui, mais euh, comment dire. Je me demande si elle ne donne pas le change parce que, vous comprenez…
– Mais non, elle va très bien, il faut lui donner sa chance.
– Si vous le dites.
Comme si je ne la lui avais pas déjà donné des centaines de fois, cette chance.

Pas de suivi, donc, juste un rendez-vous de contrôle un mois plus tard. Et l’ado qui continue de donner le change devoirs faits, conduite pas irréprochable, mais bien meilleure, nouvelles amies… Au rendez-vous suivant, je ne peux que reconnaître qu’elle va mieux. La psy toute contente confirme donc le bon état général de ma fille.

En sortant, je a regardais du coin de l’œil en me disant : voyons combien de temps cela va durer.

Ça n’a pas loupé. Le lendemain, elle perdait pied. Bon sang ! ma fille !

Elle ne fait plus ses devoirs, ne promène plus le chien, ne le nourrit pas non plus, ne s’occupe plus de ses phasmes, envoie les gens balader. Elle n’a plus d’amies (en a-t-elle jamais eu). Les filles de sa classe se foutent de sa gueule. Les garçons la traite de champignons. Elle se déteste, souffre, parle de mourir.

Mais à par ça, Madame la psychologue, tout va très bien, tout va très bien…