C’est peu dire que j’appréhendais ce week-end. Il s’annonçait sur les chapeaux de roue. Il a tenu toutes ses promesses.
J’avais prévu un train qui quittait Tours après la sortie des classes mais qui arrivait à 20 heures à Paris. Vu le programme de la soirée, j’ai finalement choisi de faire manquer l’école aux trois filles et de partir plus tôt. J’ai bien fait. Nous avons garé la voiture près de la gare et nous avons emprunté le teuf teuf qui rallie la gare d’Austerlitz. Deux heures et demi de bagarre entre les deux dernières, ponctuées de presque siestes. Un peu avant 18 heures (avec un bon quart d’heure de retard), nous avons retrouvé mon amie P. qui prenait en charge mes deux harpies. Elle gardait la plus jeune avec elle et déposait la plus grande chez une de ses amies.
Je suis partie avec Lou en direction de son hôtel. Ib** Porte d’Italie, m’avait-on dit par SMS quand je m’étais rendue compte que personne ne nous avait donné l’adresse et que je n’avais pas pensé à la réclamer. Mon organisation laisse à désirer… Arrivées Porte d’Italie, nous n’avons pu que constater que d’Ib** il n’y en avait point. Grâce au kiosquier, nous avons compris que nous devions traverser le périphérique et marcher, beaucoup… et même encore plus. Nous devions longer la voie rapide, ça descendait, ça montait. Les indications qu’on nous donnaient étaient contradictoires. Au bout d’une bonne demi-heure, nous avons fini par arriver devant la réception totalement sur les genoux. J’ai installé Lou dans sa chambre, puis nous sommes descendues dans la salle de restauration pour dîner. Moment calme et agréable. Qui m’a aidé à reprendre des forces. Je m’étais levée tôt, la matinée avait été chargée avec la soutenance des étudiants, puis la course pour avoir le train en temps et en heure…
Vers 19h30, j’ai quitté Lou et suis partie à la recherche du RER B puisque, d’après le réceptionniste, c’était beaucoup plus près que le métro. Plus près est une notion toute relative. Certes, j’ai moins galéré pour trouver la station, mais j’ai dû marcher longtemps, longtemps, bien plus longtemps en tout cas que je ne l’avais prévu. Comme nous étions juste de l’autre côté du périphérique, mes tickets de métro n’étaient pas valable, je devais en acheter un spécial banlieue. Ensuite, RER B jusqu’à gare du nord, changement vers gare de l’Est, puis autre changement vers Crimée. Le trajet fut long et pour passer le temps, je discutais pas SMS avec Lou. Je n’aurais pas dû. J’ai mis la batterie à plat, quand je m’en suis rendue compte, il ne me restait que deux barre et j’avais deux journées entières à assurer avec des emploi du temps chargé et des rendez-vous compliqués.Je n’avais pas assez de stress comme cela, il fallait que je m’en ajoute.
Je suis arrivée en bas de l’immeuble de l’amie qui m’héberge sur les rotules. J’avais déjà laissé mes genoux du côté de la Porte d’Italie. Mais c’est devant l’ascenseur que j’ai vraiment compris que cette fin de semaine serait un long calvaire : il était en panne. Ma copine habite au septième étage.
Avec philosophie je me suis dit qu’il valait mieux que je me prenne tous les ennuis et que Lou en soit exempte. J’ai donc attaqué l’escalade des étages avec ce qu’il faut de pauses pour se dire qu’on n’est plus jeune (voire vieux), qu’on est trop gros (on est foutu on mange trop de toute façon) et qu’on a mal aux genoux (ah non, c’est vrai, je n’en avais déjà plus).
Heureusement, là haut m’attendais mon amie, et un bon lit.
Le lendemain, levée 6 heures. Petit déjeuner avec un thé succulent. Il faisait grand beau temps. Je descends mes sept étages toute guillerette, me dirige vers la banque pour prendre de la monnaie. Et me rends compte que j’ai oublié ma carte bancaire dans mon deuxième sac. Je remonte donc mes sept étages, pour les redescendre aussi sec, prendre les billets, m’engouffrer dans le métro et là… tout allait bien. Ligne direct jusqu’à l Halle Carpentier où se tenaient les épreuves, au hasard, sortir une station plus tôt, j’ai bien fait, la bouche de métro était pile poil à coté de l’entrée du gymnase ou les demoiselles fleurettistes officiaient.
J’ai retrouvé Lou tout de suite dans la foule. Elle faisait un peu la tête. Elle et ses amies avaient mis un temps fou à déposer leurs sacs dans la salle prévue à cet effet, elles devaient commencer les poules sans avoir pu s’échauffer. Ça n’a pas loupé. Au premier match, elle s’est pris 5-1 (les assauts en poule se font en cinq touches). Heureusement, elle s’est reprise et a gagné tous les autres, y compris contre celle qui était mieux classée qu’elle. Ce qui lui a permis de sortir des poules à la 18e places, ce qui était son classement avant la compétition.
A la pause pipi, je retrouve une copine de longue date. Nous faisions de l’équitation ensemble. Nous étions enceinte de nos aînés ensemble. Puis elle a suivi son mari en province et nous nous sommes perdues de vue. Son fils, deux mois de moins que Lou, faisait la compétition à l’épée.
Puis les tableaux ont commencé. Les assauts les plus difficiles de ma vie. Imaginez, une salle en effervescence avec partout des jeunes qui laissent éclater leur victoire ou qui explosent en larmes. Ma fille sur la piste, face à des adversaires de plus en plus coriace. Et moi, en bout de piste, à la soutenir comme je peux, tendue comme une arbalète, allant jusqu’à prier je ne sais qui pour qu’elle passe un tour et encore un autre, et un autre. Elle en a passé trois, avec des matchs denses, serrés qu’elle n’a jamais lâché. Au quatrième, elle est tombée contre une tireuse qu’elle connaissait du temps qu’elle était encore à Paris et qu’elle craint. La championne de Paris. Et elle a baissé la garde. Je pense qu’elle avait les moyens de la battre. Mais c’est psychologiquement que l’autre était plus forte. Cela fait partie de la compétition. Lou a donc perdu. Il était un peu plus de 15 heures. La tension peu à peu a commencé à refluer. Et nous étions tous très contents : le maître d’armes de Lou, ses amies. Lou un peu moins. Elle ne se rendait pas vraiment compte en fait. Elle aurait voulu aller plus loin. Et moi aussi sans doute, mais j’y croyais plus qu’elle.
Elle est partie se changer. J’ai retrouvé avec plaisir son ancien maître d’armes avec qui j’ai papoté quelques minutes. Et c’est là que j’ai appris la nouvelle. Les vingt premiers étaient sélectionnés pour faire un stage d’une semaine, l’été prochain, à Vichy, stage évidemment très important avec comme perspective la détection de la future élite. Elle était arrivée à se qualifier ! J’ai déchanté quand on m’a appris la date : début, aout, pendant notre voyage au Maroc. J’ai acheté les billets la semaine dernière. Je n’ai pas pris d’assurance annulation. Entendons-nous bien. Je n’ai aucune intention d’annuler mon voyage là bas, ni celui de Léone et Garance. Mais il va bien falloir le faire pour Lou. Car du 2 au 8 août, c’est à Vichy qu’elle ira…
Du coup, je me suis assise. Le ciel s’éclaircissait à peine qu’un autre nuage s’annonçait (c’est une métaphore, dehors il faisait un temps de chien). Bien sûr, ce n’est pas une tuile. Mais il va me falloir développer tous les talents de logisticiennes qui sont les miens pour trouver une solution. C’est quelque chose que j’aurais dû ajouter dans mon dossier VAE. Ingénieure en logistique. Lou d’ajouter, perfide : « Mais maman, je te l’avais dit. » Mais ma chérie, sans doute, mais pas assez fort, pas de la bonne façon. » Je n’imaginais même pas que les stages dont elle me parlait avait cette fonction là…
Autour de ma perplexité, l’agitation était à son comble. Tout le monde est venu s’installer autour de moi. C’était gentil de venir me soutenir dans ce moment d’intense réflexion. Mais je me suis hélas rendue compte que j’étais près de la piste d’honneur, celle où devient avoir lieu les finales. Et que le spectacle promis était bien plus attirant que mes réflexions. Je me suis fait une raison. Et j’ai assisté à six assauts très intéressants. J’ai été impressionnée par le sabre, c’est puissant, rapide, étonnant. J’ai été saisie par la championne d’épée qui avait un air méchant, je ne lui aurais pas adressé la parole de peur qu’elle me morde. J’ai une fois de plus constater que mes critères de beauté masculine n’avaient rien à voir avec ceux de Lou quand elle m’a dit que le malheureux finaliste à l’épée homme était beau. Et j’ai hué avec les autres l’arbitre de la finale fleuret dames qui a volet au moins six touches à celle qui, du coup, a fini par perdre. A ce niveau-là, pour une finale, c’est inadmissible !
Et puis la journée a été finie. Je ne suis pas restée pour les remises de récompense. Je suis remonté vers mon 18e natal pour rejoindre une fête. J’avais plutôt envie d’une bonne douche et d’un lit, mais cela faisait longtemps que je n’avais pas vu tous mes amis. J’ai passé l soirée à discuter avec les uns, et les autres. Et à leur dire que, oui, à Tours, la vie était agréable et douce, mais que les amis me manquaient. Car ce n’est pas vraiment ici que je vais m’en faire.on m’a parlé de mon boulot. un ami qui veut créer des connexions. un autre des lauréats de notre école. C’est que nous avons fait fort cette année. Outre les gagnants de deux bourses majeures en radio, la Bourse Lauga d’Europe 1 et la bourse Dumas, de RTL, deux de nos étudiants sont lauréat, en télé, de la bourse Jean-Darcy, l’un en JRI, l’autre en journaliste-reporter. Et on n’est pas peu fier. A la clé de ces bourses, des CDD entre trois mois et un an dans les médias organisateurs. Bref, nous avons parlé parlé parlé (bu aussi, il faut dire). Et nous nous sommes caillés. Je n’avais pas prévu une aussi forte baisse dé régime du temps. Et je n’étais donc pas habillée en conséquence. J’ai bien cru que j’allais attraper mille mort. J’ai choppé un pull qui m’a bien aidé, c’est déjà ça. Mais ce mois de novembre fin mai commence à me lasser.
A 2 heures du matin, sous une pluie battante, on m’a déposé devant l’immeuble où je dors, et jai grimpé mes 7 étages. Pour m’écrouler sur le lit et m’endormir pour une bonne nuit de sommeil voire même une grasse matinée…